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Eté ou pas été : une évolution très tendance à pister

Il n’y a plus un jour de l’été sans « marché de producteurs », sans « tables campagnardes » et sans manifestation associant la possibilité de manger avec un instant de partage musical. Il y aune vingtaine d’années il n’y avait en Gironde que quelques dizaines contrôlées et proposées par la chambre d’Agriculture. Puis au fil des ans diverses initiatives ont été ajoutées pour atteindre désormais en juillet et août des centaines de rendez-vous. Ils ne reposent plus sur la présence de producteurs vendant en direct leur production mais sur le maximum de propositions alimentaires dont l’origine n’a plus dans la très grande majorité des cas d’origine paysanne locale. La grande mode est aux food-trucks, camions aménagés tournés vers une cuisine rapide sans lien dans bien des cas avec la tradition de la région.

Ces manifestations connaissent un vrai succès et se rajeunissent grâce à cette manifestation qui perdent néanmoins peu à peu leur âme. Samedi reprend la piste sous les étoiles qui fut l’une des toutes premières soirées girondines « gastronomico-musicales » en plein air dans le cadre du point relais Vélo de Créon. L’objectif de sa création était social et surtout pas économique. La mutation actuelle tend à basculer vers le second volet avec des organisateurs tentant de rentabiliser leur rendez-vous en invitant toujours plus de prestataires et en fermant les yeux sur des tarifs prohibitifs. Un vrai danger ! 

La piste sous les étoiles a débuté petitement. L’ambiance a conduit à mobiliser de plus en plus de monde. La priorité politique (car il y en avait une) consistait à rassembler le maximum de personnes ne partant pas en vacances et de leur démontrer que dans la proximité ils pouvaient bénéficier d’un spectacle gratuit te d’une opportunité de partager une soirée à des prix modestes. Chacun y venait (et c’était là l’essentiel) avec ses moyens financiers sans obligation de consommer ou de trouver des sandwichs à des prix convenable. Il a toujours été admis que l’on puisse pratiquer le principe de l’auberge espagnole !

Plus que jamais ce souci d’accueillir tout le monde constitue une préoccupation essentielle. Dans le contexte social actuel et compte tenu des pris pratiqués il serait scandaleux d’écarter les familles, les personnes avec de petits revenus ou des gens seulement désireux de vivre collectivement un bon moment sans dépenser des sommes qui deviennent importantes. Un verre de rosé à…3 €, une bouteille de Bordeaux rouge à 10 €, un morceau de beefsteak avec frites congelées à 15 € ; des salades à 14 € ou des crêpes au sucre à 3 € pièce nuisent à l’intention primaire d’attirer les locaux, les voisins, les touristes n’ayant pas les moyens de s’offrir une soirée onéreuse. C’est un vrai choix !

Incontestablement une inflation très forte, un pouvoir d’achat en baisse et un repli individuel des plus fragiles se sentant de plus en plus exclus constitueront des paramètres à prendre en compte pour ces moments d’été se voulant « populaires ». Dans certains lieux des affichettes sont apposées pour réserver les tables municipales ou les places assises sur les bancs municipaux aux personnes qui consomment des frites congelés ou des glaces en petits pots achetés aux vendeurs invités. On ne va pas tarder à clôturer le domaine public et exiger un droit d’entrée !

Cette tendance reflète l’évolution sociale actuelle où dans le fond tout se privatise au bénéfice de celles et ceux qui ont les moyens « d’acheter » leur espace. La loi du marché se retrouve appliquée aux soirées estivales. Ce sont ces situations qui renforcent la frustration et donc la haine. Au contraire toutes les initiatives visant à « mélanger » les statuts et les publics constitue une mission essentielle. L’élitisme ambiant se révèle dangereux mais la sélection par le fric même si elle est discrète deviendra mortel pour le vivre ensemble. Comme on ferme les yeux au nom du « développement économique » sur ces excès dans les tarifs , demain s’annonce difficile.

L’après Covid a dopé la fréquentation sur certaines soirées car il existe un besoin impérieux de se sentir libre de sortir et de retrouver les sensations antérieures à la crise. Il existe néanmoins une certaine retenue liée au contexte général. Sorties moins nombreuses, moins coûteuses, moins ostentatoires et repli sur les partages entre amis à la maison ou en famille deviennent la nouvelle donne sociétale. Je serai au rendez-vous que j’ai créé le 23 juillet 2023 lors de l’inauguration du Point relais Vélo de Créon par Bernard Hinault avec des convives heureux de venir à Créon rencontrer les étoiles de l’amitié. Essentiel à mon moral.

Cet article a 6 commentaires

  1. Laure Garralaga Lataste

    Ah ce terme « d’auberge espagnole »… péjoratif pour beaucoup, mais pour moi, signe de partage et d’échange !

    1. J.J.

      Extrait des ‘Brigands » de Jacques Offenbach, livret Henri Meillac (1869).
      « Ya des gens qui s »disent espagnols
      Et qui n’le sont pas, espagnols
      Pour nous nous sommes de vrais espagnols
      Et ça nous disting’ des faux espagnols »

      Sur un rythme de fandango, chanté par la délégation espagnole , qui accompagne la princesse partant épouser le prince de Mantoue, puis par les Brigands qui se sont travestis en émissaires de l’ambassade de Grenade pour s’emparer de la dot de la princesse.
      La scène se situe à l’auberge « Aux Frontières Naturelles » qui se trouve justement à la frontière naturelle entre l’Espagne et l’Italie.
      J’ai vu plusieurs versions de cet opéra-bouffe. Jusqu’ à présent la meilleure mise en scène que j’ai préférée est celle de Jérôme Deschamps, avec le concours de François Morel et des Deschiens.
      C’est dans la même œuvre qu’apparaissent les carabiniers qui arrivent toujours trop tard.
      C’est un peu une satire des « espagnolades » du XIX ème siècle, donnant une image convenue, superficielle et parfois un peu bébête de l’Espagne.

  2. christian grené

    Buenos dias, Laurita.
    He entendido decir que no hay mejor venta que en Lormont: la « Casa Garralaga. Diga, es la verdad?
    Abrazos.

    1. Gilles J

      Je suis ravi de te lire, amigo!
      et impatient de savoir si la casa Garralaga existe vraiment.
      Allez très bonne journée à vous tous et toutes…

      1. Laure Garralaga Lataste

        a mi amigo Gilles…
        ¡ Veo que entiendes el español…!

    2. Laure Garralaga Lataste

      estimado amigo christian
      Mejor venta… ¡ no sé ! Pero mejor amiga…Seguro es. Un fuerte abrazo de Laurita

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