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Les réseaux ont envahi et modifié la campagne (3)

Hier je tentais de replacer les élections municipales dans un contexte plus large et plus « politique » que celui qui consiste à se battre à travers des distributions dans les boites aux lettres ou les réunions entre convaincus. Celles de 2026 seront celles des réseaux sociaux. Lorsqu’il y a confrontation entre plusieurs listes, les publications sur les sites reconnus comme étant majeurs pour s’introduire dans le quotidien des électrices et des électeurs, est devenu fondamentales. On espère ainsi éveiller une appétence pour l’action publique en quelques mots. 

D’abord parce cette opportunité à l’avantage d’être peu coûteuse et aisément maîtrisable. J’ai participé à six campagnes électorales du type de celle que nous vivons et tout passait avec par l’écrit explicatif et construit. C’est du passé. Désormais l’image a supplanté le texte, la vidéo de trente secondes a remplacé le discours politique et il est évident que pas grand monde lit mais regarde surtout ce qui est publié. Une campagne de communiqués et de déclarations stéréotypées pour gens pressés. 

Ces élections municipales semblent malheureusement être ensuite celles de l’indifférence. On le verra avec le niveau de l’abstention mais c’est déjà perceptible à travers le phénomène : « cause toujours tu ne m’intéresse pas ! ». Les certitudes sont tellement ancrées dans tous les esprits qu’il est parfois impossible de débattre. Croire qu’il existe une passion pour l’action locale relève de l’optimisme béat. Les positions postées sur les réseaux ne mobilisent que peu de gens. On retrouve donc souvent en les analysant les candidats et leurs proches et des militantes et militants qui font nombre alors qu’ils ne votent surtout pas dans la commune. Pas de montée en puissance de l’intérêt. 

Les « croyances », la dévotion avec la référence au national constituent les racines d’attitudes totalement déconnectées de celles qu’exige la citoyenneté locale. Le concours du plus « gentil », du plus « correct », du plus « banal » bat son plein. Malheur à celle ou celui qui osera se démarquer. La tendance est au consensus mou. C’est le propre des réseaux sociaux de pondérer ce qui autrefois relevait de l’engagement clair et brut de décoffrage. Ces municipales déboucheront sur une désillusion collective, un ventre mou de la gestion collective. Inutile d’espérer un sursaut démocratique novateur : il ne viendra pas !

Le pire c’est qu’il est certain que les algorithmes jouent un rôle essentiel dans cette situation. On le voit dans les grandes villes où les « canaux » ouverts aux uns ou aux autres sont bien différents. Quand on y ajoute les pressions venues de groupes organisés et habiles dans le désinformation ou pire dans la fausse information ou l’approximation on obtient une apparence démocratique. Selon La France Insoumise des interventions extérieures complèteraient même le panorama. Les réseaux pullulent de revanchards ou de censeurs d’autant plus impitoyables qu’ils s’estiment supérieurs en tout.

En fait il devient quasiment impossible de raisonner et de débattre. Une part de la société se réfugie dans ses à priori et n’en sortira que si elles la conduisent à la catastrophe. Et encore. Une génération de « ne pas… » émerge. Ne pas voter! Ne pas participer. Ne pas agir. Ne pas s’engager. Ne pas soutenir untel ou untel. Ne pas s’informer. Ne pas se mouiller. Le « nepanisme » s’installe. 

Très peu de gens par ailleurs cherchent l’info. Ils sont tellement habitués à ce qu’on la leur apporte via la télé qu’ils ne se déplacent plus. Ils ne vibrent plus pour une élection. Désabusés ils laissent les autres décider à leur place. Ne parlons pas de rationalité dans le choix mais tout simplement d’impulsivité. Le fameux « tous pourris » a causé tellement de ravages qu’il a ruisselé jusqu’à la dernière cellule républicaine qu’est la commune. Une phrase sur un commentaire, une affirmation dénuée de toutes preuves, une médiocrité volontaire constituent des éléments politiques majeurs.

Les gros mots à la mode sont aussi de sortie. « végétalisation », « sécurité », « culture », « impôts », « mobilité », « transition » ont l’avantage d’être repris par absolument toutes les listes ce qui finalement les vide de tout leur sens. On trouve en revanche très peu dans certains programmes : « tolérance », « citoyenneté », « laïcité », « proximité », « solidarité » ou « transversalité » car ces notions appartiennent au passé. Et tout ce qui est « passé » n’a plus aucune valeur, aucun intérêt. Le principal parti en course devient aussi celui du « y a qu’à ! » ou du « faudrait qu’on ». C’est habituel direz-vous mais là on a franchi un palier.

Le climat mondial rend aussi ce scrutin dérisoire. Durant les deux grandes guerres il n’y pas eu pour des raisons bien différentes, d’élections municipales. Là qu’on le veuille ou non : nous y sommes!  Cette semaine monte donc la pression sur le pouvoir d’achat. L’inquiétude liée aux positions prises par le Président de ce qu’il reste de République s’accroît. La moindre étincelle risque de mettre le feu à un contexte national très volatile. Ces réalités joueront-elles dans les résultat des élections ? Certainement. L’exaspération de constater l’incapacité politique à dominer les événements donnera des ailes aux extrémistes populistes. C’est une certitude. 

De tous temps les municipales ont été un temps fort de la démocratie représentative. Il est certain qu’après celles de 2020 qui n’avaient pas forcément été très réussies pour des raisons différentes il est à craindre un échec préoccupant à… un peu plus d’un an de présidentielles. Allez en conclusion «  La majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections » selon Jean Mistler ! A méditer avant de voter. 

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Cet article a 2 commentaires

  1. J.J.

    Ayant du temps à perdre, je me suis « amusé » à lire les propositions émises par les candidats des 9 listes en lice pour dimanche.
    À part une liste, qui ne néglige pas cependant le côté sécuritaire, ce qui vient en premier : renforcer les effectifs de police municipale et les armer lourdement, organiser des brigades cynophiles etc. (ce qui sous-tend l’organisation de répressions qui ne seront pas forcément efficaces et exactement ciblées).
    Ensuite viennent les propositions démago qui feraient sans doute plaisir à certaines catégories de râleurs professionnels : rétablir l’éclairage public la nuit et équiper les lampadaires de diodes (ce qui par parenthèse est en partie réalisé par l’actuelle équipe municipale, il faut se renseigner !)
    On a aussi une finaud par exemple, qui envisage de laisser ouvert toute la nuit l’ancien tunnel ferroviaire transformé en voie de déviation. Pour des raisons de sécurité imposées, une équipe de secours et d’entretien est mobilisée obligatoirement quand le tunnel est ouvert, dans la journée, où le trafic est important, ce qui est relativement coûteux. À part les voies de contournement, le trafic en ville est pratiquement nul la nuit. Voilà donc, entre autres fariboles, un projet parfaitement inutile, démagogique et surtout coûteux présenté par des candidats qui se glorifient d’avoir inventé le fil à couper le beurre.

  2. Philippe Labansat

    Que fait-on quand on se sent concerné, que l’on travaille régulièrement à être le mieux informé possible, que l’on a quelques idées sur la cité dans laquelle on aimerait vivre ?…
    …mais que l’on sait pertinemment que ses espoirs seront forcément déçus et que son vote ne comptera pour rien ?…

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