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Vivement le printemps de l’espoir

Je déprime sous ce ciel gris et chagrin. Les larmes plus ou moins similaires à celles des crocodiles qu’il déverse sur une nature qui ne supporte plus ces lamentations froides et irrégulière noient les espoirs de venue précoce du printemps. Certes il y a eu le maillot jaune des mimosas vite terni par la pluie ou quelques narcisses pressés ou jonquilles pressés d’exhaler leur parfum envahissant ou exhibant leurs élégantes collerettes mais il manque cette ambiance d’espoir de renouveau. Pour la première fois hier matin j’ai entendu une vedette de l’opéra des oiseaux dont la tournée s’était arrêtée sur le scène déserte d’un jardin embrumé.

Le printemps donne des couleurs aux paysages. Des couleurs tendres, encore hésitantes comme si elles ne voulaient pas donner trop d’espoir sur des jours meilleurs au promeneur tenté par un rayon de soleil entre les nuages. En fait, ce sont les plus agréables car ce sont celles de la renaissance de la flore partout où l’homme ne s’évertue pas à la raser au plus près ou à la tailler en brosse plus ou moins ordonnée.

Le ciel est tombé amoureux du sol et lui a confié ses étoiles lumineuses qui forment des voies lactées alternant la blancheur des pâquerettes et l’or chaud des pissenlits. Les grandes prairies se parent de ces astres minuscules qui tentent de séduire l’astre solaire très épisodique par des clins d’œil, afin qu’il accepte de réchauffer leurs pétales. Dans le fond, ces éruptions sur la peau verte croissante des pelouses préoccupent les propriétaires obsédés par la netteté de leur environnement, reflétant une vaillance et une rigueur louables pour leur image.

Comment accepter à ces matins monotones de laisser le printemps s’installer alors que le standing impose un « rasage » parfait de ces herbes réputées folles ? Les maniaques du « maison, gazon, télévision » tondent, segmentent, ratiboisent au nom de l’opinion dominante refusant le désordre naturel. Dans une société de l’ordre établi, de la morale impitoyable, de la propreté apparente, les pâquerettes ou les pissenlits ressemblent à des générations anarchiques et contestataires qu’il faut éradiquer avant qu’elles n’envahissent le cadre de vie. D’ailleurs rares sont ceux qui connaissent les bienfaits d’une salade de « dents de lion » solidement aillées. Le printemps ne signifie pas la liberté de s’épanouir, car la tentation est toujours présente pour les partisans de l’uniformité en tous genres de reprendre la main sur l’émancipation.

Grâce aux arbres fruitiers ou aux haies d’aubépines, avant de voir la vie en rose, les paysages rappellent l’hiver avec cette blancheur éphémère des fleurs soumise aux effets du vent mauvais qui ne vient pas nécessairement de la montagne. Extraordinaire pied de nez aux lendemains meilleurs avec les pommiers et les poiriers qui jonchent le vert de flocons immaculés, alors que tout le monde aspire à oublier les contraintes de la neige. La douche permanente qui leur est infligée leur vole leur magnificence

La nature se prélasse dans le changement progressif, dans le passage de témoin symbolique, car lentement le rose monte aux joues des arbres comme si le vent vif et mordant continuant à agacer le promeneur, stimulait les vergers. Ce sont eux qui annoncent la montée en puissance d’une arrivée du printemps que les hirondelles ne peuvent plus annoncer, car elles ont été décimées par les pesticides. En général plus sensibles que les autres au froid, les pêchers ne dévoilent leur couleur chair tendre que quand les risques de mort subite sont limités. Le signal de l’explosion de la vie tarde pourtant à être donné. Partout les fleurs ne portent plus l’avenir !

Les glycines sacrément en retard garde leur mauve dégoulinant ou plus rarement leur blanc lumineux pour des jours meilleurs. Elle repoussent à plus tard l’apparition de leurs habits verts très académiques. Ces grappes opulentes et lourdes décorant des tonnelles supportées par des entrelacs torturés de branches souvent très anciennes, s’offrent une éternelle jeunesse flamboyante, ostentatoire, cossue.

Baroques, surchargées, ciselées, elles sollicitent que le promeneur ou le propriétaire se rallie à leurs panaches marquant la continuité des saisons. Durant tout l’hiver leur support s’endort dans une nudité austère avant d’éclater en quelques jours dans un délire floral surchargé. Chaque fois que je les vois, je pense inévitablement à ces bals des cours royales d’antan avec la profusion des robes surchargées. La glycine c’est la noblesse dans ses excès de m’as-tu-vu!

C’est, au printemps, le contraire pour le lilas. Lui redresse la tête et envoie vers le ciel des floraisons populaires car constituées de parcelles individuelles, agglutinées les unes contre les autres anonymement, dont j’apprécie plus que tout autre, la simplicité et la délicatesse. Élégantes, résistantes, tenaces, dans les courants d’air frais, elles dégagent un parfum subtil qui marque véritablement les soirées printanières. Sobre, résistant, discret le lilas au mauve ou au bleuté plus ou moins intenses reste le symbole du peuple des jardins.

Quand il arrive, il est temps de passer à l’action de de préparer les cultures pour le reste de l’année. La hampe du lilas rassemble solidairement des mouches colorées constituant ensuite un collectif solidaire et réussi.
Allez, promenez-vous dans le printemps, pas celui de la haine et de l’arrogance si vous le pouvez encore, mais celui de la vie tendre qui permet d’oublier les miasmes actuels d’une société ayant perdu les effets des bonheurs simples de la nature. Et cueillez le lilas, fleur de liberté et d’amour, pour que l’espoir entre chez vous ! Humez sa modestie ça vous changera de l’hiver du mépris.

Cet article a 5 commentaires

  1. François

    Bonjour J-M !
    Quand le clavier (ou le Waterman !) devient un pinceau d’artiste … ! ! ! Magnifique toile printanière !
    Dommage que tu n’aies point concouru pour l’affiche des J-O ! Les quolibets auraient laissé la place à une pluie de pétales !
    Amicalement

  2. J.J.

     » D’ailleurs rares sont ceux qui connaissent les bienfaits d’une salade de « dents de lion » solidement aillées. » Et une omelette aux pissenlits et aux lardons ? Qui peut rivaliser avec cette amère et croquante douceur ?
    Parmi les belles de printemps, il y a aussi les discrètes ficaires (Ficaria ranunculoïde) qui ne se révèlent qu’à la floraison, et qu’un promeneur inattentif confondra avec un bouton d’or. Les jeunes feuilles peuvent procurer une rustique salade. Attention ! Lorsque les fleurs apparaissent il convient de s’abstenir de consommer les feuilles qui contiennent alors un suc irritant, voir toxique.
    Quant à passer à l’action et préparer les cultures, c’est actuellement mission impossible (à part cultiver du riz si la température le permettait) Quand le lilas s’épanouit , c’est le signal pour le jardinier de semer les pommes de terre et de préparer le terrain pour les autres légumes. Les prévisionnistes de la météo ne dispensent guère d’espoirs à ce sujet.

    Le soleil nous manque cruellement, aussi bien « moralement » que « physiquement » : après les excès d’insolation de l’été dernier où nous avions fait le plein, nous n’allons pas tarder à souffrir de carences en vitamines D. Et notre humeur déjà s’en ressent.
    Ton texte Jean Marie me rappelle le petit ouvrage qui me suit partout (comme un bréviaire …) grâce à son format minuscule et la beauté se ses textes : » Pour un Herbier » de Colette, illustré de délicates aquarelles de Manet.

  3. J.J.

    « Certes il y a eu le maillot jaune des mimosas… »
    Belle figure de style ! Métonymie ou métaphore ? À mon avis de non spécialiste, ça tient des deux….

    … »Où l’on voit le sportif pointer sous le poète ».
    Il est pas beau mon alexandrin ?

  4. christian grené

    « Il est pas beau mon alexandrin »? Bonjour J.J. Et celui-là? « Le matin, le matin, ça rime avec chagrin/A midi, à midi, je n’aurai de soucis/ A 4 heures, à 4 heures, ça rime avec tartines au beurre/Et le soir, et le soir, ça rime toujours avec espoir ».
    J’aurais pu piquer dans la discographie de Léo Ferré ou de Pierre Perret, chanteurs et poètes qui m’ont toujours enchanté, à qui l’on doit une version personnelle de « C’est le printemps », mais c’est Henri Dès que j’ai choisi pour accompagner J.-M.D.
    Bien le bonjour à J.J. et à tou(te)s les fidèle de la Roue Libre.

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