L’été modifie en profondeur les habitudes du P’Tit Bar créonnais. La fréquentation se transforme et les horaires aussi. La canicule ambiante en cet été qui marque le basculement concret vers des années chaudes qui ne seront plus extraordinaires, pèse sur la clientèle. Selon les périodes de la journée elle fluctue fortement permettant à la maîtresse des lieux de coller sur la porte un panonceau annonçant une pause en début d’après-midi qui correspond à l’horaire de la sieste des habitués. Du moins on le suppose. Il est vrai que tout a été bouleversé depuis quelques semaines par ces températures excessives.
En plus des départs vers les vacances de piliers institutionnels, certains hésitent à sortir pour humecter leurs gosiers comme le recommandent les spots officiels. La peur de ne pas faire les choses « à demi » et celle de respecter avec peu de modération les consignes éclairées venues du ministère de la parole, les retiennent chez eux. Depuis quelques temps le Tour de France accapare aussi les amateurs de sieste engendrée par la domination de Pogacar.
L’avantage de cette domination c’est qu’ils peuvent somnoler sans crainte de manquer l’arrivée de l’étape et donc le nom du vainqueur. Il est connu d’avance. D’ailleurs à part les affaires de Seixas le puceau de la Grande Boucle plus rien ne passionne vraiment les amateurs de vélo car il n’est pas question ici en ce lieu de parler de « cyclisme ». Le mondial de football trumpisé est déjà oublié. Il a fallu l’arrivée de Paco, hispanique convaincu, avec une écharpe de supporter et un chapeau de danseur de flamenco pour que la finale revienne sur le comptoir. L’UBB manque en fait à tout le monde… signe que d’autres valeurs se sont installées au fil des mois. Le foot et le vélo sont acessoires.
Le bar alterne donc les périodes de torpeur estivale quasi-désertique et celles d’une effervescence décontractée. Le rythme du quotidien a été bouleversé cet été. On brûle désormais la journée par les deux bouts. Certains sont de la matinée et d’autres de la soirée. Ces derniers, beaucoup plus festifs que les premiers adeptes du café avec verre d’eau partagent des mises en bière crépusculaires le vendredi et le samedi. Ils ont de plus en plus tendance à adopter l’heure espagnole. C’est probablement l’autre modification des repères de mois de Juillet installé dans l’outrance climatique.
Le P’Tit Bar devient en ce moment un refuge pour cyclistes de tous ordres. Ainsi à jours et heures fixes, des pelotons aux tenues bigarrées ou uniformisées s’attablent au plus près de leurs rutilantes montures pour un café ou une boisson sans alcool. Il commentent les périples accomplis dans cet Entre-Deux-Mers où l’on évolue sans cesse entre monts et vaux. Le remplissage des bidons, le passage par le lieu où l’on peut pisser sans être suivi par les contrôleurs de l’anti-dopage appartiennent au rite de ces pédaleurs de grands chemins plus rares le reste de l’année. Leur instinct grégaire les pousse souvent à recueillir des « brebis » égarées… ou épuisées. C’est ainsi que le groupe s’agrandit et que la tablée parfois déborde de la terrasse pour envahir les arcades. Eux ils tracent et leur halte utilitaire ne s’éternise guère. Le kilomètre parcouru est l’étalon de leur forme physique.
Comme pour les sortes vers les sommets alpins ou pyrénéens, le P’Tit Bar recueille aussi dans ses murs quelques naufragés d’expéditions au long cours. Des réfugiés fuyant l’oppression caniculaire. Jeunes couples cherchant dans l’aventure cyclotouristique une opportunité de construire un chemin commun; duos âgés à aligne svelte au teint hâlé démontrant que les années n’altèrent pas leur capacité à relever des défis sportifs; étrangers en quête du brunch de leur journés; voyageurs au long court rêvant de destinations à conquérir se succèdent pour réclamer dans un français hésitant ou avec des gestes ne figurant pas au lexique des signes leur potion magique allant du Coca au café glacé ou au thé frais. Étonnant, amusant, observé avec un sourire par les indigènes repliés dans le fond de la salle. Chacun d’entre eux à une histoire qu’il veut bien confier si on a le courage d’échanger quelques mots devant un verre.
Les autres types de touristes consommateurs très éloignés de ce type de pratiques estivales ‘s’installent eux pour jouir de leur bonheur d’être loin de leur quotidien. Leur volonté n’a aucun rapport avec celle de créer l’exploit cycliste. Ils lisent le journal et lapent un café « allongé » qu’ils laissent négligemment refroidir. Ce sont les « profiteurs ». Ils s’installent au soleil et s’offrent un « blanc » ou un « apéro » histoire de se persuader qu’ils peuvent donner du temps au temps hors de leur périmètre de vie habituel. Contrairement à ce que l’on pourrait croire ce sont eux qui observent les habitués, les autochtones et non l’inverse. Ils rient aux éclats de voix, aux franchouillardises plus ou moins brillantes, aux tenues non-conformes de ce petit monde du P’Tit Bar faisant le spectacle. Ils recherchent la touche locale comme il l’aurait fait au Bar de la Marine de César ou au Café des 2 moulins d’Amélie Poulain.
Le jour de marché toutes ses composantes se mélangent, se côtoient, se parlent ou s’ignorent transformant le bistrot en ruche où se démène la reine Delphine pour essayer de répondre à toutes les sollicitations. Un vrai régal de se transformer alors en entomologiste estival… ravi d’être invité dans le creuset social de l’été.
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Bonjour Jean-Marie !
Magnifique … plein de malices … on ressent l’œil (et le clavier) d’un roi de l’observation: voici la trame d’un sketch de Nadau !
Si l’E. N. s’était refermée devant toi, tu avais de l’avenir dans la comédie de boulevard ! !
Amis consommateurs qui traînez Place de la Prévoté, méfiez-vous : vous allez être habilement croqué ! ! !
Continue !
Amicalement.
Bonjour et merci J-M pour ce petit bonheur matinal plein de fraîcheur!
Allez, bonne journée quand même!
PS: cette année, je n’ai même pas pu faire provision du clairet de Quinsac que j’affectionne; motif: pas de livraison possible!
C’est un comble, à l’heure des difficultés de nos viticulteurs girondins!
Bonjour Jean Marie et merci pour cette évocation qui me ramène 30 ou 40 ans en arrière à une époque où j’étais plus « véloce »!.Ce’ bar était bienvenu,j’ai le souvenir d’une longue sortie avec des camarades sous la chaleur estivale, qu’il faisait du bien ce coca bien frais.Il y avait aussi une pompe bienvenue sur la place,j’ignore si elle en service aujourd’hui,très pratique pour remplir le bidon .