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Les Zorro qui ne comptent surtout pas les zéros

Tout le monde connaît Zorro, le vengeur masqué qui parvint à remporter tous les combats en dissimulant son appartenance à la noblesse californienne. Le justicier arrive ainsi à infiltrer les lieux où siègent ses adversaires sans que personne ne le détecte. Il semble sur les premiers exemples que je connais dans cette période préparatoire des élections municipales que la stratégie de beaucoup de candidates et candidats ressemblent étonnamment à celle de Don Diego de la Vega. Les étiquettes politiques revendiquées le reste du temps sont soigneusement dissimulées de telle manière que l’on puisse s’installer en toute discrétion. Plus aucun logo. Plus aucune revendication. Plus aucun patronage mais simplement une « union » circonstancielle.

Selon les informations glanées la consigne a été donnée dans les petites et moyennes communes par le RN : recruter un ou deux sympathisants non encartés ou discrètement encartés et les glisser sur les listes. L’introduction de la proportionnelle dans toutes les tailles de collectivités locales favorise cette opération dont on ne mesurera le résultat que fin mars. Il faut reconnaître que le RN a soigneusement préparé cette infiltration avec comme objectif d’avoir autant que possible un élu dans toutes les communes où il lui est impossible de constituer une liste complète. On découvrira l’efficacité de cette opération « Zorro » fin mars 2026 et plus encore aux présidentielles.

Il ne faudrait surtout pas croire que cette attitude est l’apanage de l’extrême-droite. Elle a aussi été adoptée par d’autres partis. En milieu rural ou rurbain, l’appartenance à une structure politique n’a pas l’heur de plaire à l’électorat. Alors les candidates et candidats évitent toute allusion à leur engagement. Il suffit de se proclamer « humaniste », « progressiste », « citoyen »  pour donner le change. Encore une fois le scrutin de liste bloqué constitue une vraie opportunité de mettre en selle des soutiens reconnus ou potentiels et noyauter une équipe selon la théorie trotskyste et de prendre ainsi en otage la tête de liste. 

La nouvelle loi électorale instituant la proportionnelle bouleversera c’est une certitude les repères habituels dans la ruralité. Elle assure des postes d’élus à des personnes qui ne pouvaient pas les obtenir par le scrutin uninominal. L’instabilité dans les équipes municipales en sera fortement affectée avec des scissions imprévues en début de mandat mais qui se produiront après quelques années face aux réalités de la gestion. Le management d’une liste repose essentiellement sur la capacité de celle ou celui qui la dirige à mobiliser l’électorat sur son nom et à «traîner » le reste de la troupe.

Des programmes commencent à fleurir ou au moins les grandes lignes. Impossible de ne pas faire rêver comme le veut la tradition électorale. Le vrai problème c’est que les capacités financières nécessaires sont inconnues à ce jour. Dans quelques semaines tomberont les décisions sur les coupes dans les dotations dispensées par l’État. Elles ne seront certainement pas supérieures à celles de cette année et ce n’est que le pourcentage de leur baisse qui demeure inconnue. Embauche de personnel dans la sécurité, gratuité des services, investissements qui se traduisent nécessairement par des coûts de fonctionnement supplémentaires, services à la personne dépendante : autant de secteurs qui souffriront dès 2026 mais qui figureront sur les dépliants. 

Comme les départements traversent une crise grave de leur financement, les aides antérieurement dispatchées se réduiront ou disparaîtront très rapidement. Les fameuses subventions attendues par les communes ou les intercommunalités se raréfieront. L’endettement sera encadré même si dans les faits ce ne sera pas utile. L’augmentation des taux d’intérêt liée à la baisse de la notation par les agences de la France (une collectivité même bien gérée ne pourra pas dépasser la note du pays) augmentera les frais financiers, surtout si la collectivité à emprunté à taux variables. Ce qui paraît encore possible en 2025 ne le sera plus, c’est une certitude, en 2026 et encore plus en 2027 !

Les électrices et les électeurs me mesurent pas nécessairement ces paramètres. Les propriétaires de leur logement devraient pourtant réfléchir face au miroir aux alouettes des dépliants de campagne électorale. Ils sont en effet avec le paiement du Foncier bâti la seule variable d’ajustement des budgets communaux. Dès leur installation les nouveaux conseils municipaux de plomber le taux d’imposition afin de plus avoir à le faire dans la suite du mandat. Comme les habitants en place ne souhaitent plus d’urbanisation et donc de nouvelles taxes productives pour la commune ils assumeront des équilibres difficiles à trouver.

La campagne électorale risque donc de se dérouler sur des concepts, des intentions et des arrières-pensées. Certains appelleront ça un manque d’audace. Et pourtant… on a vu où l’ignorance des contraintes a conduit le pays. Mais les Zorro de la politique s’en soucient pas davantage que des zéros à la fin du chiffre du déficit ! Ils vendent du rêve ! 

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Cet article a 5 commentaires

  1. J.J.

    Candidat « sans étiquette », en langage clair, ça signifie généralement candidat de droite, car c’est bien connu, il n’y a que les « gens de gauche  » qui font de la politique, j’ai souvent entendu cette antienne récitée par des gens qui veulent ignorer que si l’on ne fait pas une politique de gauche, on fait une politique de droite.
    À part quelques très rares et « vrais « humanistes » qui font passer l’intérêt général avant leurs convictions. J’en ai même connu, mais généralement leur carrière est brève.

  2. P c

    J’ai déjà décidé de ne pas voter (pour la première fois depuis 50 ans) .
    Nous avions la possibilité d’éliminer les cancres, les malhonnêtes et les abrutis,.
    Sans cette possibilité je serai obligé d’éliminer toute la liste, sauf bien sûr si elle ne comporte que des gens fiables.
    Notre RN local a déjà été membre du conseil municipal, il a tenté de supplanter le maire, s’est fait bananer et a fini par demissioner.
    Il faut dire que c’est un cas, en longue maladie pour mal de dos, on le voyait tout l’été travailler son jardin…. sa femme ayant pris le même chemin, ils ont rallongé leur retraite de plusieurs années aux frais de la princesse….

    1. François

      Bonjour @ P c !
      Si j’apprécie (avec nostalgie !) votre premier paragraphe dont je vais certainement m’inspirer … en votant blanc, je ne peux point souscrire au second car les « tire au c.l » sont multicolores car de la politique qui les soutient ! ! !
      Cordialement

  3. J.J.

    Je ne sais pas encore ce que je ferai car les listes ne sont pas encore parues ni formées définitivement. Je ne voterai pas pour les sortants, dont je ne partage pas les opinions, mais je reconnais que l’équipe, et surtout le maire actuel se sont plus souciés de l’intérêt de leurs concitoyens que de leurs visées politiques.
    Il faut rendre à César…

  4. facon jf

    Bonsoir,
    beaucoup de choses à dire sur un sujet pas simple . Les contraintes pleuvent drues sur les élus et leur place n’est pas souvent enviable. Les compétences des élus locaux sont de plus en plus délocalisées vers les comcoms entraînant immanquablement un accroissement des coûts et la disparition des leviers permettant d’endiguer ces hausses. Les délégations de service public vendues comme la panacée pour réduire les emplois municipaux ont montré très vite leurs limites comme par exemple les crèches déléguées à la « maison bleue » ou « babylou ». Castanet dans son livre « les ogres » décrit parfaitement le triptyque DSP / CORRUPTION/ ACTIONNAIRES. Ce récit saisissant révèle les secrets de People&Baby, le « premier gestionnaire indépendant français de crèches ». Un groupe qui pèserait un milliard d’euros. Il décrit un secteur qui fait bloc, des mairies complices, le sommet de l’État impliqué… Lorsque une fillette dans une crèche à Lyon décède.
    Tout n’est pas rose ou brun dans les mairies avec par exemple
    Le procès de David Rachline, maire RN de Fréjus, pour prise illégale d’intérêts : « La déontologie, ça ne se délègue pas ! »
    L’édile était renvoyé pour avoir pris part, au conseil municipal, à des votes concernant deux sociétés d’économie mixte de sa ville, dont il a ensuite assuré la présidence rémunérée. Le procureur a requis, mardi, une amende de 30 000 euros, dont 20 000 euros avec sursis.
    Ou encore le procès de la « sextape » : prison ferme, inéligibilité et exécution provisoire requises contre Gaël Perdriau
    Pour la procureure Audrey Quey, le maire de Saint-Etienne, jugé à Lyon, a été le « décideur » du chantage exercé contre son ancien premier adjoint.
    Je vous laisse regarder cette vidéo écœurante ou un adjoint au maire d’une bourgade de la Creuse s’est livré avec la complicité du responsable de l’association de chasse à une ratonnade en règle suivie d’une chasse à l’homme. https://www.lemediatv.fr/emissions/2025/chasse-aux-noirs-enquete-exclusive-sur-une-soiree-dhorreur-dans-la-creuse-r7_kX19dQJq4ECoRTD2giQ
    Pour avoir participé à la dernière campagne municipale achevée à la veille du confinement, je pourrais raconter les horreurs colportées sur notre liste ancrée dans la diversité. Le racisme nauséabond s’est répandu sans aucune retenue, je me suis alors promis que plus jamais je ne me retrouverais dans pareille galère. Le R haine et tous ces faux-nez de LR (de rien) m’ont bien vacciné et ce n’était pas à l’ A R HAINE messager !
    On peut entonner El pueblo unido jamás será vencido (« Le peuple uni jamais ne sera vaincu ») la chanson chilienne, force est de constater que les efforts du R Haine et de la droite extrême détruisent chaque jour l’unité du pays.
    Tout cela va mal finir!
    Bonne soirée

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