Dans un village sarthois a eu l’excellente idée d’inviter 38 jeunes devant recevoir leur carte d’électeur à une cérémonie citoyenne. Tout avait été prévu par le conseiller municipal à l’origine de cette initiative. Il débute dans son mandat et il souhaitait que tout soit réussi. Mot d’accueil du maire, remise d’un petit dossier didactique et un buffet sympa. Un moment de partage. La fête a mal tourné puisque pas un seul des invités ne s’est présenté. Les élus ont attendu en vain que les nouveaux citoyens pointent le bout de leur nez ! Un claque.
Cette histoire illustre de manière caricaturale les rapport entre une certaine jeunesse et la vie civique. Ils ne perçoivent vraiment pas l’intérêt de voter dans une société où tout est fait pour les en détourner. Le symbole de la carte qui leur permettra dans quelques mois de participer au choix du Président ou de la Présidente de la République n’a aucun impact sur leur manière de vivre. On sait fort bien que tous les sondages indiquent que leur engagement sur les valeurs essentielles n’est que ponctuel et émotionnel. Il n’y a plus de durabilité de la participation à la vie sociale. Ils ne s’intéressent aux événements que par réaction et plus nécessairement par adhésion.
Dans une étude on constatait que ces nouveaux citoyens étaient semble-t-il pourtant en majorité « intéressés par la politique » à hauteur de 58%. Mais qu’ils étaient toujours plus déçus et défiants, parce que disent-ils que « les politiques ne s’intéressent guère à leurs aspirations ». Vous sentez-vous bien représentés, leur demande-t-on, que ce soit par le président, les députés, les maires ? Pas du tout : 41%. Pas trop : 33%. Total 74 %. Pas représentés, pas écoutés, pas considérés : 1/3 de ces 18-30 ans expliquent l’abstention des jeunes par un manque de confiance et un quart parce que leur vote n’aurait aucun impact.
Des initiatives existent sur certains territoires avec la création de conseils qui permettent l’expression de souhaits ou de réalisations. Souvent la structure créée concerne les enfants ou les pré-ados mais il est assez rare qu’elle soit ouverte aux pré-adultes. Il est constaté que dans bien des cas elle mobilise des lycéens oubliant qu’il existe d’autres populations engagées sur d’autres voies (apprentis, étrangers, oubliés du système social).
C’est ainsi que les fameux «foyers des jeunes » furent dans les années 1950-1960 avec les « maisons de jeunes et de la culture » des lieux dans lequel se pratiquait une certaine mixité sociale. Même si c’est plus diffus les patronages ou les amicales ouvraient aussi des pistes de citoyenneté active aux adolescents ou aux pas encore majeurs (rappelons que la majorité étaient à 21 ans). Il faut ajouter la gestion des « foyers » dans les établissements scolaires ou de clubs animés par les professeurs. L’un de mes amis très chers me rappelait combien il avait appris dans son parcours initiatique politique au sein du club UNESCO de son école normale.
La coopération à l’école lorsqu’elle est donne un rôle réel aux enfants offre une vrai possibilité d’éveil au fonctionnement démocratique. Il en existe 40 000 en France regroupant plus de 80 000 bénévoles et servant à 4,5 millions d’enfants et d’adultes. Ce réseau exceptionnel devrait faire l’objet de tous les soutiens de la part d’une institution qui n’a cessé de réformer pour scléroser l’enseignement autour d’instructions officielles. J’ai tellement de souvenirs des « coopés ». Celle de ma scolarité primaire où par exemple nous ramassions le tilleul pour le faire sécher, l’empaqueter et le vendre ou celle d’instit’ avec des moments cultes appartenant à ma fierté personnelle.
La citoyenneté ne se décrète pas. Elle se cultive avec patience sans avoir la certitude pour ceux qui s’y emploient d’avoir un jour une récolte. C’est l’affaire de tous : élus, responsables associatifs et notamment sportifs, parents et représentants de services publics. Malheureusement comme il n’y a pas de coordination, de politique globale elle reste très parcellisée et très abstraite. Les élus du village sarthois l’ont appris à leurs dépens. Elle suppose de comprendre et d’apprendre ce qu’elle recouvre.
En 2022 lors de l’élection présidentielle plus de quatre jeunes sur dix (42%) âgés de 18-24 ans n’étaient pas allés voter. Le niveau d’abstention le plus élevé de toute l’histoire électorale de la Ve République ! Lorsqu’on les avait interrogés, les 18-24 ans avaient argué qu’« aucun candidat ne défendait leurs idées » ou que « ces élections ne changeraient rien dans la société ou à leur situation personnelle ». Ce constat a-t-il évolué ? Certains l’espèrent et font tout pour qu’il en soit ainsi.
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