You are currently viewing Les grandes gueules n’ont jamais été aussi nombreuses

Les grandes gueules n’ont jamais été aussi nombreuses

Il existe un émission de RMC qui fait un tabac auprès des auditeurs chaque jour. Son titre suffit à résumer la transformation de la vie sociale et notamment de la formation des citoyens : » Les Grandes Gueules » rassemblent des Françaises ou des Français sélectionnés par les concepteurs de ce forum autour de l’actualité pour leur capacité de dépecer les événements en donnant la sensation d’une liberté de ton salutaire. Les « Grandes Gueules », le talk-show autour du duo Alain Marschall et Olivier Truchot est écouté et regardé par des centaines de milliers d’auditeurs ou de téléspectateurs . Trois heures de débats parfois musclés avec vos « GG » toutes issues de la société civile : médecin, éleveur, prof, chef d’entreprise, fonctionnaire, avocat… L’actualité vue et commentée par des inconnus vite reconnus, qui défendent leurs idées, points de vues, opinions toujours peu nuancés.

Cette fameuse liberté d’expression est bien connue dans les bistrots. Tous ont leurs grandes gueules qui ne manient guère l’euphémisme. Cette tendance à effectuer un concours de la formule la plus saignante, la plus caricaturale, la plus simpliste finit par alimenter le populisme. La « GG » prospère déssormais grâce aux réseaux sociaux. On n’y « gueule » plus en public mais on se distingue par ses propos démesurés sur Facebook ou Instagram. Les lendemains de défaite le dépit ou la rage conduisent à diffuser des messages sans aucune retenue. Pour être une vraie « grande gueule » ou simplement un « fort en gueule » reconnu il faut absolument être plus virulent que la meute, plus provocateur que les gens ordinaires, plus insultant que la mesure.

J’ai souvent remarqué que ces braillards des mots ont la fâcheuse tendance à ne rien écouter et construire leur vérité à partir de ce qu’ils croient ou imaginent.  En général ils s’en prennent aux personnes par dépit de ne pas parvenir à combattre sur leurs idées. Les grandes gueules ont une haute idée d’eux-mêmes en raison de l’image de pourfendeur des gens installés qu’ils jugent incapables, inutiles et surtout amoraux. Eux sont blancs comme neige. Méprisants et braillards, ces aboyeurs bâtissent ainsi leur notoriété sur le fait qu’ils sauraient… et que tous les autres ne leur arriveraient pas à la cheville. Les GG affirment et s’installent dans les catégories des gens qui en savent plus que les autres. Ils jugent sans se regarder dans le miroir. 

L’expérience démontre que dans la plupart des cas, ces grandes gueules que l’on voit de plus en plus sur les plateaux des télés perroquets ou sur les réseaux sociaux reprochent de manière véhémente aux autres leurs propres turpitudes. Ils se valorisent en dénonçant des complots ou des magouilles auxquelles bien évidemment ils n’ont jamais participé dans leur intérêt. Eux sont sincères, clairs, irréprochables et les autres sont menteurs, troubles et coupables. Le gueulard de service finit par avoir l’estime du milieu dans lequel il vit en raison justement de sa capacité à dire ou écrire ce que les autres n’osent pas exprimer.

Dans tous les groupes constitués il y a toujours une grande gueule de « sévices » que l’on appelait aussi parfois le « porte-flingue », chargé des basses œuvres au grand jour. Son rôle de « tueur à gages » politique ou social repose sur sa capacité à démolir les points forts adverses, de prétendre rendre la justice. Jamais par les arguments mais souvent par l’invective, la phrase qui fait rire ou qui mord. C’est très courant dans les partis politiques ou les organisations syndicales. D’ailleurs ce statut leur permet parfois de réaliser de belles carrières lorsqu’ils décident de se mettre à leur compte. J’en connais… qui ont la particularité d’oublier d’où ils viennent et comment ils sont parvenus où ils se trouvent.

Si vous avez regardé les émissions relatives au bilan des élections municipales, « les grandes gueules » professionnelles avaient été envoyées au combat. Ainsi tout le monde aurait gagné. Tout le monde a promis de laver plus blanc que blanc. Tout le monde a parlé de valeurs. Tout le monde a placé ses copines et ses copains pour un peu de pub. Tout le monde a affirmé sa prééminence dans le débat. Elles étaient en mission. Et s’ils ont un « peu’ perdus c’est de la faute aux autres. Les présentateurs ne sont parfois pas parvenu à enrayer le basculement vers le foutoir complet.

La vérité d’un dimanche soir des élections n’est jamais celle du lendemain. C’est une constante. Le constat est implacable. Rares sont ceux qui tiennent bon face à leur intérêt personnel. Les « grandes gueules » n’aimant pas la défaite ils se réfugient alors dans la mauvaise foi. Il leur faut des responsables (mieux des coupables) à leur échec. Grands mots, menaces, accusations voilées masquent leur désarroi de ne pas avoir eu raison. Et souvent leur cercle amical se tait leur laissant accomplir la sale besogne et n’ayant pas le courage de els affronter. « Ce n’est pas parce que vous êtes une grande gueule et que vous criez fort que ce que vous dites  est vrai. » La phrase est de Bernard Tapie le 8 décembre 1989 face au fondateur du Front National. Elle n’a pas pris une ride.

Les 

Ce champ est nécessaire.

En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Cette publication a un commentaire

  1. J.J.

    « J’ai souvent remarqué que ces braillards des mots ont la fâcheuse tendance à ne rien écouter et construire leur vérité à partir de ce qu’ils croient ou imaginent »…C’est une des raisons majeures et essentielles qui me pousse à ne les écouter point.
    Souvent, pour ne pas dire la plupart du temps, ces monologues relèvent de l’aphorisme plein de sagesse énoncé par Pierre Dac :
    _ »Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir » _
    Pour moi, je suis plutôt à l’aise lorsque : « Tout n’est qu’ordre et beauté, luxe(modérément), calme et volupté…

Laisser un commentaire