Le chemin tortueux du retour en Roue Libre

Revoici Roue Libre ! Il est apparu le 5 septembre 2005 sous le titre « L’Autre quotidien » et a pris un virage vers un autre titre le 5 septembre 2008. La première version a été feuilleté par 1 074 692 de visiteurs durant la première période et au total à ce jour ce sont près de 3 millions de venues enregistrées sur le site depuis ses débuts. Il a maintes fois muté mais il n’avait jamais manqué à l’appel du lundi au samedi matin.

Au total ce sont environ 5 400 chroniques différentes qui ont été publiées autour de l’actualité ayant suscité pas moins de 16 000 commentaires de la part d’abonnés fidèles ou occasionnels. Maintes fois j’ai eu la trouille de ne pas être au rendez-vous et de manquer à mon engagement quotidien. Les défaillances n’ont été liées la plupart du temps qu’aux ennuis techniques de l’hébergeur et du porteur des textes.

Il fallait passer à une nouvelle étape pour ce support d’expression strictement personnelle, liée à aucun organisme ou à aucune chapelle. Roue Libre ne l’était pas tant que ça car pour des raisons historiques il était accueilli sur un support ne m’appartenant pas. D’ailleurs il me faut remercier l’ami qui avait relevé le challenge de me fournir l’hospitalité. La panne de l’envoi des annonces matinales de la parution a précipité le changement.

C’est bien moins simple que prévu surtout pour un « vieux » dépassé par la technique. En fait comme dans beaucoup de domaines actuels, la « forme » l’emporte sur le fond. Impossible de se libérer réellement de contraintes matérielles de plus en plus complexes, exprimées en anglais et dans un langage abscons. Chaque étape est payante et verrouillée surtout si l’on refuse la pub et la dépendance à un espace institutionnel. Mais le pire réside dans le temps pris par l’entreprise que vous quittez pour vous donner le droit de… partir ! Tout est mis en œuvre pour vous persuader de rester.

Vous l’avez certainement remarqué, vous avez souvent beaucoup de mal à quitter un message apparaissant à l’insu de votre plein gré sur l’écran de votre ordinateur. Vous ne savez pas d’où ils sortent. Ils tapent l’incrust’. Il faut chercher et insister pour les voir disparaître. Toutes les ruses existent pour empêcher de cliquer au bon endroit. Ces intrusions illustrent ce phénomène de la contrainte imposée par le système numérique dont nous finissons par être des esclaves consentants. S’en échapper nécessite une volonté exceptionnelle. La tentation du renoncement traverse l’esprit de celui qui ne parvient pas à dominer le vecteur qui lui sert à aller vers les autres.

Roue Libre relève à cet égard de l’acte militant : diffuser grâce à un système reposant majoritairement sur le fric des chroniques aux angles multiples tentant de favoriser la citoyenneté a un coté contradictoire. La liberté à un coût à assumer. Certes il existe des outils gratuits mais ce n’est pas pour autant que la simplicité se trouve au rendez-vous. En fait le numérique a renforcé l’inégalité réelle dans une société prétendant qu’internet et ses dérivés a facilité l’accès à l’information et à absolument tous les secteurs de la vie quotidienne. La catastrophe s’installe peu à peu sous la forme d’une fracture dont on ne mesurera les effets que dans quelques années.

En attendant vous avez été nombreuses et nombreux à vous interroger sur la disparition des textes de Roue Libre. Tous vos messages m’ont touché. J’espère que les silencieuses et les silencieux retrouveront avec plaisir ce qui se veut une interpellation sur un sujet ou un autre. Un petit signe de la part de celles et ceux qui ont reçu cette chronique de retour me permettrait d’évaluer le niveau des défections éventuelles.

Chaque envoi matinal ressemble en effet pour moi à une bouteille lancée dans la mer numérique. Je n’en connais ni le voyage, ni les délais dans lesquels reviendra en écho une éventuelle réponse. Quelques « Robinsons du net » réagissent à la première heure et leur présence me rassure. D’autres n’osent pas mettre leur grain de sel dans ces commentaires qui participent effectivement à l’enrichissement du texte initial.

Un dialogue s’installe parfois entre des participants ayant appris à se connaître alors que des centaines de kilomètres les séparent et qu’absolument rien ne les prédisposait à échanger. C’est tout l’intérêt… du numérique qui abolit les distances et offre une vraie opportunité de rencontres virtuelles. Je me contenterai de croire que je vous offre ce plaisir.

Ce champ est nécessaire.

En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian

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