Une société qui a perdu ses repères avance à tâtons sur le chemin incertain de l’avenir. La nôtre avance les yeux bandés et en plus à reculons. La France pays des Lumières se dirige vers l’obscurité de manière inexorable. Les valeurs qui doivent guider les parcours citoyens deviennent au fil des jours des coquilles vides. Le vrai problème c’est que la peur aux trousses les Françaises et les Français ou plus largement les peuples des démocraties pensent que le salut passe par l’abandon de ce qui a constitué les bases de leur bien vivre ensemble.
Jamais la liberté n’a été autant théorique. Des milliers d’interdictions existent dans absolument tous les moments du quotidien et tous les actes individuels ou collectifs de la vie sociale. La surveillance numérique augmente sans cesse. Les atteintes aux droits fondamentaux au nom du combat contre toutes les insécurités se multiplient. Souvent une très grande majorité de personnes n’ayant rien à se reprocher se retrouve face à des textes uniquement conçus pour endiguer les excès de minorités. Ces derniers jours tous les représentants du pouvoir ont assuré qu’il n’y aurait aucune atteinte au droit de manifester mais que ce sont eux qui en fixerait le cadre. Certes la liberté individuelle s’arrête ou commence celle des autres mais il est évident que l’espace où elle peut s’exercer se rétrécit en permanence. Le texte qui est actuellement discuté au Sénat le transformera en confetti.
L’égalité n’est qu’une vision théorique quel que soit l’angle que l’on adopte pour l’examiner. Si dans la Constitution elle figure en bonne position elle n’a qu’une existence réduite. L’accès à l’ensemble des services publics richesses des plus faibles ou des plus précaires a disparu avec le développement de la privatisation outrancière qui exclut de fait bien du monde. Que ce soit dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la justice et maintenant de la sécurité il n’y a plus aucune égalité garantie par l’État. Certes le concept reste sur le fronton des mairies mais entre elles il n’y a même plus aucune similitude tant les moyens sont différents et les réponses aux besoins sont décalées. L’inégalité est partot !
Que dire de la fraternité ? Laminée par de multiples formes de racisme, par des antagonismes ethniques désastreux, par des déclarations intempestives ou sciemment provocatrices, elle n’appartient vraiment plus à la République originelle. D’ailleurs plus personne n’utilise ce mot qui est désormais vide de sens. Jusque dans les cours des écoles maternelles on assiste à une remise en cause du vivre ensemble. Là encore des outrances individuelles ou minoritaires portées médiatiquement de manière outrancière conduisent à une exacerbation des haines. Lorsque j’étais à l’école communale lors d’un concert nous avions sur scène lors d’un concert nous les enfants d’origine italienne, polonaise, française, espagnole avait chanté « si tous les gars du monde voulaient se donner la main ! » avec conviction et sincérité. Serait-ce possible actuellement ?
Désespoir également autour de la solidarité. Durant plus d’un siècle des caisses de secours mutuel autogérées dans les villages prenaient en compte les frais médicaux. L’État providence est arrivé bien plus tard. Ses interventions sont en débat et dans quelques semaines on assistera à des remises en cause supplémentaires des préconisations du Conseil national de la Résistance. Les erreurs de gestion des finances publiques non imputables aux citoyens mettent en cause les acquis antérieurs. Le « chacun pour soi » et le pouvoir du fric prennent le pas sur la fameuse devise des Mousquetaires applicable dans la République : « Tous pour un et un pour tous ». L’éducation à la solidarité n’existe plus et sans la générosité des retraités et leur bénévolat les associations mettraient la clé sous la porte.
Les débats voulus autour de la laïcité avec des manipulations volontaires ont fait éclater l’une des valeurs essentielles ayant permis de constituer la nation française. Attaquée, détournée, exploitée, abandonnée, ridiculisée elle ne sert plus de digue à la montée des extrémismes religieux. Ils envahissent l’espace public et s’insinuent dans la politique. Par opportunisme ou par démagogie les actes sont bien différents des paroles. Ce ne sera plus un sujet de campagne présidentielle. On s’écharpera sur des détails vestimentaires ou des racines cultuelles existantes ou oubliées mais la valeur laïque ne constituera pas un enjeu majeur.
Le pire concerne l’honnêteté. Elle était une obsession dans l’opinion publique avec le souhait d’avoir des élus intègres au service du collectif. Qui s’en soucie ? Les enquêtes et les condamnations pleuvent avec des interminables batailles judiciaires quand il est exigé des sanctions rapides et fortes pour des erreurs qui s’en être excusables n’ont pas la même proportion. Catastrophique de voir les condamnations d’un voleur « d’œuf » quand les pilleurs de « bœufs » paradent et distribuent des leçons de morale. Mensonges, prévarications, détournements de fonds, escroqueries : rien n’a de prise sur une opinion publique qui réclame une sévérité qu’elle ne veut pas voir appliquée à ses préférés. L’exemplarité n’existe plus. Elle devient ridicule…
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