Il y a des mots qui brutalement font leur réapparition dans l’actualité sous la pression des évènements. Ce retour est révélateur de changements profonds dans des sociétés recherchant souvent dans le passé des références leur permettant de se rassurer face à un présent décevant. Ainsi il est étonnant qu’aux États-Unis, pays dans lequel l’Histoire n’a jamais utilisé le vocable de « roi » pour qualifier un homme de pouvoir ce terme apparaisse dans des manifestations. Et pourtant voici que sept millions de personnes de tous horizons ont dénoncé l’instauration d’une monarchie de fait à la tête des USA. Habitués à voir la CIA ou leur armée installer de par le monde des dictateurs affidés ils se rendent compte de la disparition de droits fondamentaux détournés ou détruits par Schtrump 1° qui œuvre en toute impunité au nom de son seul « mauvais » plaisir.
Extraordinaire journée que celle qui a vu plusieurs milliers de rassemblements dans tout le pays. Le fait notable c’est que les organisateurs de ces mouvements d’humeur ne sont pas les partis politiques d’opposition dont les Démocrates, mais un mouvement « associatif ». En cortèges ou sur le bord des routes avec des groupuscules, les contestataires ont combattu ce qu’ils appellent une « prise du pouvoir autoritaire » de Schtrump et ses larrons. A Washington il y avait entre 8 000 et 10 000 personnes. A New York, plus de 100 000 personnes qui se sont regroupées « pacifiquement », selon la police locale. Pas courant aux USA !
Le constat de cette « monarchisation » de droit divin (la religion accentue fortement la main mise trumpiste) se traduit chaque jour par des comportements du pensionnaire de la Maison Blanche pour le moins suspects. Il a en effet bouleversé l’équilibre démocratique américain en malmenant les prérogatives du Congrès et des États (intervention des forces fédérales pour de faux prétextes) et en menaçant ses opposants de représailles judiciaires. Schtrump 1° passe outre les condamnations des juges. Les fonctionnaires qui déplaisent sont expulsés. Les migrants bénéficient de traitements similaires à ceux des esclaves d’antan. Le mélange des intérêts personnels et des décisions politiques devient aussi monnaie courante.
« No Kings » slogan simple mais illustrant parfaitement la dérive actuelle du régime MAGA a été traité par le mépris par celui qui en était la cible. Il a diffusé une vidéo peu intelligente et artificielle dans laquelle il se présente en pilote de chasse survolant les manifestants et les arrosant de matière fécale. La mépris n’est que l’apanage de ceux qui n’ont pas d’arguments solides à faire valoir. La vérité c’est que Schtrump et ses sbires tentent par tous les moyens de gouverner par la force et surtout la stratégie du fait accompli, se souciant que très peu des règles démocratiques. Les USA découvrent l’autoritarisme au service d’un clan soutenu par l’ignorance, la soumission aux croyances, la pression médiatique orientée conduit à la… royauté ou au fascisme. Est-ce spécifique aux USA ?
Le « roi » putatif a été élu par ce que l’on appelle l’Amérique profonde, raciste, acculturée et contre les grandes métropoles qui constituent l’épine dorsale du pays par leur activité économique. Le MAGA qui a été décisif pour sa seconde élection du Schtrump mégalo est en effet très présent dans les États républicains et, plus généralement, dans les zones désindustrialisées ou dans les immenses territoires ruraux où l’on vit sans liens sociaux et inféodés aux médias dominants.
Dans de nombreuses métropoles en revanche, le Trumpisme est effectivement combattu. Il ne s’agit donc pas seulement d’une rébellion de l’Amérique des deux cotes, Est et Ouest. Il s’agit d’un début de révolution politique des villes qui font la puissance économique du pays. Le danger est réel pour la Maison Blanche engluée dans l’absence de budget fédéral.
Il n’est pas certain que l’entourage du Président devenu souverain soit conscient de l’impact qu’auront ces manifestations. Comme le veut la tradition il tentera de retrouver une confiance qui commence à s’effilocher sur la scène internationale. Pour que l’Amérique redevienne grande il faut donc que son Président accède au Prix Nobel de la Paix. Toute la communication repose sur cet objectif qui fait diversion. En attendant les ukases pleuvront afin de juguler une opposition pas très affûtée et n’ayant plus de leader charismatique. Un vent frais est venu d’Outre-Atlantique. Pas pour longtemps.
Ce sursaut américain porte le germe d’une prise de conscience pouvant inspirer d’autres peuples avant qu’ont leur retire ce droit. Les rois en sont bien capables. Et pourtant au Louvre pendant ce temps on vole leurs couronnes achetées ou confectionnées avec l’argent public.
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« …il est étonnant qu’aux États-Unis, pays dans lequel l’Histoire n’a jamais utilisé le vocable de « roi » pour qualifier un homme de pouvoir ce terme apparaisse dans des manifestations. »
J’ai cependant entendu des interviouves de manifestants faisant allusion à la déclaration historique d’indépendance de 1876. « Les délégués des colonies britanniques se révoltent contre la monarchie britannique, devenue toute-puissante et abusive. »
Mais comme toute médaille a son revers, les pères fondateurs de la « démocratie étasunienne » n’avaient pas réalisé que quelle que soit la couleur de leur peau, tous les habitants du nouvel état devaient tous être considérés comme des citoyens et bénéficier des mêmes droits.
Bonjour,
je vous dépose ça ici https://x.com/i/status/1979814744598159689 et revenons à l’essentiel.
Voici ce que nous dit Seymour Hersh*:
« Ce qui se passe actuellement pourrait être un essai d’utilisation de ces forces pour intervenir au nom du président et du Parti républicain dans des États où le Parti démocrate a une chance de remporter des sièges cruciaux lors des élections législatives de l’automne prochain. Une personne bien informée m’a indiqué que la Maison-Blanche prépare actuellement une telle action. » Et il ajoute:
« La « domination forcée » qui a caractérisé l’approche brutale de Trump en matière de politique étrangère s’appliquera désormais aux questions intérieures et à l’opposition légitime. »
Un nouveau mémorandum présidentiel sur la sécurité nationale, NSPM-7, publié par Tromp, a défini de nouvelles classes d’ennemis internes… L’administration Trump ne cible pas seulement les organisations ou les groupes, mais aussi les individus et les « entités » qui, selon la NSPM-7, peuvent être identifiés par l’un des « indices » (indicateurs) de violence :antiaméricanisme, anticapitalisme, antichristianisme, soutien au renversement du gouvernement des États-Unis, l’extrémisme sur la migration, extrémisme racial, extrémisme sur le genre, hostilité envers ceux qui ont des opinions américaines traditionnelles sur la famille, l’hostilité envers ceux qui ont des opinions américaines traditionnelles sur la religion, et hostilité envers ceux qui défendent les vues américaines traditionnelles sur la moralité.
Mais non , mais non vous ne rêvez pas Tromp ne plaisante pas, il veut recevoir le prix Nobel de la Paix comme Barack. Son prédécesseur financé dans sa campagne par entre autres Microsoft ; JPMorgan Chase ou Goldman Sachs. Suite à la décision du Nobel de la paix Thomas Friedman du New York Times a écrit : « Je suis consterné que le prix le plus important au monde ait été dévalué de cette manière ». Une grande partie du commentaire à travers le spectre politique a impliqué de décrire le prix comme quelque chose de risible, avec l’humour se concentrant sur le fait qu’Obama obtienne le prix sans avoir accompli grand chose.
Aujourd’hui comme hier il convient de remettre les distinctions décernées par le comité de l’inventeur de la Dynamite pour ce qu’elles sont une énorme farce. Pas étonnant si Tromp veut lui aussi l’obtenir.
La dernière Nobellisée n’échappe pas à règle. » Quand j’ai vu le titre « Maria Corina Machado remporte le Prix Nobel de la Paix », j’ai failli rire de l’absurdité. Mais je ne l’ai pas fait, car il n’y a rien de drôle à récompenser quelqu’un dont la politique a causé tant de souffrances. Quiconque connaît ses convictions sait que sa politique n’a rien de pacifique. » à déclaré Michelle Ellner** elle ajoute « Si c’est cela qui compte comme « paix » en 2025, alors le prix lui-même a perdu toute crédibilité. Je suis vénézuélo-américain et je sais exactement ce que Machado représente. Elle est le visage souriant de la machine de changement de régime de Washington, la porte-parole raffinée des sanctions, des privatisations et de l’intervention étrangère déguisée en démocratie. »
Je reprends in extenso sa conclusion à laquelle j’adhère totalement.
« Si Henry Kissinger pouvait remporter un prix Nobel de la paix, pourquoi pas María Corina Machado ? Peut-être que l’année prochaine, ils en remettront un à la Fondation humanitaire pour Gaza, pour « compassion sous occupation ».
Chaque fois que ce prix est remis à un architecte de la violence déguisée en diplomatie, il crache au visage de ceux qui luttent réellement pour la paix : les médecins palestiniens qui extraient des corps des décombres, les journalistes qui risquent leur vie à Gaza pour documenter la vérité et les travailleurs humanitaires de la flottille qui naviguent pour briser le siège et apporter de l’aide aux enfants affamés de Gaza, avec rien d’autre que du courage et de la conviction.
Mais la véritable paix ne se négocie pas dans les salles de conseil ni ne se décerne sur scène. Elle se construit par les femmes qui organisent des réseaux alimentaires lors des blocus, à l’image de ces communautés autochtones qui défendent leurs rivières face aux prédateurs, à l’image de ces travailleurs qui refusent que la faim soit une arme pour les soumettre, par les mères vénézuéliennes qui se mobilisent pour exiger le retour des enfants enlevés par l’ICE et les politiques migratoires américaines, et par les nations qui choisissent la souveraineté plutôt que la servitude. Voilà la paix que méritent le Venezuela, Cuba, la Palestine et toutes les nations du Sud. »
Et pour conclure mes propos conspirationniste, « C’est avec des hochets qu’on mène les hommes ! » Ainsi répondit en 1802 Napoléon Bonaparte à un conseiller d’État qui s’inquiète de ce que la Légion d’Honneur viole le principe révolutionnaire d’égalité.
Disant cela, le Premier Consul s’inscrivait dans une démarche vieille d’un demi-millénaire, la plupart des grands monarques ayant eu à cœurTout est dit , dès la fin du Moyen Âge, de s’assurer à moindre coût, par des distinctions purement honorifiques, le dévouement de leurs serviteurs.
Tout est dit! Bonne journée à vous.
Hersch a été rédacteur pour le New Yorker et le New York Times et s’est imposé comme l’un des chefs de file du journalisme d’investigation en 1970, lorsqu’il a reçu le prix Pulitzer (en tant que pigiste) pour son exposé sur le massacre du hameau vietnamien de My Lai. Depuis, il a reçu le prix George Polk à cinq reprises, le National Magazine Award for Public Interest à deux reprises, le Los Angeles Times Book Prize, le National Book Critics Circle Award, le prix George Orwell et des dizaines d’autres distinctions.
** Michelle Ellner est coordinatrice de la campagne Amérique latine de CODEPINK. Née au Venezuela, elle est titulaire d’une licence en langues et affaires internationales de l’Université Paris-Sorbonne IV. Après avoir obtenu son diplôme, elle a travaillé pour un programme de bourses internationales depuis ses bureaux de Caracas et de Paris et a été envoyée en Haïti, à Cuba, en Gambie et dans d’autres pays pour évaluer et sélectionner les candidatures.