Le principe même d’une majorité et d’une opposition c’est qu’il ne faut à cette dernière ne rien accepter de la première afin d’exister. Durant tout mon parcours j’ai constaté que plus une instance est médiatisée et plus le jeu de rôles s’installe. Il s’agit de démontrer que le camp adverse n’a aucune compétence pour préparer une décision et de le ressasser. Inutile dans le contexte actuel de convaincre du bien-fondé par exemple d’un budget quel qu’il soit : il faut être contre.
J’en ai présenté environ plus d’une centaine et je n’ai jamais attendu qu’ils recueillent l’approbation unanime des assemblées auxquels ils étaient proposés. Même si en dehors des temps officiels médiatisés des opposants farouches en public avaient la courtoisie de me prévenir qu’ils ne feraient pas mieux et même parfois qu’ils me félicitaient pour la qualité de la présentation, « ils ne pouvaient pas voter autrement que contre ».
Il y avait des signes concrets encourageants. En effet souvent quelques participants aux réunions s’absentaient opportunément ou quittaient carrément la séance pour ne pas être comptabilisés en voix négatives. En politique il existe ce que l’on appelle « les absences prostatiques » qui évitent les cas de conscience pour les hommes. C’est valable à tous les niveaux de la gestion démocratique. Le scrutin individuel permet ce type de comportement. Il est en effet fort difficile de proposer des solutions alternatives crédibles car la préparation d’un document budgétaire sérieux demande des mois de travail et d’arbitrages.
La discussion ouverte depuis quelques jours sur le document national 2027 devant régir les recettes et les dépenses de l’État n’échappe pas à cette réalité. Une grande part du déficit global constaté en 2024 puis en 2025 provient d’une surestimation volontaire selon toute vraisemblance des rentrées fiscales pour tenter de diminuer dans la présentation l’écart final entre le positif et le négatif. Il est rare que l’on conteste les évaluations des recettes mais chacun y va de sa solution miracle avec des chiffres dont la véracité n’est guère meilleure que celle des propositions officielles. Actuellement c’est un déluge de milliards qui surgissent d’on ne sait où comme des geysers au lever du soleil.
Lors d’une campagne électorale comme celle qui débute les propositions les plus approximatives s‘amoncellent sur la table médiatique. Par exemple le RN estime à 20 milliards l’économie qui serait réalisé en matière de sécurité publique si l’on renforçait et l’on stoppait l’immigration aux frontières. C’est un peu comme acheter un ticket de loto. Débile. Ce genre d’estimation sans aucun fondement comme l’est la fameuse lutte contre les fraudes sans moyens humains et matériels supplémentaires décrédibilise ces additions d’argent putatif. Et c’est valable pour tous les camps. La France n’a plus la maîtrise de son avenir. Chaque jour qui passe la rapproche d’une mise sous tutelle du FMI et de la BCE. Un point c’est tout. Après eux le déluge.
Les propositions de toutes sortes sont soumises à tellement d’aléas extérieurs aux décisions du Parlement que tout budget voté sera voué à des désillusions sévères. Il n’y a en effet aucune lisibilité géopolitique dépassant deux mois. Et encore c’est optimiste. Le temps que le budget 2027 soit discuté, disséqué, désossé il n’aura plus aucun sens. C’est probablement cette incertitude qui rend la perception de la politique tellement négative. En effet il est aisé de remarquer que les seules mesures crédibles proposées concernent les dépenses. Il est en effet beaucoup plus aisé de supprimer que de créer. On peut-être sûr de ce que l’on diminue alors que le doute règne sur ce que l’on escompte toucher.
Le budget n’a qu’une utilité réelle : permettre de réduire les dépenses et donc essayer de colmater autant que possible l’immense brèche causée dans la digue préservatrice du développement du déficit par le « quoi qu’il en coûte débridé » et les «exonérations » cadeaux accordés au monde du profit. Les seuls sur lesquels il est possible de taper sans trop de risques c’est sur les retraités et donc une vaste campagne de communication a été lancée. Elle va accentuer la fracture sociétale et sociale entre « jeunes et moins jeunes » comme si les personnes âgées n’avaient aucun problème dans ce méli-mélo libéral.
La contestation des « vieux » n’existe pa. Et pourtant. Les services d’aide domicile qui leur sont proposés se retrouvent avec des déficits les mettant en péril ; les EHPAD publics naviguent avec des trous budgétaires dans la coque; les tarifs d’accueil dans l’hébergement privé flambent ; l’accès au service public de santé se complexifie, mais ces situations ne donnent pas lieu à des manifestations. Le budget 2027 ne les prend pas en compte… comme bien d’autres et notamment celle des collectivités territoriales otages désormais des attribution de dotations de l’État. Les budgets des pensionnés et des collectivités seront difficiles à boucler. Mais il faut bien qu’il y ait des victimes d’une dérive dont aucun politique n’est responsable.
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Dans la période, la critique de l’annualisation budgétaire et de sa courte vue, semble avoir des arguments.
Vu les masses financières en jeu et l’objectif d’arriver, à terme, à dégager des excédents budgétaires, est-ce qu’une planification sur plusieurs années du redressement des comptes publics ne serait pas judicieuse ?
Premier obstacle, bien que notre pays ait su utiliser cet outil avec succès (Rocard en était un partisan et un artisan, n’est-ce pas, Jean-Marie ?) pour sa reconstruction après guerre, la doxa libérale l’a rangée dans le placard des archaïsmes soviétiques.
Deuxième obstacle, le calendrier électoral, qui limite furieusement l’horizon pour une action, si ce n’est de longue haleine, du moins sur un certain nombre d’années (et ce qui vaut au niveau national, vaut aussi au niveau local).
Est-ce que l’idée de la planification pourrait trouver un regain d’intérêt à l’occasion de l’échéance de 2027 ? On peut rêver, mais je n’y crois pas trop, ce qui veut dire que le scénario catastrophe que tu décris, Jean-Marie, est malheureusement celui qui tient la corde…
Le plus clair de tout ça, c’est me semble-t-il, comme à l’accoutumé, que ce sont les « non nantis » qui vont être étroitement invités à payer l’addition.