En fait hier dans mes pronostics j’avais oublié une hypothèse de sortie de crise sur laquelle je reviendrai. Celles et ceux qui me lisent pourront admettre que la » « démission présidentielle » ou « un bis de la dissolution » qui ne paraissaient pas plausibles justifiant leur cote élevée, ont été écartés par celui qui ne gouverne plus rien. Par ailleurs comme il avait été contraint d’accepter la nomination du « Bethéramisé » au poste de Premier ministre, il est obligé d’accepter le départ du « moine soldat » Lecornu qui a expliqué se retirer après avoir porté sa « croix de mission ». Une autre opportunité de gagner un pari qui s’estompe. Il reste donc celle que j’avais oubliée et qui sera celle que le joueur d’échecs de l’Élysée a retenu : le gouvernement dit « technique ». Encore une entourloupe qui lui permettra d’échapper pour quelques semaines à une décision plus douloureuse pour lui.
Le scénario que je vous demande de mettre dans un petit coin de votre mémoire serait alors le suivant. Dès qu’il aura terminé les cérémonies du Panthéon en faveur de Robert Badinter, qu’il aura loué son courage, sa pugnacité et son attachement à des valeurs comme la justice, l’humanisme, la résilience, la laïcité il cherchera la personne idoine. Dans l’assistance drapés dans leur dignité de personnalités qui comptent, quelques élus en délicatesse avec des enquêtes diverses, des parlementaires appelant à voter de fait pour des candidats ayant un lien avec les idées nauséabondes que combattait avec conviction l’ex-avocat pavaneront sans vergogne. Mieux il y en aura sans foi ni loi qui, si l’on fouille un peu dans leurs déclarations ou dans celles qu’elles ont approuvées, ont déclaré leur volonté de rétablir… la peine de mort ! C’est le charme de la constaance à la Française !
L’hypocrisie demeure en effet le comportement le plus partagé dans le monde politique. Elle fleurit sur des lèvres n’ayant aucun scrupule à délivrer le baiser de la mort. Pour un plat de lentilles bien cuisinées dans les cuisines d’un ministère, les principes et notamment de celui de l’intérêt général, s’effacent en quelques heures. La crise en cours aura des répercutions historiques à court terme avec la montée de l’alliance assumée de LR avec le RN. La perspective des municipales accentuera cette mutation dans bien des régions ouvrant des perspectives pour l’échéance de 2027. Il est certain que celui qui avait été élu pour réduire le FN aura réussi la prouesse de lui donner une assise inédite et des perspectives inédites. C’est aussi à mettre à son « actif !
Le choix du nouveau locataire de Matignon devra tenir compte de ce basculement des lointains héritiers du Gaullisme vers le lepénisme populiste. Le « professionnel » seulement chargé de concocter le budget ayant le plus petit dénominateur commun possible ne sera donc pas marqué trop à gauche et susceptible de ne pas irriter les droites extrêmes. Selon moi (je me mouille) il viendra du Sénat car il lui faut certes la technicité mais aussi les ficelles du compromis. Le pouvoir n’est plus au Palais Bourbon car il n’existe pas de majorité établie. La vraie stratégie ne repose plus sur le 49-3 mais sur la Commission mixte paritaire où il est possible de dégager des accords valables dans les deux entités parlementaires.
Citer des noms constitue un exercice délicat. Au Sénat Larcher tirera las ficelles pour aider à trouver l’oiseau rare. Ce sera forcément une surprise ou un inconnu du grand public. Albéric de Montgolfier sénateur d’Eure et Loire, rapporteur général du budget ou un Charles de Courson député de la Marne peuvent constituer un duo difficilement attaquable si ce n’est sur des bases politiciennes strictes. Il y en a probablement d’autres car le premier cité a une connotation très LR et le second a été dégagé par le socle commun avec l’aide du RN du poste de rapporteur du budget au Palais Bourbon. Pas certain qu’ils soient en odeur de sainteté macronienne.
Il paraît très difficile de nommer un « pur haut-fonctionnaire » détaché de toutes les contingences politiques. Surtout que bon nombre de ceux qui colleraient au profil portent une lourde responsabilité dans la faillite actuelle des finances publiques. Ce serait une nouvelle provocation que de promouvoir un proche passé par l’Élysée ou l’un des pontes de Bercy plutôt discrets en ce moment.
Cette option du gouvernement « technico-politique » rassurera à quelques jours de la sortie de nouvelles notations, les agence spécialisées. Elle donnera pour l’opinion publique une « leçon » aux partis politiques plutôt discrédités depuis quelques temps. Dans la mare où se débattent les grenouilles qui veulent se faire aussi grosse que le bœuf cette nomination ne perturbera guère. Les propos de Lecornu méritent une analyse. Lorsqu’il déclare que la future équipe gouvernementale, «quelle qu’elle soit», devra être «complètement déconnectée des ambitions présidentielles pour 2027» il ouvre en effet la porte au gouvernement arone qui prendra a contre-pied les emmerdeurs de la politique et restera fidèle au fameux « ni…ni »
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« L’hypocrisie demeure en effet le comportement le plus partagé dans le monde politique », établissant une large concurrence et une convergence certaine avec le monde des religions.
….et évidemment lorsque l’on conjugue les deux…, à part de rares exceptions.