Je ne sais pas si les malheurs de la vie vous en dispensent mais les obsèques au cœur de l’été sont beaucoup plus insupportables que durant le reste de l’année. On imagine difficilement que la mort vienne ravir à une famille un être cher alors que la société parle de détente, de joie, de plaisir, de farniente. Et pourtant la camarde ne réfléchit pas trop à la date qu’elle choisie pour intervenir au nom de ce que l’on appelle le destin. Les tenues de l’assistance ne coïncide pas avec l’évènement. La tristesse ne s’accorde pas chez nous avec le blanc et le noir éclipse la luminescence d’un ciel bleu. Le contraste paraît incongru.
L’automne avec ses sanglots longs des jours où les feuilles mortes se ramassent pas nécessairement à la pelle ou s’entassent dans les recoins de murs, reste plus convenable. Ce matin dans le petit cimetière à l’ancienne on s’étreint comme pour se rassurer sur le fait que l’on soit vivant et que l’on puisse échanger un signe d’estime ou d’amitié. L’église sorte de coque de noix surmontée d’un clocher mur ne refuse pas cette animation exceptionnelle. Elle ne voit plus grand monde. Ses portes n’ont guère l’occasion de s’ouvrir pour les humains. Une grande part des édifices des villages comme celui-ci ne servent plus qu’en de rares moments collectifs.
Les caveaux meurent à quelques mètres de l’entrée comme si leurs propriétaires avaient souhaité pour leurs proches que le trajet vers leur dernière demeure soit le plus court possible. Les autres tentent en vain de respecter une ordonnancement géométrique démontrant qu’il existe une volonté de rationalité d’occupation d’un espace restreint. En fait au fil des siècles les propriétaires de ces lieux plus ou moins monumentaux ont cherché à faire ce qui leur plaisait. Pas de références numérotées ; pas de logique évidente sur les dimensions et la disposition ; pas d’effets d’une rigueur administrative absolutiste ; pas d’uniformité mais un esprit grégaire ayant conduit tout le monde à se regrouper contre l’édifice religieux, cœur mal en point car peu utilisé de la commune. Une sorte de « coude à coude » avec probablement parfois des inimitiés ancestrales gommées par une fraternelle proximité des morts. Ici on cohabite sans problèmes.
Cet été l’herbe a souffert. Un paillasson recouvre l’enclos cernant l’église ce qui rend le cadre encore plus désolant. On peut hésiter sur le gris du ciel en ces jours où les nuages des incendies s’étirent au gré des vents vers l’intérieur des terres. Ils obscurcissent un ciel qui n’arrive pas à pleurer sur le triste sort de la planète. Une sorte de chape de plomb pèse sur ce cadre en pleine nature se plaçant hors du temps. Étonnement de uns dans cet arpent de terre d’Entre-Deux-Mers où ne se trouvent dans le fond que des souvenirs abstraits de vies interrompues et plaisr des retrouvailles émues avec leur enfance pour les autres. Les vies passées se résument à des plaques, des dates et des noms qui évoquent forcément pour quelques personnes des visages ou des histoires mais c’est sépia et flou.NE
Ce matin l’été se met entre parenthèses. Lui qui aime exubérance ne se retrouve qu’avec des chuchotements ou des silences mouillés. Lui qui tente de persuader femmes, hommes et enfants que le bonheur fleurit sur le sable ou se niche au milieu de foules agglutinées en des lieux références ne comprend pas la raison pour laquelle le partage d’un moment ultime d’une existence mobilise ce monde paisible. Ici malgré les circonstances douloureuses on se retrouve dans le partage simple, l’échange de proximité dans une ambiance du temps passé. L’église qui accueille tout le monde dans un espace réduit plonge l’assistance dans un décor de film reconstituant la vie vilalgeoise d’antan. On est loin des effets de mode ou des adaptations clinquantes. A tout moment peu surgir un héros ce cape et d’épée venu rendre hommage à un vieux soldat de la vie sociale car instituteur de métier.
Les ouvertures en verre simple laissent filtrer une lumière qui n’est pas celle de l’été vendu en kit pour vacanciers. Elle entre sur le bout des rayons. Elle se faufile avec pudeur et une certaine tendresse. C’est elle qui donne l’atmosphère de la célébration. Rien qui éclabousse irrespectueusement.Tout ici ramène de longues années en arrière comme si l’objectif était de « baigner » le défunt dans sa lointaine jeunesse. Objets cultuels inanimés, décorations naïves, carrelage usé, tableaux sombres, disposition de l’autel toujours prêt à recevoir un office d’avant Jean XXIII : difficile pour les « vieux » de ne pas s’émouvoir de la sincérité de l’édifice et de ce qu’il s’y passe.
L’artificialité, la déshumanisation, la vanité estivale on été effacées durant une petite heure. Le vrai problème c’est qu’il faille un enterrement pour que ressurgissent des sensations oubliées, ses retrouvailles au coeur srré avec les autres. Le défunt était passionné de nature. Il aimait s’y plonger, s’y immerger au cœur de la forêt landaise. Il vivait avec elle, pour elle et par elle. Dans le cimetière il goûtera au repos éternel dans la discrétion. La suite des incendies lui sera épargnée. Salutaire.
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Bonjour,
« La vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible. » – Woody Allen.
Quoi qu’en disent les religieux, la vie commence par un acte sexuel. C’est au cours de cet acte que se crée le début d’un nouvel être humain. Sans sexe pas de vie, au moins au sens biologique du terme (parce que oui, on peut vivre sans sexe mais pas exister sans sexe). La vie est donc bien sexuellement transmissible, même si les « progrès » de la science permettent aujourd’hui de donner la vie par d’autres moyens, le sexe est indissociable de la vie.
Selon le philosophe et médecin Xavier Bichat (1771-1802), » la vie serait l’ensemble des forces qui résistent à la mort » : au début, cela ne nous apprend rien, on croit à un bon mot ou pour ainsi dire, à une lapalissade, du nom de ce bon monsieur de La Palisse dont on disait que tant qu’il n’était pas mort, il était encore vivant.
Sartre grand prêtre de l’existentialisme ( courant philosophique et littéraire affirmant que l’existence précède l’essence, reposant sur la liberté totale de l’individu et sa responsabilité) affirmait « la mort ne m »aura pas vivant ». Sartre fête la mort comme un ennemi et l’être humain comme quelqu’un qui choisit de ne pas rester vivant, si elle vient l’attaquer. Paul Ricoeur, disait, » rester vivant jusqu’à la mort » une citation interprétée aujourd’hui dans les débats sur la fin de vie, en comprenant ce que veut dire rester vivant. Ainsi, cette phrase » la vie est l’ensemble des forces qui résistent à la mort » relève t-elle plusieurs défis, d’abord un défi de définition : nous ne savons pas ce qu’est la Vie, l’essence de la vie, nous ne savons pas non plus ce qu’est la mort, mais il y a une chose que nous savons, c’est leur contradiction…
Tant que nous sommes vivants, tout est possible : tous les plaisirs, toutes les réalisations, tous les achèvements, …Mais la mort nous attend à un moment que nous ne pouvons pas anticiper. Aurais-je le temps de faire en sorte de réaliser mes envies d’ici là ? Quels obstacles, quelles épreuves, quelles douleurs l’imprévisible vie va-t-elle mettre sur mon chemin ? C’est sans doute justement cette fin – la mort – qui rend la vie tellement excitante aussi. Si nous avions tout le temps, vivrions-nous les choses de la même façon ?
Ecclésiaste 5:15,16 ( L’Ecclésiaste est le nom donné à l’un des livres de l’Ancien Testament.) déclare
« Comme il est sorti du ventre de sa mère, il s’en retourne nu ainsi qu’il était venu, et pour son travail n’emporte rien qu’il puisse prendre dans sa main.… »
Une évidence aussi vieille que la bible, évidence que chacun de nous s’efforce d’oublier chaque jour de sa vie.
En fait nous oublions volontairement, ou pas, ce qui compte vraiment:
Les liens : L’amour et l’amitié que nous donnons.
Les souvenirs : Les moments de joie et de partage.
Les actes : Le bien que nous faisons autour de nous.
La sagesse populaire nous dit « L’homme vient sans rien. Il court après tout.Puis il laisse tout et repart sans rien. »
C’est sans doute pourquoi beaucoup de cimetières trouvent leur accès au chemin de l’égalité …
bonne journée à vous
Merci Jean Marie, ce beau texte confirme que pour avoir vécu un triste évènement le 19 Aout 1997, « On imagine difficilement que la mort vienne ravir à une famille un être cher alors que la société parle de détente, de joie, de plaisir, de farniente ».
Je t’adresse une pensée de Philippe Roux dans ses « Vendanges du jour » :
Je n’écris pas pour une petite élite dont je n’ai cure,ni pour cette entité platonique adulée qu’on surnomme masse.J’écris pour moi pour mes amis et pour adoucir le cours du temps.
C’est chose faite.