Dans un contexte très anxiogène, les électrices et les électeurs ont souvent choisi de refaire confiance aux sortants qu’ils connaissaient bien. Une manière comme une autre de se rassurer. Dans la majorité des cas ils ont en effet préféré la continuité au changement. C’est la leçon de ce scrutin. Il y aura en définitive peu de communes dans lesquelles il y aura un bouleversement politique. Certes il y aura au second tour à l’issue de tractations entre partis des possibilités de surprises. Mais elles sont très limitées. Quelles que soient les déclarations des ténors l’électorat ne suit plus aussi fidèlement les « ordres » ou même les « consignes ». Le choix qu’ils ont effectués est essentiellement local. Et ils le confirmeront.
Des abcès de fixation un peu partout en France permettent aux extrêmes de considérer qu’ils pourront crier victoire. Chacun aura son coin de ville pour justifier sa stratégie. Elle est souvent circonstancielle mais aussi profonde. Les battus potentiels se raccrochent à ce qu’ils peuvent pour obtenir des renforts au nom de la croisade qu’ils mènent les uns contre les autres. La spécificité de ces tentatives de racolage. Insinuations, trahisons, injures même devraient être oubliées pour que la vie ensemble soit possible. C’est cette tambouille réputée républicaine qui discrédite le plus souvent l’engament politique sur le terrain. Bien évidemment elle ne concerne pas 68 % des communes dans lesquelles il n’y avait qu’une liste.
En fait le RN et LFI auront souvent le sort de bien des résultats symboliques entre les mains. Leur progression est indéniable dans des zones différentes du territoire national. Dans le milieu urbain les deux ont en effet leurs villes références. Tous deux ont une puissance de nuisance forte puisqu’il savent justement que leur électorat les suivra sur le chemin du ralliement éventuel à une candidature ou une autre. Ces prises de position auront donc un rôle décisif. On les connaîtra dans les prochaines heures.
Dans 96 % des collectivités territoriales de base, on retrouve les maires en place ou un successeur qui a été adoubé pour poursuivre l’action entamée. Les défaites sont vraiment rares. Elles reposent sur des événements ponctuels qui ont généré au cours du mandat écoulé ou une vision des enjeux décalés avec les besoins de la population. En fait le constat reste immuable : partout où les valeurs ont manqué la porte a été ouverte aux extrêmes.
L’autre constat c’est qu’il n’y a plus de distance entre l’électorat et les partis qui s’inscrivent dans les positions dures. S’afficher avec un logo extrême et une position militante ne rebute plus une part des habitantes et des habitants. Ils « osent » soutenir des positions stéréotypées portées sans aucun lien avec la réalité de leur quotidien. Dans le fond ils ont joué les présidentielles avant l’heure. Il n’y a pourtant aucun lien entre ces deux scrutins mais c’est la manière de protester contre un contexte qui devient pesant, dur et injuste. Le vote pour l’étiquette n’a jamais quitté le fonctionnement de la V° République. il revient pour les positions tranchées.
En fait en fin de semaine la très grande majorité des exécutifs communaux (maire et adjointes et adjoints) seront donc élus. Il n’y aura par exemple en Gironde que quelques dizaines d’ouverture de bureaux de vote au second tour. Les ballottages sont en effet peu nombreux. C’est aussi la leçon de ces élections municipales. Le scrutin de liste a bloqué le panachage en ne générant plus ces situations où il fallait revenir pour un siège ou deux encore vacants. Il faut pourtant noter qu’il a perturbé dans bien des communes des gens connaissant parfois très bien des « dissimulés » au creux d’une équipe présentée comme irréprochable. C’est fini !
On perçoit combien l’électorat a été perturbé par ce blocage du choix individuel. Il suffit de regarder dans certaines communes le nombre de bulletins blancs ou nuls. Il atteint parfois plus de 10 % ce qui traduit une certaine désapprobation des modalités du vote. Ce désaveu s’est exprimé surtout dans le cas où il n’y avait aucun autre choix que celui de voter pour une seule liste. Bien entendu ce système se traduit aussi par une abstention qui avoisine les 40 % en zone rurale et que l’on ne peut pas comparer à celle de 2020 durant la crise Covid. Dans toutes les communes le pourcentages des votants est inférieur à celui de 2014 et encore plus nettement bas par rapport à celui de 2008. Ce déclin démocratique devient donc durable et ancré dans les esprits.
En définitive les vainqueurs du premier tour ont passé leur plus belle soirée hier soir. Dès ce matin ils entrent dans le troisième tour, celui des élections dans les intercommunalités et de la confection de leur budget. Il n’est pas certain que les électrices et les électeurs aient eu conscience que de cet enjeu en lisant leur bulletin de vote. Et si c’était pourtant l’enjeu principal dans un moment où les communes les plus fragiles seront étranglées par les dispositifs financiers qui se préparent. Et le retour à la réalité sera dur.
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Tout dépend de ce que l’on juge extrême, et comment on définit cette notion subjective, selon le bon vouloir de certains décideurs autoproclamés.
Il est des partis qui sont considérés à bon droit comme extrêmes du fait de leurs origines plus que sulfureuses.
D’autres ont été classés précipitamment extrêmes sur des critères peu objectifs, tenant plutôt de l’adage qui prétend que lorsque que l’on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage.