La mémoire fait défaut à bien des commentateurs de l’actualité internationale. Ils découvrent tous les effets du blocage du détroit d’Ormuz et celui qui arrivera tôt ou tard de celui de Bab-el-Mandeb. Pour le moment la majorité d’entre eux se focalise sur l’augmentation des prix car c’est le plus exploitable médiatiquement. La grogne monte. Elle risque de faire rire…jaune les porteurs de gilets ministériels. Et pourtant le plus grave est à venir quelle que soit l’issue du conflit en cours : la remise en marche de l’industrie pétrolière des pays du Golfe. Or cette situation a existé dans l’histoire française en 1956. J’en ai le souvenir. La fameuse guerre du canal de Suez avait ramené en France les tickets de rationnement pour le carburant.
Nous en approchons (je prends date) car nous épuisons prématurément les réserves qu’il aurait fallu conserver. L’idée qu’il fallait en jouant le système libéral de l’offre pour diminuer les hausses, atteint ses limites. Chaque semaine de restrictions sur le trafic dans le détroit d’Ormuz se traduit par la consommation de 60 à 85 millions de barils issus des stocks, alors qu’au total seuls 400 millions ont été libérés depuis le début du conflit sur les recommandations de l’Agence internationale de l’énergie. A ce rythme les volumes prévus contre la pénurie seront vite dilapidés pour rien car les pompes affichent des chiffres record.
Dans quinze jours on ne parlera plus des tarifs car les stations- service fermeront les unes après les autres. Même si la France n’est pas totalement tributaire des produits du Golfe persique la ruée des autres pays sur les disponibilités fragiliseront considérablement l’approvisionnement hexagonal. Si l’on revient à ce qu’il s’est passé il y a soixante-dix ans le scénario se répète. En effet la fermeture du canal de Suez avait bloqué toute la distribution de carburant bien moins indispensable que maintenant.
Les nations européennes avaient conclu un accord secret pour défendre les intérêts politiques, économiques (ils étaient actionnaires du canal que Nasser avait nationalisé) et commerciaux (il était principalement utilisé pour le transport de pétrole). Israël avait lui-aussi besoin de cet équipement pour assurer son transport maritime entre la mer méditerranée et la Mer Rouge. Il utilisa comme prétexte à son intervention militaire une réponse aux attaques de Palestiniens qu’il subissait sur son territoire. L’objectif non avoué était de destitué Nasser. Qui a dit que l’Histoire ne se répétait pas !
La bataille est rapide. Le 29 octobre 1956, conformément aux accords secrets, Israël envahit l’Est du canal, suivi rapidement par les Français et les Britanniques qui bombardent à partir du 31 octobre, parachutent et débarquent leurs troupes le 5 novembre, officiellement pour « le maintien de la paix ». Finalement, alors que les Égyptiens sont battus militairement (arrêt des combats le 7 novembre), les troupes au sol obtiennent, en échange de certaines concessions d’ordre économique, Elle sont obligées de se retirer sous la pression des USA et des Soviétiques qui pour des raisons diamétralement opposées ne veulent pas de ce conflit.
À la suite du blocage du canal de Suez par les Égyptiens et de la coupure de l’oléoduc venant d’Irak l’essentiel de l’approvisionnement en pétrole de l’Europe est coupé. La France n’est plus ravitaillée en carburant et met en place le 29 novembre 1956 un système de rationnement. On ne peut obtenir du carburant qu’en présentant des bons d’essence. Ces restrictions se terminent en juillet 1957 soit plus de huit mois plus tard. Les conséquences sur l’économie sont terribles. Même rouvert le Canal de Suez (comme ce sera le cas si les détroit d’Ormuz est libéré) mettra longtemps à retrouver son rythme normal de passages.
La hausse des prix est telle que le gouvernement abandonne la libération promise des échanges extérieurs après la seconde guerre mondiale. Il décide de bloquer tous les prix, puis multiplie les subventions budgétaires qui stabilisent artificiellement les prix des 213 articles inclus dans l’indice général. L’inflation s’emballe. Le budget de l’État vacille. L’expédition militaire victorieuse se transforme en échec politique. En revanche l’Égypte et le Raïs triomphent alors qu’ils ont été écrasés par les armées israélo-franco-britanniques. Tout l’ordre mondial est bouleversé par cet épisode.
Plus de 300 stations service seraient déjà en difficulté en France et beaucoup plus sur le gazole. Qu’en sera-t-il dans trois mois ? Existe-t-il un plan de réponse à une éventuelle pénurie ? Est-il en préparation ? Les USA repartiront et laisseront un champ de ruines. L’Israël aura atteint une partie de ses objectifs en occupant une partie de Sud-Liban. Quels seront les cocus ?
En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Bonjour Jean-Marie !
Excellent ton papier sur le retour … des bons-papiers du Ferguson Marshall de mon pépé ! ! ! Bien sûr, les moins de vingt ans voire soixante-dix … ! ! !
Quel dommage de nous sortir un tel édito aujourd’hui car les lecteurs vont croire à un retour de pêche ! ! !!!!
Sérieusement (même ce jour!), ton copain le trader (celui pour qui tu as voté … deux fois ! !) va nous régler ça sur un coup de poker : et vlan le déficit budgétaire … quelques milliards de plus ! ! !
Bon ! Je stoppe car je sens que les arêtes vont t’étrangler ! ! !
Amicalement
Souvenirs de 1956 : le père de deux de mes copains, agent général d’assurance, qui devait beaucoup se déplacer par obligation professionnelle avait laissé au garage sa traction « 15 CV » et s’était acheté une « quatre pattes »(traduire Renault 4 chevaux) beaucoup moins gourmande, et suffisante pour les déplacements quotidiens, mais où il avait de la peine à loger sa « petite famille » pour les sorties du dimanche.
Une pénurie d’approvisionnement, avec les menaces de conflits, avait également sévi, situation un peu semblable à celle vécue récemment avec la COVID. Le sucre et l’huile furent les victimes principales de ces razzias. Et la petite sœur de deux autres camarades avait demandé naïvement : « Si les gens achètent de l’huile, c’est pour la faire bouillir et pour se défendre, comme dans les châteaux châteaux forts ? »
Preuve qu’elle avait bien écouté les leçons d’histoire où l’on débitait encore ce genre de légendes abracadabrantes.
Bonjour,
le mécanisme de la pénurie est-il amorcé? c’est la question de ce 1er avril 2026 un élément de réponse de notre « ami » Tromp. « À tous ces pays qui ne peuvent pas s’approvisionner en kérosène à cause du détroit d’Ormuz, comme le Royaume-Uni qui a refusé de participer à la décapitation de l’Iran, j’ai une suggestion : premièrement, achetez aux États-Unis, nous en avons en abondance ; deuxièmement, prenez votre courage à deux mains, allez au détroit et prenez-le ! Vous devrez apprendre à vous défendre seuls, les États-Unis ne seront plus là pour vous aider, tout comme vous ne l’avez pas été pour nous. L’Iran est, pour ainsi dire, anéanti. Le plus dur est fait. Allez chercher votre propre pétrole ! ». La première pétromonarchie du globe (les U$ ) vous parle cash et sans filtre . Vous avez besoin de pétrole soit vous nous l’achetez à prix d’or, soit vous allez débloquer vous-même le détroit que j’ai bouché par ma guerre…
Et voici le mécanisme de la pénurie en 3 étapes et qui vaut pour tous les produits sous la main invisible du marché.
Tout d’abord quand il y a des tensions sur un produit, quand la demande est supérieure à l’offre, l’ajustement se fait par le prix. Les prix montent d’abord. C’est la phase 1. Vous y êtes, nous y sommes pour le carburant. +50 cts le litre de gasoil. puis vient la phase 2 c’est la pénurie. L’ajustement par les prix ne suffit pas. Il manque une quantité. Nous allons y rentrer d’abord doucement, puis plus rapidement et plus brutalement. Ce sera alors la phase 3, celle du rationnement. C’est déjà le cas dans un pays européen la Slovénie, 50 litres par semaine pour les particuliers. 200 litres pour les entreprises.
Pour le moment les tickets de rationnement ne sont pas encore imprimés, un peu de patience ils arrivent. Hier on dénombrait 1250 stations service à sec d’au moins 1 carburant essence ou diesel soit un peu moins de 10% des points de vente. A ceux qui pensent que les banksters vont nous sauver en nous trouvant des approvisionnements pétroliers U$ avec des prix délirants, une banque centrale comme la BCE peut faire tourner le planche à billets mais elle ne peut pas fabriquer du pétrole brut ou raffiné…
Le choc va être brutal, l’inflation redémarre déjà l’immobilisation des flux va nous coûter une blinde. Même si le détroit s’ouvre cette nuit 1er avril il faudra plusieurs semaines avant que les supers tankers puissent s’approvisionner et nous alimenter. A savoir le temps de réparer et redémarrer les usines et les terminaux plus le délai d’acheminement…
On a pas le c.l sorti des ronces, merci qui ?
Bonne journée
En France , on a pas de pétrole , va falloir avoir des idées puisque nos ID , nos anciennes déesses ne pourront plus circuler.
De ce fait, c’ est avec intensité et attention que je regarde les voitures électriques , faut une rallonge d’ argent pour être branché du coup.
Comme le chantait Caroline Loeb , c’ est la watt qu’on préfère, ou pas.
La résistance s’ organise , c’ est la loi de l’ ohm finalement.
Je continue donc mon train train habituel pour mes déplacements avant pénurie .
Cordialement.