Mes rapports estivaux avec l’élément liquide n’ont pas toujours reposés que sur la couleur rosée… bien au contraire et surtout en enfance. Même si j’ai bien compris qu’à quelques degrés près les canicules d’antan sont désormais considérées comme des chaleurs anecdotiques je mesure l’ingéniosité spontanée que nous mettions en œuvre pour l’atténuer. J’ai beaucoup survécu grâce à l’amour et à l’eau fraîche. Un puits était à cet égard une source inépuisable de plaisirs. Ils étaient mystérieux et réputés dangereux donc interdits aux enfants. J’adorais pourtant regarder le fond où le moindre gravillon discrètement lancé provoquait un bruit décalé sans rapport avec sa taille.
Les détenteurs de l’accès direct et indépendant à une eau souterraine abondante bénéficiait souvent d’un privilège hérité des générations antérieures. Il avait fallu que des Amoretti, avec ou sans fille « volage », suent sang et…eau pour que le bénéfice de ces ouvertures béantes sur le ventre de la terre existent sur les propriétés des gens les plus aisés. L’autarcie en alimentation en eau, réputée potable en toutes circonstances était très appréciée. Elle constituait un signe extérieur de richesse et dans les hameau elle contraignait au partage avec toutes les querelles qui en découlait.i
Le puits, source de mystère, constituait un lieu particulièrement apprécié en période estivale. Quérir le précieux liquide plus ou moins visible qu’il recelait, relevait de la corvée pour les habituées de cette tâche alors qu’il s’agissait d’une ténébreuse aventure pour celles et ceux qui l’effectuait occasionnellement. Parfois insondable au regard tant il était profond, il dégageait des sonorités amplifiées appartenant à un monde inconnu.
La chaîne se libérant de son enroulement autour du tambour en bois, le couinement de la manivelle lui accordant la liberté, le seau au contact de l’eau, les chocs du balancement sur les parois : tous les bruits avaient une particularité et une sonorité décuplée. Qui n’a pas crié dans ce tube de pierres soigneusement jointées pour se donner l’impression d’effaroucher les habitants d’un monde obscur. Le puits sombre, profond s’ouvrait sur la mort alors qu’il était source de vie. Étrange paradoxe.
La remontée du seau en aluminium permettait de se forger de solides biceps. Il fallait, sur les conseils des accompagnatrices expérimentées, une manœuvre régulière et mesurée afin que l’eau précieuse reste dans son récipient. Souvent les concours de vitesse ne généraient pas des résultats très productifs. L’arrivée du seau à la lumière avait, pour moi, quelque chose de magique, de réconfortant. Étincelante, immédiatement captée par le soleil qui lui distribuait des reflets d’argent, fraîche, limpide, cette eau venue de la nuit des temps avait une valeur inestimable dont nous n’avions pas conscience.
Outre l’alimentation de la maison, l’eau du puits exerçait des fonctions désormais inconnues avec l’apparition des glaçons ou des congélations. Faute de réfrigérateur elle permettait à mon grand-père Abel de rafraîchir les aliments. Quand c’était impossible en raison de la profondeur, de descendre au bout d’une corde des bouteilles de cette « piquette » légère et insignifiante dont il rafolait, elles étaient plongées quelques minutes avant le repas dans le seau avec parfois les légumes crus. La préférence allait plutôt à l’immersion directe et durable.
Pour éviter les disparitions au fond de ce havre de fraîcheur, le breuvage fabriqué maison, était transféré dans une ancienne bouteille de limonade dont la fermeture garantissait la sûreté du lien. Et la descente et la remontée nécessitaient un soin particulier que l’on ne confiait aux enfants qu’après mûre réflexion sur leur dextérité.
Le plus souvent nous allions chercher de l’eau fraîche pour que notre aïeul puisse fabriquer ses boissons de confort estival. Il en avait deux qui relevaient de la pharmacopée d’antan. Je devais, en rentrant du collège à vélo, lui procurer, un flacon d’Andésite et une boite des fameux sels Lithinés du Dr Gustin ! Des produits bios avant la lettre qui appartiennent au Panthéon de mes étés ! Ces boissons savamment dosées en gouttes pour le premier ou en sachets pour la seconde relevaient pour leur attribution du seul pouvoir d’Abel.
Aller chercher de l’eau fraîche annonçait que nous pourrions espérer bénéficier d’un grand verre d’eau plate aromatisée avec ce que l’on doit considérer comme l’ancêtre du Coca-Cola sans les dangers que porte ce produit. Je n’avais pas par contre, une appétence particulière pour les sels réputés utiles à la digestion et au transit intestinal du bon Docteur Gustin mais enfin… ça changeait du quotidien !
Un puits, une fontaine m’attirent toujours. Beaucoup sont désormais morts au champ du déshonneur climatique, exsangues de leur eau de vie, fermés pour des raisons de non conformité aux normes sanitaires de « riches », confinés sur une flaque souterraine inutilisable. J’aime leurs habits de pierres qui traduisaient souvent le respect qu’avait leurs utilisatrices pour leur rôle. Rares sont ceux qui sont encore vivants et animés. La vérité de notre mépris à l’égard de l’eau sort de leurs gueules bourrées de moellons, de gravats, de sable voire de détritus en tous genres. « Il faut creuser les puits aujourd’hui pour étancher les soifs de demain ». J’adore ce proverbe peul!
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Que de souvenirs tu fais remonter là!
Car mon expérience du puits date d’avant mes 8 ans, puisque mes parents ont transféré leur domicile de Fronsac à Sainte-Terre lorsque j’avais cet âge-là…
A Sainte-Terre, il y avait un puits mais il était caché par une pompe! et il y avait même un moteur électrique dans la maison qui amenait l’eau courante. Un luxe!
A Fronsac, j’ai connu les mêmes sensations que tu décris si bien, et peut-être augmentée par le fait que le puits était très profond.
Et puis , il y avait la « pissotte »! C’était une source située à 200 m de la maison qui coulait d’un talus au bord de la route qui allait de Libourne à St-André de Cubzac en passant par le bord de la Dordogne (car il y en a une qui passe par le bourg de Fronsac!).
J’y suis passé récemment lors du décès de ma soeur cadette, mais il n’y a plus de pissotte!
Avec l’une de mes soeurs, nous étions de corvée d’eau pour aller à la pissotte remplir des seaux ou arrosoirs selon le cas!
Pourquoi puisqu’il y avait un puits? Je n’ai jamais osé poser la question à mes parents!
Je me souviens aussi qu’il y avait des « pois de senteur » qui poussaient sur ce talus…A l’époque il n’y avait pas encore assez de véhicules pour les intoxiquer.
Mais que de souvenirs!
Allez bonne journée quand même!
PS pardonnez moi : je n’ai jamais su comment faire le e dans l’o sur ce put… d’ordinateur!
J’ai connu également tout ça chez mon grand-père maternel.
Le puits (profond et inquiétant, 5/6 m) les seaux remontés à la manivelle, les bonnes bouteilles mises au frais. Plus tard, la pompe électrique avec son interrupteur qui permettait d’amener de l’eau dans la maison.
Une fois mon papa est descendu au fond du puits pour aller le nettoyer et pour vérifier le fonctionnement de la pompe. Tout le monde était un peu inquiet mais ça s’est bien passé, et mon admiration pour lui en a, bien sûr, été décuplée…