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Les éperlans venus d’ailleurs d’Eric le fils de Garonne

A vive allure la fumée opaque remonte la Garonne. Elle passe enveloppant la jolie soirée des Garonnades d’un grisaille qui pique les yeux. Tout le monde se dépêche de trouver son bonheur gustatif sur les divers stands des exposants présents. La soirée risque d’être écourtée par cette intrusion de fumées de l’incendie géant du bassin d’Arcachon portées par un vent venant de l’Ouest. Le drame qui approche pèse sur l’ambiance de ce petit coin des rives du fleuve où l’on partage un coucher de soleil d’habitude plus resplendissant.

Eric Montillaud et son épouse n’ont pas le temps d’observer l’évolution de ce ciel qui semble s’abattre sur les têtes. La file des prétendants à leurs produits s’allonge. Parmi les nombreuses propositions habituelles des rendez-vous de ce type les leurs détonnent et l’une d’entre elles est très prisée par les personnes présentes.  Celui qui fut pêcheur professionnel sur la Garonne jusqu’en 2016 offre en effet des barquettes d’éperlans frits. « L’évolution des restrictions sur les ressources du fleuve m’ont contraint à prendre cette décision. J’ai bénéficié d’un plan de cessation d’activité puisque progressivement la lamproie, l’alose et les autres poissons que je pêchais disparaissaient ou ont été interdits en raison des évolutions de la vie dans l’eau. Désormais je pêche seulement dans des frayères des « alosons » pour une centre d’études de Bergerac. Je me rends ainsi la semaine prochaine sur des trous d’eau propice à la reproduction jusqu’à Marmande ou vers Eynesse pour effectuer des prélèvements destinés à mesurer l’évolution de l’espèce »

Eric s’affaire devant ses bacs d’huile bouillante jetant un coup d’œil à droite sur l’évolution des éperlans et à gauche sur les frites qui les accompagnent. Le menu fretin qu’aurait dédaigné le Rieur dans la fable de La Fontaine doivent être ni trop ni insuffisamment grillés. La matière première fragile nécessite des soins expérimentés. « On n’en pêche plus chez nous puisqu’il n’y a quasiment plus de professionnels explique Eric Montillaud. Ceux que je propose arrivent congelés d’élevages en Irlande et ça fait mal au coeur ». Il y a une pointe de regret dans cette précision car il en est ainsi de bien d’autres espèces.

« Je pense que nous ne reverrons jamais la capture de la lamproie comme autrefois. Elle a été décimée par les silures. C’est un fléau comme le sont aussi les cormorans à un degré moindre. Il y un espoir pour les aloses car cette année je pense qu’elles n’ont pas été aussi nombreuses depuis quelque temps. Pour le reste, cet été, le principal fléau aura été la température de l’eau. Je suis certain qu’elle a parfois dépassé les trente degrés et qu’elle reste autour de vingt-huit. C’est trop élevé pour la faune, la flore et l’équilibre naturel » ajoute celui qui ne détourne pas le regard de ses bacs d’huile frémissante. 

Même s’il a perdu le contact quasiment quotidien avec Dame Garonne il en reste un ami bienveillant. Son évolution le préoccupe.« L’étiage ces dernières semaines a baissé d’environ 1,20 m. Cette situation si elle se confirme constitue une évolution dangereuse pour de nombreuses espèces ». Eric continue à renverser dans un plat en inox les fournées d’éperlans qu’il sort de leur dernier bain brûlant. Les vrais amateurs apprécient et repartent avec leur barquette copieusement garnie. Souvenir de la belle époque où le fleuve fournissait la base de plats locaux simples mais tellement précieux, ce menu fretin offre une ouverture sur un passé qui s’évanouit comme le soleil derrière les nuages gris foncé des incendies monumentaux eux-aussi que la conséquence d’un dérèglement climatique incontestable.

Eric Montillaud a essayé de parer à ce contexte défavorable. Pendant quelques temps il proposait des beignets de silure. « C’était très apprécié par celles et ceux qui les ont goûtés car c’est une chair fine et agréable à manger si elle est relevée. Nous avons abandonné car c’est un travail énorme. On n’utilise en effet que 30 % de la chair du poisson qui nécessite un dépeçage compliqué. En définitive si on prend en compte le temps passé et la quantité produite ce n’est absolument pas rentable mais la ressource est considérable ». N’empêche que l’ex-pêcheur régale avec fous ses autres produits à 6 euros, un prix qui par les temps qui courent reste exceptionnel.

Le «nid » des Garonnades cambaises lové sur la rive du fleuve résume la situation dramatique de la planète avec de l’eau en souffrance et du feu qui explose comme autant de signes affolants de cet été d’un vrai basculement de la France vers un destin dramatique. Dans le fond autant penser à autre chose malgré les nuages noirs, malgré les éperlans irlandais et malgré cette Garonne qui ne comprend pas ce que les Hommes lui infligent. On ne se sent pas bien. Le plaisir n’a duré que le temps de picorer les petits poissons dans la barquette. Mieux vaut repartir. La nostalgie sera pour un autre soir. 

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Cet article a 2 commentaires

  1. Gilles Jeanneau

    Je sens une pointe de pessimisme dans tes lignes d’aujourd’hui et cela ne te ressemble pas…
    Hélas, je crains que le pire que je voyais venir plus tard ne se concrétise plus tôt que prévu!
    Ma soeur ainée qui habite Ste-Terre et que j’ai eu hier soir au téléphone, était incommodée par les fumées et les cendres…
    L’homme n’est pas un animal raisonnable, c’est tout.
    Allez, bonne journée quand même…

  2. François

    Bonjour @Gilles Jeanneau !
    « une pointe de pessimisme » ! ! Il est gentil l’@ Gilles ! Disons que cela donne « mal à la gorge » de débattre sur les conséquences (prévisibles … sans réchauffement ! ) de la politique de débiles en liberté prônée par ses amis « Les Verts » : biodiversité non contrôlée, royaume des ronces, buissons et autres, protection des prédateurs dangereux ( Ne sont-ils pas beaux, le mignon nounours ou le loup aux dents acérées ou le silure glouton ? Mais quand vont-ils bouffer deux ou trois écolos-bobos-rigolos?), affreux pesticides parce qu’employés commercialement et non en médicaments judicieux, etc ! J’arrête là mon énumération qui risque censure !
    Perso, j’apprécie les éperlans (même d’Irlande!) tout comme l’alose sur sarments ou la lamproie à la bordelaise ( je fournis même le vin de la sauce ! ! ). Malheureusement pour mes papilles affolées par l’idée, il faut mettre cela aux archives casier cartes postales anciennes !
    Merci les écolos rigolos : le feu progresse et se gave grâce à votre c****e !
    Au fait, avez-vous remarqués combien ces minables brillent par leur absence … à tenir les lances ? ? ? ?
    Mais ne désespérons pas ! On réagit enfin : un avion gros porteur d’eau sera opérationnel …  cet après-midi ! ! ! ! Pompiers, reposez-vous ! La Solution arrive ! ! !
    Oui, Jean-Marie : une vraie gouvernance à la corne de brume … dans la fumée ! !
    Plus que 280 au jus ! !
    Amicalement.

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