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Ne jamais renoncer à tirer les leçons du passé

Dans tout ce que je lis sur le mal-être évident du monde des enseignants, transparaît la difficulté que rencontrent ceux d’entre eux qui ont la charge d’évoquer certaines périodes de l’histoire passée. Une formation serait devenue nécessaire car les crispations et même les rébellions que suscitent une présentation honnête et équilibrée des événements met en danger leur statut. Des références inspirées par la religion et souvent inculquées par le milieu familial, remettent en cause les analyses scientifiques et objectives portées par le prof. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est c’est l’extrémisme des positions conduisant à des actes dramatiques relevant de la maladie mentale provoquée par le fanatisme.

Je suis un vieil instit’ qui ressasse son expérience sans le moindre espoir de convaincre que les gouvernements depuis un demi-siècle ont saccagé le système éducatif. Tous les ministres sans exception passés Rue de Grenelle ont voulu laisser dans l’Histoire la trace d’une reforme. Toutes inspirées par des considérations politiciennes destinées à se rendre populaire à l’égard des familles et de démontrer que le corps enseignant en général n’effectuait pas correctement sa mission. Le basculement vers la décomposition de la structure se situe en 1990 et il est dû à Lionel Jospin et son conseiller, le dégraisseur de mammouth, Claude Allègre.

En supprimant les écoles normales pour le premier degré il a détruit un réseau qui était tourné vers une vraie formation professionnelle concrète et pragmatique. Quand j’entends parler des difficultés rencontrées avec les religions je me réfère aussitôt aux deux heures hebdomadaires de « morale professionnelle » que nous recevions du directeur en dernière année.

Un moment où il nous prodiguait les mises en garde, les processus et les précautions à prendre pour aborder ces périodes où les affrontements religieux mettaient le pays à feu et à sang. Oublier que des centaines de milliers de personnes ont payé de leur vie des querelles aussi sanglantes que celles que traverse notre société dite évoluée c’est ignorer volontairement que l’intolérance a toujours accompagné les religions.

Ernest Monlau, souvenir indélébile (1), aborda un jour la nécessité pour tout instituteur affecté sur un poste de l’analyse préalable du contexte socio-culturel dans lequel il allait évoluer. Enseigner à Caudéran, Captieux, Saint Yzan de Soudiac, Castillon la Bataille, Le Puy ou Saint Foy la Grande nécessitait des approches déontologiques différentes. Il avait pris comme exemple la leçon d’histoire à conduire sur la Saint Barthélémy. Le 24 août 1572, les Catholiques ou du moins les plus extrémistes d’entre eux conduisirent un massacre des Protestants d’une ampleur qui ne sera jamais égalé au cours de siècles suivants.

« Selon la commune où vous allez exercer soyez très attentifs à la manière dont vous présentez cette nuit tragique expliqua le Directeur. Dans l’Est du département vous aurez forcément dans votre classe de CM2 des enfants issus de familles catholiques ou protestantes. Il ne faut pas renoncer à présenter les faits mais restez mesuré, prudent et objectif. Bref restez laïque jusqu’au bout des ongles ». J’ai fortement pensé à lui lorsqu’en 1967 je me suis retrouvé à… Castillon la Bataille face à 37 garçons de tous les horizons. Cette leçon restera gravée dans la suite de ma carrière dont je narre les péripéties dans l’un de mes livres (1).

Désormais les programmes ne parlent plus des Croisades, des Cathares, des pseudo-sorcières brûlées vives, de l’Inquisition, des guerres de religions ou des massacres du colonialisme. Le retour de la Barbarie repose sur notre incapacité à nous appuyer sur le passé pour expliquer le présent. Les sectes se développent en silence sous des formes multiples. Les interdits pleuvent portés par des groupes de pression aux multiples facettes. L’école au sens large du terme se recroqueville sur elle-même avec l’espoir qu’elle échappera aux assauts du monde extérieur où elle ne va plus.

Le respect des consciences n’est surtout pas le renoncement. L’éthique ne s’improvise pas mais elle se construit. Les profs vivent sous la pression des extrémistes de tous poils et de tous ordres contestant les fondements même du savoir. Le complotisme supplante la science. La croyance prend le pouvoir sur la connaissance. Un Prix Nobel est médiatiquement ignoré alors que n’importe quel charlatan pérore durant des heures. La littérature est expurgée comme on le voit déjà aux États-Unis pays libéral de référence. Darwin a cédé la place à des dieux tout-puissants. Que devient le prof là au milieu si ce n’est l’exutoire de tous les maux d’une société devenue folle.

(1) Jour de rentrée Editions vents salés

Cet article a 11 commentaires

  1. François

    Bonjour J-M !
    BRAVO ! ! ENFIN ! ! Tu te réveilles ou du moins tu t’extrais de cette chape de plomb qui nous écrase … pour mieux nous gouverner, parait-il … ? ?
    Tu oses parler de  » l’Expérience des Vieux »: alors là, nous sommes au summum de la Pensée car tu sais TRÈS BIEN que les jeunes ont tout dans le téléphone …et rien dans le crane ! !
    Quant au « vieil instit’ », mais non J-M, toujours jeune instit’ ( ils disent « prof des écoles » mais le galon ne change pas le hussard!) derrière l’écran
    Mon activité sociale m’oblige à m’éclipser quelques heures
    À tout à l’heure !

  2. J.J.

    « ignorer volontairement que l’intolérance a toujours accompagné les religions. »
    Sans me faire le défenseur des religions, je me demande si cultiver cette intolérance est « consubstantielle » aux religions, où une utilisation faite par des personnages de pouvoir a afin de les utiliser pour imposer leur autorité.
    Mais de toute façon on ne peut nier leur pouvoir de nuisance, consubstantiel ou exploité.
    « L’homme est un animal crédule, s’il ne trouve pas de bonnes raisons de croire, il en trouve se mauvaises. » Bertrand Russel philosophe britannique, pris Nobel de littérature 1950

    Ernest Monlau dans ses cours de « morale professionnelle » était un modèle de l’esprit de tolérance et nous fournissait force arguments pour la défense de la Liberté de Pensée et de la Laïcité, pour entre autres circonstances, (sic) « Quand vous serez en conversation amicale avec le curé de votre village ».
    De fait, de tous les prêtres auxquels j’ai eu à faire dans mes différents postes, sauf une exception , j’ai toujours rencontré des personnes modérées et de bonne volonté,
    assez intelligente pour ne point aborder des sujets qui auraient pu fâcher. Il est vrai que je les mettais tout de suite « à l’aise » en leur déclarait qui si je connaissais, grâce à leur soutane leurs leur croyance, il était de mon devoir de leur déclarer ma position au regard des dogmes de l’église.
    On ne peut évidemment qu’approuver et apprécier ton excellent texte.

  3. J.J.

    Je corrige mon galimatias.
    « J’ai toujours rencontré des personnes modérées et de bonne volonté, assez intelligentes pour ne point aborder des sujets qui auraient pu fâcher. Il est vrai que je les mettais tout de suite « à l’aise » en leur déclarant qui si je connaissais, grâce à leur soutane leurs croyances, il était de mon devoir de leur déclarer ma position au regard des dogmes de l’église.
    On ne peut évidemment qu’approuver et apprécier ton excellent texte. »

  4. christian grené

    C’est terrible de se dire qu’il faudra bien sortir un jour du corps en saignant.
    J’suis pas très fier M’sieur, mais j’ai pas pu m’empêcher.

  5. Darmian Marie-Christine

    Ce matin je me souviens de mon instit de père … l’école est le creuset des libertés l’école libératrice … l’école des savoirs
    C’est ce que j’ai appris avec toi dans cette classe de cm1 et cm2
    Ça me guide encore aujourd’hui

  6. facon jf

    Bonjour,
    de renoncements en reculades les « pas-de-vaguistes » portent l’immense responsabilité des décès de 2 enseignants à 3 années d’intervalle et combien de démissions physiques ou morales dans cette corporation.
    Ce mardi 17 octobre, Mickaëlle Paty a prononcé un discours et répondu aux questions des sénateurs, au cours d’une commission d’enquête sur les faillites idéologiques et étatiques qui ont conduit à la mort de son frère.
    J’en extrais un morceau de sa conclusion que je colle ci-dessous.
    « ces éternels adeptes de l’idéologie du « pas-de-vaguisme », ceux qui sont les premiers à se mettre à genoux et à regarder tomber ceux qui sont restés debout, se murmurant à l’oreille « Ah, tu vois on a bien fait de se coucher ». Dans cette partie géante de ‘1,2,3 soleil’, le maître-mot est « T’as bougé, tu dégages ». Cette pathologie paralysante et tétanisante semble avoir atteint par contagion l’État tout entier. » La culture du « pas-de-vague » ? « Elle sera l’alibi à la soumission, terme injurieux mais surtout inavouable. Pour être capable et coupable du pire, il faut bien se trouver des raisons. Dans ce monde on valorise le sujet obéissant passif parfois lâche et on dénigre en qualifiant de traître le sujet rebelle qui pourtant a agi « comme il convient » au sens de la morale. »

    Je NOUS pose cette question, sommes nous devenus si lâches pour laisser une poignée de terroristes détruire notre école pour détruire notre démocratie ?

    le lien est ici https://www.senat.fr/actualite/agressions-subies-par-les-enseignants-audition-de-mickaelle-paty-1709.html

    bonne journée quand même

  7. facon jf

    L’histoire, toujours l’histoire!!
    A Abbeville, François Jean Lefèvre, chevalier de La Barre, descendant d’une famille de parlementaires, est décapité à l’âge de vingt et un ans et son corps est jeté au bûcher. Condamné pour trahison, comme Lally-Tollendal la même année à Paris ? Pour parricide, à l’instar de Valines un an plus tôt sur cette même place d’Abbeville ? Ou pour tentative de régicide, tel Damiens en 1757 place de Grève ? Non. Le chevalier de La Barre a été condamné à mort par les juges du présidial d’Abbeville pour ne pas avoir ôté son chapeau ni s’être agenouillé au passage d’une procession, pour avoir chanté des chansons de corps de garde et pour détenir le Dictionnaire philosophique de Voltaire.
    La saisie du Dictionnaire philosophique de Voltaire au domicile du chevalier – au demeurant peu instruit – transforma des irrévérences de jeunesse en une affaire politique, et réduisit à l’impuissance les soutiens de La Barre, qui échouèrent à le sauver dans une période de raidissement du parlement de Paris et du roi face aux progrès des « idées nouvelles ».
    Contrairement à Calas, réhabilité trois ans après son exécution, La Barre, présenté comme un déicide, ne le sera qu’en 1793, après la chute de la monarchie de droit divin et la disparition du crime d’hérésie. Considéré comme une victime de l’obscurantisme et de l’arbitraire, le chevalier de La Barre deviendra un siècle plus tard un symbole de la lutte pour la laïcité.
    Voici qui éclaire la déclaration de la sœur de M. Patty « Le dernier condamné à mort pour blasphème en France n’est plus François-Jean Lefebvre de la Barre, exécuté en 1766 à Abbeville. C’est désormais Samuel Paty, exécuté en 2020 à Conflans-Sainte-Honorine. »

  8. Alain E

    Je souscris au discours de la sœur de Samuel Paty et également à celui de Richard Malka
    https://www.youtube.com/watch?v=XBQ2oIczLpQ
    Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde disait Camus.
    Alors je vais en rajouter un mot que je m’ étonnes de ne lire nulle part ici .
    Islamiste , islamiste , islamiste ……
    D’autres ont du mal avec le mot terroriste également .

    PS, si je m’ intéresse à ce blog , c’ est que j’y trouve de l’ intelligence et de la raison et un discours alternatif de la part de JMD et des commentateurs , merci à tous .
    Cordialement .

  9. François

    Re ..……. J-M !
    ( « Aïe ! Aïe ! Aïe ! Le revoilà ! », n’est-ce pas?)
    « Les quelques heures » est un terme qui s’avère large : j’avoue avoir consacré …avec mon épouse retraitée de l’enseignement en pensant à notre professeur de collège, 1 h 50 d’écoute et re-écoute à l’intervention de Madame Mickaelle Paty grâce au lien de @ facon jf que nous remercions pour son affichage où l’on peut voir une commission de Sages Élus passablement ébranlés par les faits, actes et déviances strictement évoqués même s’ils sont connus de tous les professeurs et citoyens …lambdas ! !
    Mon malade-handicapé étant envoyé en rééducation ( près d’un lac du Libournais !) deux ans et six mois …. après un AVC sérieux ( ! ! ! ), je reviens vers toi, le bien-portant ! ! !
    Donc, revenons à notre échange :
    – « les gouvernements, depuis un demi siècle, ont saccagé le système éducatif » : je te l’accorde … avec une correction de temps car c’est soixante-dix ans et la création de l’Europe avec un certain Jean Monnet qui participa à la directive pour créer un peuple de 10%d’élites, 90 % de nuls (moutons dociles) dont 20 % de chair à canon si jamais ….,1968 et 1981 ayant été les amplificateurs de l’objectif à atteindre avec la complicité de la brochette de ministres qui ont suivi comme tu le soulignes si bien ! Patrick G ., un hussard, disait qu’il avait connu 18 ministres et …17 réformes , un seul ayant eu un séjour trop court pour marquer son passage !
    « Enseigner à Caudéran, Captieux …. nécessitait des approches déontologiques différentes. »
    Monsieur Ernest Monlau avait entièrement raison …. même si les « cul terreux » ont droit au MÊME enseignement que les bourgeois ! Pour faire mode, je te dirai qu’une automobile ….même électrique (!) ne se conduit pas avec la même adresse sur autoroute et sur route de campagne. Pourtant, c’est le même véhicule et le même permis ! ! !
    –  « Le retour de la Barbarie repose sur notre incapacité à nous appuyer sur le passé pour expliquer le présent.….. avec l’espoir qu’elle échappera aux assauts du monde extérieur où elle ne va plus. »
    Comme dans mon commentaire de lundi …. et avec le risque de te vexer, l’immigration « latine » n’avait rien de comparable avec l’actuelle. J’ajouterai que les critères d’aides sociales avantageuses actuelles attirent un risque subversif ingérable couplé à l’envie de prendre les commandes du bateau … coulant ! ! Avec surprise, je constate que, même l’imam de Drancy demande l’expulsion de tous les étrangers fichés S « sans délai et sans pitié ». Clairement, il demande de faire le ménage …sous les meubles !
    – « Le respect des consciences n’est surtout pas le renoncement » : certes d’accord … surtout si tu ne viens pas chez moi ( dans ma conscience!) imposer la tienne ! !

    – « Les profs vivent sous la pression des extrémistes de tous poils et de tous ordres contestant les fondements même du savoir. » Exact ! Pour faire clair, j’ajouterai que le culte de l’enfant-roi est aussi dangereux que le culte …religieux !
    – « La croyance prend le pouvoir sur la connaissance. »Là, il faut rechercher les causes :
    – le temps passé au contact du milieu religieux (maison, copains, culte) est plus important que dans le milieu de la connaissance (scolaire, associatifS).
    – l’enseignement régulier ( 2+2=4 , b et a se dit ba et pas forcément base aérienne !) doit être confié à des enseignants FORMÉS ( pas de vacataires au rabais ) et ne pas être abandonné aux écrans !
    Conclusion :
    Tout cela peut te paraître des grains de sable … qui peuvent gripper ; mais nos belles plages sont faites de x grains de sable !
    Amicalement.

    1. J.J.

      « Pour faire clair, j’ajouterai que le culte de l’enfant-roi est aussi dangereux que le culte …religieux ! »
      Je pense que tous les cultes sont ou peuvent devenir dangereux, du culte au fanatisme il n’y a qu’un pas.

      1. François

        Bonsoir @J.J. !
        En tout, Excès nuit ! ! !
        Amicalement.

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