Des sans-papiers mais pas sans valeur exploitable

En une seule journée les atteintes prouvées à l’utilisation des travailleurs immigrés en toute illégalité sont englouties par des informations sans aucun intérêt ou relevant de la désinformation larvée. Dommage que ces faits tellement répandus dans la vie économique réelle ne fassent pas l’objet de plateaux alimentaires pour les pourfendeurs des migrants ! Des milliers d’entre eux sont en effet quotidiennement exploités en toute impunité sur des chantiers, dans des services, dans les champs ou dans des entreprises parapubliques alors que l’on a augmenté le nombre des radars pour surveiller notre tendance à dépasser les vitesses fragmentées sur quelques kilomètres. Aucun radar du travail non déclaré n’existe à ce jour.

Il y a quinze mois une inspection de l’Uracti (Unité de l’inspection du travail dédié à la lutte contre le travail illégal) avait permis, pour la première fois, d’identifier la présence de travailleurs sans papiers sur les chantiers du gouffre plus ou moins clair des Jeux Olympiques. Une dizaine de travailleurs exploités par des sous-traitants de entreprises adjudicataires ont  décidé de porter leurs cas devant le tribunal des Prud’hommes. Les sans-papiers attaquent huit sous-traitants et quatre entreprises du BTP (Vinci, Eiffage, Spie Batignolles et GCC).

Ces dernières étaient aux commandes des chantiers sur lesquels les ouvriers ont travaillé, notamment plusieurs sites olympiques : le futur village des athlètes en cours de construction à Saint-Denis, Saint-Ouen et L’Ile-Saint-Denis, ou encore la piscine de Marville, futur site d’entraînement olympique, toujours à Saint-Denis. Bien entendu les grands adjudicataires jurent leurs grands dieux qu’elles étaient parfaitement en règle… Affirmation qui jouent sur les mots pour la bonne et simple raison qu’ils sont responsables des délégataires à qui ils confient leur marché.

La pratique est courante. Il n’y a aucune surveillance réelle. Sur un chantier communal il y a quelques années des électriciens tchèques, des monteurs polonais et des manœuvres bulgares dormaient et vivaient dans des vestiaires qui servaient d’entrepôt pour le chantier obtenu par une entreprise alsacienne. Les migrants même intra-européens constituent des proies faciles car ils n’ont aucun droit, aucun soutien et sont livrés aux contraintes du minimum pour survivre. De l’exploitation que certains triBunaux classent comme de la traire humaine.

Sud-Ouest.fr revient par exemple sur un procès pour « des faits de traite d’êtres humains et plus précisément pour avoir abusé de la vulnérabilité ou de l’état de dépendance de onze Marocains, en leur imposant des conditions de travail ou d’hébergement incompatibles avec la dignité humaine » dans le milieu viticole. Logés dans des conditions insalubres, pas déclarés, peu ou pas payés et vivant dans la peur, ces Marocains ne sont pas les seuls dans une telle situation en Gironde. Désormais le travail dans les vignes est effectué par des structures spécialisées qui cherchent du personnel qu’ils vont parfois recruter à l’étranger ou dans les squats de l’agglomération. Des ramassages permettent de récupérer des travailleurs non déclarés. Des contrôles existent mais il y a encore de la fraude.

Médiapart a recueilli un témoignage édifiant d’un ivoirien qui a travaillé dans des surfaces de vente de proximité parisienne. « Il m’a mis dehors juste parce que j’ai osé réclamer mes salaires impayés », a expliqué cet immigré. Il accuse son ancien employeur, propriétaire de six magasins franchisés de l’avoir « exploité ». « C’est un vrai réseau d’abus de pouvoir et d’esclavage », dénonce cet homme arrivé en France avec un visa en 2015 et dont la demande d’asile a été définitivement rejetée en 2019 et qui est encore au travail en 2023 ! Depuis plus de quatre ans il a occupé des dizaines de postes alors qu’il n’existe pas dans le droit français. Bien entendu ce sera de sa faute ! Qu’il retourne chez lui !

En fait les sans papiers pourraient être définis comme des « clandestins » ce qui sonne mal dans les discours officiels. Ils sont souvent éboueurs, livreurs, manutentionnaires, ouvriers du bâtiment, femmes de ménage…, et travaillent, sans être « ni vus ni reconnus », dans la confection, la construction, la restauration, le nettoyage, le travail domestique, l’agriculture, la sécurité ou les services à domicile. Au quotidien, les difficultés et les obstacles sont multiples : accès au logement, accès aux soins, aucun droit au travail d’où le travail au noir et la surexploitation (pénibilité, horaires, salaires inférieurs voir non payés, etc.). Ils n’ont droit à rien sauf à bosser dans l’insécurité permanente. Et ils doivent se taire !

Si tous ces « invisibles » arrêtaient un beau matin de se rendre au travail l’impact sur nos vies n’échapperait à personne. Quand le gouvernement propose de régulariser celles et ceux qui évoluent dans ce que l’on appelle «  les secteurs en tension » il pose un vrai problème. Cette mesure a un double objectif : anticiper une baisse démographique qui va raréfier la main d’œuvre dans les années à venir (la réforme des retraites a sa part dans cet objectif) et diminuer la pression que la pénurie génère sur les salaires dans ces secteurs. On en reparlera c’est sûr ! Le marché de l’emploi entre en tension et donc les invisibles peuvent être utiles.

Cet article a 5 commentaires

  1. LAVIGNE Maria

    Hélas, ce problème ne date pas d’aujourd’hui et doit être combattu. En forêt, il est facile de faire travailler des sans papiers, dans le bâtiment aussi y compris dans de petites villes. Ce qui est terrible, c’est que ces travailleurs sont souvent exploités par leurs congénères qui suppriment les cartes d’identité à leur arrivée.

  2. facon jf

    Bonjour,
    et si la peur changeait de camp ? Pour cela un seul remède sortir de la répression par la taxation financière dont les contrevenants se moquent totalement compte tenu des profits déjà réalisés. La seule arme dont dispose la justice c’est la prison en incarcération réelle, pas de bracelet électronique non! La zonzon en préventive en attendant le procès, comme les repris de justesse issus de la pauvreté.
    Pour moi, dès lors que des faits d’exploitation caractérisée de personnes vulnérables sont établis direction la comparution immédiate. Ceci dans le but d’éviter le cirque Balkany pour éviter la détention.
    Désolé chef j’ai glissé dirait le soldat Pithivier! Je me suis laissé aller dans mon délire de justice en oubliant que la zonzon c’est pour les pauvres et c’est bien le dernier barreau de l’échelle sociale. La précarité rempli les prisons la surreprésentation des pauvres parmi les personnes détenues est évidente :
    50% des personnes interrogées étaient en situation d’emploi avant leur incarcération, contre 75% dans la population générale ; 39% en situation d’emploi sont ouvriers, contre 20% dans la population générale ; 31% avaient des solutions d’hébergement précaires (hébergement chez des proches, foyers) avant leur incarcération, et 8% se déclaraient sans domicile.
    Un constat qui amène à s’interroger sur les facteurs qui conduisent à un risque plus élevé d’incarcération des personnes en situation de pauvreté et sur le rôle de la justice pénale dans le processus de criminalisation de la misère.
    La prison décrite comme l’hôtel 5 étoiles par la droite extrême et l’extrême droite puni encore plus les pauvres. La réalité c’est que la prison participe aussi à la paupérisation des personnes détenues. Nombreuses sont les personnes détenues à vivre dans l’extrême précarité : 16% des personnes déclarent ainsi n’avoir aucune ressource financière, quand 31% d’entre elles expliquent vivre avec 20€/mois, soit le montant de l’aide aux personnes détenues sans ressource suffisante.Les activités en détention, qui pourraient constituer l’opportunité de préparer la réinsertion, sont le plus souvent insuffisantes et inadaptées à l’image du travail, qui s’avère trop rare (moins d’1/4 des personnes détenues ont accès à un emploi en raison de la faiblesse de l’offre et de la surpopulation), inadapté et mal rémunéré.
    Notons « le rôle de la justice pénale dans le processus de criminalisation de la misère » : faute de garanties de représentation suffisantes, être sans domicile fixe multiplie par cinq le risque d’être placé en détention provisoire et par trois celui d’être jugé en comparution immédiate. Or, « offrant des conditions de jugement moins favorables (procédures d’enquête très rapides laissant peu de temps aux personnes mises en cause pour préparer leur défense, temps d’audience très courts), les comparutions immédiates sont particulièrement pourvoyeuses d’incarcération » : toutes choses égales par ailleurs, le fait d’être jugé en comparution immédiate multiplie par huit la probabilité d’une condamnation à un emprisonnement ferme.

    Je pourrais vous parler aussi des difficultés de réinsertion pour les moins bien lotis que sont les pauvres, mais au fond tout le monde s’en fout des pauvres en prison. Au moins ils n’encombrent pas les trottoirs réservés aux riches étrangers qui dépensent leur pognon en France. Si en plus d’être pauvres ils sont étrangers tout est à sa place dans notre belle société.
    Emprisonner les riches mais t »es fou toi !! Pourquoi pas leur prendre de l’argent pendant que nous y sommes… faut pas rêver.

    « Le Code pénal est ce qui empêche les pauvres de voler les riches, et le Code civil est ce qui permet aux riches de voler les pauvres »

    bonne journée
    https://emmaus-france.org/au-dernier-barreau-de-lechelle-sociale-la-prison/

  3. facon jf

    Comme chaque année, le 20 juin, on célèbre la journée mondiale du réfugié.
    La journée mondiale du réfugié a été créée par les Nations Unies en 2001. Cette année-là, on commémorait les 50 ans de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés. La Convention de Genève, c’est ce texte aujourd’hui ratifié par 146 Etats, et qui établit que toute personne qui craint avec raison d’être persécutée, a le droit de franchir une frontière pour se mettre à l’abri, même sans visa ni passeport. Elle a le droit de demander la protection d’un autre État – c’est le droit de demander l’asile. Et elle a droit de ne pas être renvoyée dans son pays – c’est le principe de non-refoulement.

    La semaine dernière, de nouveaux chiffres sont sortis. On a battu un nouveau record. Le monde compte environ 110 millions de personnes déplacées de force. C’est un chiffre en constante augmentation. Il y a dix ans, on était autour de 50 millions : deux fois moins. Sans surprise, ces personnes viennent surtout de Syrie, d’Ukraine, d’Afghanistan. Et plus récemment, du Soudan.
    Derrière ce chiffre, il y a surtout une réalité. Une vie d’insécurité. Ce sont des traversées en pleine mer sur des bateaux de fortune, au péril de leur vie, comme on l’a vu la semaine dernière au large de la Grèce. Ce sont des traversées dans le désert, dans des conditions extrêmes, comme au Niger, où en ce moment, des milliers de personnes doivent marcher, souvent pieds nus, sous une température de 50° ressentis. Ce sont aussi des cas répétés de violence voire de torture, en Lybie, dans des centres de détention.

    Le terme « réfugié », en soi, est trompeur. Il pourrait laisser penser que ces personnes ont trouvé refuge. Qu’elles sont en sécurité. C’est loin d’être le cas. D’ailleurs en néerlandais, on parle plutôt de « vluchtelingen » : ceux qui fuient… souvent dans l’indifférence générale. D’où l’importance d’une journée comme celle-ci.

  4. J.J.

    Montrer du doigt l’Arabie Saoudite me semble le comble de l’hypocrisie, de même que prétendre que l’esclavage a été aboli.
    Ces jeux olympiques nous en promettent de belles, c’est bien parti.

  5. Laure Garralaga Lataste

    En réponse à la copine et aux 2 copains qui précèdent…
    Je confirme que l’esclavage n’a jamais été aboli… même pas en France…
    Oh bien sûr ! En France, il s’est fait plus sournois…, plus tartufe…, plus hypocrite !

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