Si l’eau venue du ciel perturbe la vie estivale réputée ensoleillée, le feu vient de plus en plus souvent et de manière violente aggraver l’impact déjà considérable du réchauffement climatique. Il déferle depuis des semaines sur les écrans avec des images ne devant rien à l’intelligence artificielle. Comme dans la très grande majorité des désastres actuels, les responsabilités des Hommes n’est jamais évoquée. Tout est imputé à la nature qui deviendrait incontrôlable alors que nous savons qu’il ne s’agit que une énième illustration du « responsable mais pas coupable » qui caractérise les tenants du pouvoir..
Hormis des déclarations de principes, il y a beaucoup de manques dans la prise en compte de ces phénomènes n’ayant très souvent rien d’imprévisibles. Le monde détourne le regard des fumées noires qui sortent des poumons du climat. On y pense et on oublie. L’ONU se penche sur des régimes, des territoires, des intérêts politico-économiques mais ne peut mener la moindre action pour défendre le patrimoine commun seule richesse des pauvres et des déshérités ! Il s’agit d’authentiques crimes contre l’Humanité qui ne seront pas traités et même évoqués.
Rien n’est vraiment différent au niveau local. Au cœur de notre été, les flammes tellement désirées au moment où le vacancier tente d’allumer son barbecue, s’attaquent régulièrement à des étendues de garrigues prétendues sans intérêt, de la végétation libre ou à des forêts « cultivées » ou supposées organisées. Des dizaines de milliers d’hectares disparaissent ainsi en France de manière spectaculaire ou plus discrète. Le nombre des départs de feux ne cesse de grandir d’année en année en raison notamment de la criminalité, de l’incivilité ou au mieux de l’inconscience de ces gens qui prétendent aimer ces lieux où ils se promènent et même où ils vivent, en ignorant les dangers qu’ils génèrent. Le bien commun des forêts, des espaces naturels devient un bien personnel exploitable mais non respecté.
Essayez donc en tant que maire d’adresser une lettre recommandée pour le débroussaillage d’un champ ou l’entretien d’une propriété. Dressez un procès-verbal pour une infraction à l’incinération de déchets verts. Demandez l’élagage d’arbres ou d’une haie gênants sur l’espace public. Refusez la constructibilité à un adepte de maison, sous-bois, télévision. Rappelez que la défense incendie est à la charge des collectivités territoriales pour laquelle les habitants ne paient plus d’impôts directs (département) ou en sont exonérés (taxe d’habitation communale). Essayez de responsabiliser les propriétaires ou un milieu économique qui hurle dès qu’on parle de responsabilité sociétale.
Impossible d’ignorer que la canicule certes mais elle n’explique pas tout. Elle sert trop souvent de couverture à des actes volontaires ou s’ils ne le sont pas relèvant de la bêtise la plus pure. La chaleur constitue en aucune manière une explication quand on sait que 90 % des départs de feux restent d’origine humaine. L’été se veut en effet la période de l’insouciance et la transgression des règles. Feux de camp réputés festifs, mégots négligemment jetés, grillades improvisées oubliées, écobuages plus ou moins calculés, circulation d’engins mal entretenus mais aussi folie individuelle ou hargne calculée. Masquer la réalité c’est raconter que les incendies du quotidien ont des causes inconnues et relèvent de la magie créative.
Les incendiaires sont parmi nous. Ils (on ne connaît que très peu de cas de femmes) agissent de manière impulsive mais ce sont parfois de personnes « techniquement » redoutables. La période estivale leur permet d’exister car elle favorise leur dilution dans une masse plus grande d’individus inconnus. Les boute-feux apparaissent et disparaissent sur un territoire sans qu’il soit vraiment possible de les « tracer ». C’est pour moi une forme de terrorisme non prise en compte car elle touche aux paysages, à des surfaces arborées, à des biens matériels avec des morts souvent indirectes de citoyens serviteurs de la sécurité quotidienne de la population et pas d’un pouvoir plus ou moins compétent qui les oublie très vite.
Ces héros de la solidarité n’auront pas le titre posthume de « morts pour la France » alors qu’ils auront donné leur existence non pas pour une nation abstraite mais pour une terre blessée, meurtrie par le pire des fléaux, celle de Ferrat plutôt que celle de Rouget de l’Isle. Leur guerre à eux a le tort de sauver des vies plutôt que de les détruire ; de protéger plutôt que tuer ; de ne pas être un loup pour l’Homme mais un accompagnant dévoué ; de se comporter en un David face au pire des Goliath. Bien que baptisés « soldats du feu » ils ne sont que des engagés de la citoyenneté agissante.
La nature supporte les excès d’eau mais elle met bien du temps à se relever du passage de ces ouragans de flammes poussés par un vent complice. La nature porte le deuil durant des mois, voire des années, de cette rencontre dantesque. Des troncs noircis, brisés, décapités ou surmontés d’une « chevelure » dégarnie ou détruite; colinnes pelées; étendues désertifiés éventrées roches apparentes; bâtisses effondrées démantelées; flore et faune anéanties : les feux de ces dernières heures ne sont vraiment pas ceux de l’amour de la nature. Les crises de démence du feu appartiennent aux événements récurrents de juillet et août. Plus personne ne s’en étonne et on les oublie trop vite. Qu’a-t-on fait à part des commissions d’enquête parlementaires depuis 2022?
N’empêche que désormais la « guerre au feu » doit être déclarée et pas seulement en paroles. Celle de Rosny aîné que j’ai dévorée dans ma jeunesse aurait dit-on fait évoluer positivement le sort des premiers hommes, Celle que nous subissons causera probablement sa perte car paradoxalement elle accompagnera un autre conflit celui de l’eau dans un avenir proche.
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