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L’espoir que l’ovale tourne rond

André Nogués, journaliste emblématique au sein du service des sports du journal Sud-Ouest de la seconde moitié du siècle dernier avait une mémoire exceptionnelle de son parcours l’ayant conduit sur tous les grands événements. Il narrait des anecdotes vécues avec une précision exemplaire qui ravisait son auditoire. Il avait couvert les matchs européens du « grand » Saint-Étienne.

Le Président d’alors Roger Rocher ne reculait devant aucune dépense pour entretenir l’image des Verts devenus un club du faut du tableau. Ainsi le jour des rencontres de ce qui ne s’appelait pas encore le Ligue des Champions, il offrait un banquet concocté par le grand chef lyonnais à toute les autorités locales ou nationales et à tous les journalistes accrédités. Des centaines de convives qui avaient droit à un discours présidentiel au moment du dessert.

Ce jour-là l’invité d’honneur n’était autre que le truculent Albert Ferrasse, président de la Fédération Française de Rugby. Un homme haut en couleurs et qui ne reculait pas devant un gueuleton arrosé. Roger Rocher ayant lui- aussi un penchant avéré pour la dive bouteille les propos de fin des agapes prit une drôle de tonalité.

D’une voix pâteuse et hésitante, le Président des Verts ayant du mal à garder son équilibre se lança dans une comparaison entre le rugby et le football. « Mon cher Albert expliqua-t-il nous avons tout en commun sauf une chose, vous êtes ovale et moi je suis..rond ! » La salle explosa de rire ! André Nogués régalait son public en décrivant cet éclair de lucidité d’un homme qui termina bien mal sa carrière présidentielle.

A partir de ce soir la France sera ovale et il y a fort à parier que selon le résultat de la première confrontation de la Coupe du Monde il y aura lors de ce qui ne sera pas une première mais une troisième mi-temps bien des supporteurs « ronds ». Le Beaujolais n’y sera pas pour grand-chose ! En revanche que les Bleus se soient fait mousser contre les ‘Tout noir » ou que les espoirs de domination aient été mis en bière, la fête battra son plein dans tous les bistrots qui seront ceux des copains d’abord. La magie du rugby réside dans cette capacité à transcender les différences et à générer le partage. Autant de valeurs dont le pays à grand besoin.

Il existe une forte similitude entre l’équipe de France d’Aimé Jacquet composée de pas si « manchots » que ça en 1998, et celle que propose Fabien Galthié pour débuter face aux Néo-Zélandais. On avait beaucoup loué le mythe « black-blanc-beur » qui avait relancé l’espoir d’une intégration réussie grâce au football. Depuis le ballon a tourné et pas nécessairement dans le bon sens. Le quinze qui entonnera la Marseillaise au Stade de France reflétera la mutation d’un sport allant désormais puiser une part de sa force dans la diversité sociale. Même si son capitaine porte le nom de Dupont, la troupe a des enfants d’une Patrie différente de celle des coupes du monde antérieures. Elle en aura davantage de force.

Top 14 et Pro D2 seront représentés sur tous les continents puisque 18 des 20 nations ont dans leur rang au moins un joueur issu des 30 clubs qui composent ces deux niveaux du rugby professionnels. La Géorgie arrive en tête avec 16 joueurs , le Portugal et l’Argentine suivent avec 12 éléments. Puis les Fidji, les Samoa et les Tonga, avec un contingent égal de 10 joueurs chacun, l’Italie (6), l’Afrique du Sud, l’Angleterre, le Pays de Galles, la Roumanie et l’Uruguay (4 chacun), la Nouvelle-Zélande (3) et l’Australie (2). enfin, le Chili, l’Écosse et la Namibie comptent chacun un joueur «français». La réalité est là !

On doit brûler des cierges dans toutes les chapelles dépendant du Chanoine de Latran pour que les Bleus réussissent à enthousiasmer ce peuple dans la mouise et la dépression. Le plaisir « gratuit » offert par une équipe conquérante et solidaire aurait un effet positif sur le moral de millions de personnes qui suivront les matchs. Pour peu que les Anglais souffrent l’effet serait encore plus positif. Les jeux du stade ont toujours eu leur utilité pour les pouvoirs en place. Il faut bien convenir que malgré la victoire des pousse-citrouilles hier soir les résultats des Français ne sont guère glorieux depuis quelques mois.

Abnégation, solidité, créativité et solidarité : ces valeurs essentielles permettront aux tenants de l’Ovalie de tourner rond. Et surtout en fin de match n’oubliez pas ce principe de Jean-Pierre Rives : « le rugby, c’est l’histoire d’un ballon avec des copains autour et quand il n’y a plus de ballon, il reste les copains. » Er je crois que c’&tait valable aussi au football de mon époque.

Cet article a 2 commentaires

  1. Gilbert SOULET

    Excellent ce billet Jean-Marie
    Et que les lecteurs n’oublient pas qu’au Rugby, il y a ceux qui jouent du piano et ceux qui les déménagent…
    Amicalement,
    Gilbert de Pertuis et ex de l’ASBiterroise des années 57/58 et 59/60

  2. christian grené

    Ce n’est pas sans émotion que j’ai lu cette rubrique du bonheur pour autant que football et rugby ont rythmé mon quotidien durant 36 ans. Avec en points d’orgue la Coupe du monde de football 1982 en Espagne et celle de rugby 1995 en Afrique du Sud, émaillés de quelques échappées sur le Tour de France cycliste. Avec pour parrains André Noguès et Robert Dutein. De sacrés souvenirs. Merci Jean-Marie.

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