Lorsqu’une crise sociale éclate et dure il faut tôt ou tard une réponse du pouvoir en place. En fait la première a été souvent dans l’Histoire de tenter de réprimer ou de réduire l’ampleur du mécontentement. Un gouvernement dans tous les pays du monde envoie des forces dites de sécurité pour juguler les expressions sur la voie publique des manifestants. C’est une constante. Durant très longtemps ce fut l’Armée de Terre qui avait pour mission de réprimer la foule en colère. Des événements servent de références dans l’Histoire sociale française.
La fusillade de Fourmies (1er mai 1891) qui lors de la première célébration de la journée internationale des travailleurs pour réclamer la journée de 8 heures, a vu le 145e régiment d’infanterie ouvrir le feu sur une manifestation pacifique dans le Nord. Le bilan est de 9 morts, dont des femmes et de très jeunes enfants. Il y eut aussi la révolte des vignerons du Languedoc (1907) : envoyée pour « mater le soulèvement populaire » lié à une crise de surproduction, l’armée tire sur la foule à Narbonne (faisant plusieurs morts). Cet événement est aussi célèbre pour la mutinerie des soldats du 17e régiment d’infanterie, qui ont refusé de tirer sur leurs propres familles.
Face à de grandes vagues de grèves insurrectionnelles (notamment chez les mineurs) en 1947 et 1948 le gouvernement Ramadier puis les suivants réquisitionnent des dizaines de milliers de militaires pour dégager les puits de mine et faire face aux manifestants. Ce sera la dernière fois que l’on fera appel à l’Armée pour tenter de juguler une revendication sociale. En revanche les militaires revinrent dans la rue en Algérie alors département français.
Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata (8 mai 1945), manifestations nationalistes éclatèrent le jour de la victoire alliée. La répression menée par l’armée française et des milices coloniales tourne au massacre de civils algériens, faisant des milliers de morts.Il y eut aussi la fusillade de la rue d’ Isly à Alger (26 mars 1962) lorsque civils européens (Pieds-Noirs) manifestant en faveur de l’Algérie française sont mitraillés par l’armée française (4e régiment de tirailleurs), faisant plus de 50 morts. La violence institutionnelle ne se discutait pas. La doctrine n’a pas changé sauf qu’elle se veut plus maitrisée et plus « dmocratique » avec les Compagnies républicaines dites de Sécurité.
Dans la plupart des situations il a toujours fallu que le gouvernement discute et prennent des engagements pour atténuer la colère des citoyens. En 1968 le fameux Grenelle parvint à mettre fin aux événements violents du mois de Mai. Il y a beaucoup d’autres exemples de réunions de ce type qui calmèrent au moins les esprits. Le vrai problème des lycéens actuels c’est que les responsables politiques « illégitimes » car non-détenteurs d’une majorité donnée par la démocratie représentative, n’ont aucune marge de manœuvre.
Depuis maintenant huit ans j’ai multiplié les chroniques pour expliquer que la gestion ultra-libérale et essentiellement orientée vers la préservation de la consommation génératrice via les taxes des ressources indispensables à la bonne marche de l’État, conduirait à la ruine. Or nous sommes au bout du bout de cette politique qui a reposé sur une idée qui devait rapporter électoralement : faire croire à l’argent magique. Le monde du profit a réussi à instiller l’idée que le système de services publics garants de l’égalité d’accès aux besoins fondamentaux (santé, justice, éducation, sécurité) était possible sans participation équitable de chacune et chacun à son financement. Le lien est rompu. il est impossible de le recréer.
La suppression de la Taxe d’habitation (le Président du Sénat a reconnu que c’était une erreur dans son discours post élection) en est l’illustration parfaite. Celle de la redevance pour un audiovisuel indépendant en est un autre exemple. La multiplication des exonérations massives accordées au monde économique et des aides octroyées à ce même secteur sans aucune contre-partie qui lui ont été allouées ont totalement détruit les finances publiques. Le gouvernement n’a plus aucun moyen de répondre aux revendications des lycéens étranglé qu’il est par la dette et son remboursement auxquels s’ajoute la baisse de la consommation. Il est dans une nasse dont il ne sortira pas !
Dans une chronique précédente je présentais la complexité du fonctionnement des établissements. Le manque de matériel, l‘état des locaux, les crédits de fonctionnement, la qualité de la demi-pension ne relèvent pas de Matignon ou du Ministère de la rue de Grenelle. Donc marge zéro. Le pouvoir centralisé ne peut absolument rien face aux volontés régionales qui elles aussi manquent de fric. Il est prisonnier de son système de la plateforme Blanquer Parcoursup créée dans le cadre de la loi Orientation et Réussite des Étudiants (ORE) en janvier 2018, Il n’a ni les moyens financiers, ni la possibilité matérielle de modifier fondamentalement cette année les principes de cette sélection. Il ne parvient plus à recruter.
Alors il n’a qu’une solution que j’ai déjà évoquée : appliquer le principe qu’aurait lancé Clémenceau : « Quand on veut enterrer un sujet [ou problème], on crée une commission ». On peut l’adapter en ouvrant des « cahiers de doléances », des « tables rondes qui sont souvent rectangulaires » ou en lançant des « études » ou en initiant des « projets de lois ». Il lui reste quinze jours à tenir avant les vacances. C’est son seul espoir ; l’essoufflement des lycéens ou finir par en mettre des milliers de plus en garde à vue.
Illustration réalisé avec IA
En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Que tout cela est bien dit et écrit!!!…
Allez, bonne journée quand même.
Les « responsables politiques » français ne peuvent être plus illégitimes.
Ce sont ceux qui ont perdu les élections de 2024 qui ont été appelés à former le gouvernement !
Pour moi, tous ces gens sont des usurpateurs et tout ce qui émane d’ eux est nul et non avenu…
… . « Il y a beaucoup d’autres exemples de réunions de ce type qui calmèrent au moins les esprits (mai 68). »
Mais laissèrent un goût amer à certains participants qui subirent par la suite, le calme revenu, d’insidieuses sanctions (souvent à l’initiative et à la délation d’élus locaux) pour leur participation avérée aux mouvements de protestation.
Bonjour,
Plus de 6500 interpellations et plus de 5000 garde à vue depuis le début des manifestations lycéennes (87% de mineurs). Par comparaison pendant les événements de mai-juin 1968 : Les historiens estiment à environ 700 le nombre d’interpellations ayant mené à des gardes à vue lors des pics de répression et des nuits d’émeutes à Paris (comme lors de la « nuit des barricades » du 10 au 11mai).
«Quand on ouvre la porte» du commissariat, «qu’il y a 47 kilos et 1,56 m derrière, c’est spécial comme sentiment», témoigne Ainoha Pascual, qui a assisté, dans la capitale, trois adolescents. «Je sens qu’ils sont terrorisés», poursuit l’avocate, membre de la Legal Team Paris, un des collectifs d’avocats qui ont fait des violences policières une de leurs spécialités. «Une très grande majorité [des lycéens] arrivent en garde à vue blessés», après avoir «pris des coups de matraque» ou avoir «été tirés au sol», affirme-t-elle. «On n’a pas une seule interpellation qui se passe sans que les lycéens décrivent une insulte, une gifle, un maintien de la tête au sol, des étranglements», abonde Prisca Ancion, du collectif action judiciaire (CAJ). «Il n’y a pas du tout d’adaptation des pratiques» des policiers déplore cette pénaliste, ayant assisté une «petite dizaine» de jeunes en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d’Oise.
Laurent Nuñez, a annoncé mercredi la suspension de l’usage des grenades assourdissantes dans le cadre des mobilisations lycéennes, alors que 18 enquêtes ont été ouvertes par l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN).
Le méprisant et ses spins-docteurs ont estimé que les souris étaient trop petites et le chat trop méchant aux yeux des parents électeurs. Mac-ronds a demandé aux forces de l’ordre de maintenir l’ordre public tout en faisant preuve de « la plus grande proportionnalité », selon Nuñez.
Les profs de math vont-ils devoir faire des prestations pédagogiques dans les commissariats pour expliquer le mot « proportionnalité » ?
Sur FB la droite extrême et l’extrême droite défendent avec une haine farouche les poubelles et à gauche, ou ce qu’il en reste, ils défendent les lycéens.
En fait les deux camps défendent chacun sa vision de l’avenir.
Le premier sinistre observe les critiques internationales qui impactent gravement les taux d’intérêts qui du coup torpillent les équilibres budgétaires. Emmanuel Moulin, le nouveau gouverneur de la Banque de France a donné une interview lénifiante dans le Financial Times et il a encouragé (sans le faire exprès) les financiers vautours à parier contre la France, exactement comme les vautours s’étaient engraissés avec la Grèce entre 2009 et 2015. L’enfer est pavé de bonnes intentions!
Le taux du 10 ans french est à 4,78% 340 milliards de dette que France Trésor veut lever / monétiser en 2027 seront à ce taux le plus élevé d’Europe. Ces emprunts remplaceront les obligations de 2015, 2016 et 2017 qui arrivent et arriveront à échéance, ce qui s’appelle « le roulement de la dette » un peu comme on roule un tapis pour en dérouler un autre à la place.
Aux U$ les taux sont aussi effarants où le taux à 10 ans dépasse 5% et plus personne ne souscrit aux bonds à 30 ans dont le taux voisine les 6%. Donald Tromp a déclaré la semaine passée que « l’inflation était totalement sous contrôle, et que, justement l’inflation est la solution aux problèmes puisque cela permet de diminuer la dette des US « . Tout le monde économique est d’accord: « à partir de maintenant, le dollar est entré en mode hyperinflation » et le monde entier va se retrouver avec la corde au cou.
L’inflation réduit théoriquement le poids réel de la dette en augmentant le Produit Intérieur Brut (PIB) en valeur, mais cet effet est largement neutralisé par la hausse des taux d’intérêt et les mécanismes économiques actuels, pas grave quand on a 80 balais comme Tromp on est persuadé de disparaître avant l’arrivée de l’addition.
En France le gouvernement a annoncé une série de hausses des taxes
1) contrats automobiles
2) assurances-dommages
3) aéroports
4) autoroutes
5) assurances santé complémentaires (déjà fait l’an passé)
6) aux chaînes de télévision privées (Canal+ est vent debout contre la hausse de la TVA à 20%)
7) l’âge de la retraite repoussée à 65 ans
8) prélèvement de 17% sur l’épargne « en déshérence »
9) taxer les produits sucrés comme les gâteaux (c’est déjà fait sur les boissons gazeuses)
10) faire payer aux étudiants non boursiers l’inscription en BTS ou en classe préparation
11) réaliser 3 milliards d’économies sur les médicaments et 2 milliards sur les arrêts maladies
Bien entendu toutes ces taxes seront répercutées sur les prix ou prélevées sur le pouvoir d’achat.
Heureusement, on a retrouvé l’apprenti économiste de la 7éme compagnie. Celui qui a été ministre de l’économie de Macron pendant 7 ans 4 mois et 4 jours qui ne devrait avoir que la décence de se taire en regard du triste bilan dont il est coupable avec le président Mac-ronds, pardon avec notre Mozart de la finance. C’est l’orchestre de la dette qui joue la symphonie pour la faillite !
« Il faut désindexer les pensions, l’ensemble des prestations sociales sauf le RSA, il faut en finir avec l’abattement à 10% sur les retraités, il faut geler le point d’indice, l’avancement des fonctionnaires », déclare Bruno Le maire.
Pour résumer la pensée magique de celui qui a ruiné la France Il faut désindexer tous ceux qui ont travaillé pour continuer à payer tous ceux (au RSA) qui n’ont jamais commencé à travailler.
Tout va bien le bateau France coule normalement…
bonne journée
Qu’a donné la « convention citoyenne sur le temps de l’enfant »,que sont devenues les 20 propositions adoptées le 23 novembre 2025? elles sont sur le bureau du sinistre comme le qualifie faconjf?
Donc quelle est l’utilité d’ouvrir de nouvelles discussions au niveau des établissements si ce n’est de gagner du temps en espérant que les vacances de la Toussaint ramèneront le calme.
J’étais dans la manif hier, en queue de cortège avec mon syndicat FO,mes petits enfants ont aussi manifesté, aucun problème de sécurité tout s’est déroulé dans le calme.En fin de manif nous sommes revenus au point de départ Porte de Bourgogne.Quel était le rôle des énergumènes qui se sont affrontés,loin de là, aux poulets place de la Victoire,sinon jeter le discrédit sur des manifestations légitimes à la plus grande joie des chaînes Bolloré.
Pour compléter les propos de faconjf sur la santé ,depuis le 1er mars le forfait hospitalier est passé de 20 à 23 euros,en psychiatrie de 15 à 17 et le forfait patient urgence de 19.61 à 23 euros .
Alors quand j’ai entendu en début d’année, le candidat Guedj,tout heureux de l’adoption du budget de la sécu dire que les mutuelles n’auront pas le droit d’augmenter les cotisations en 2026,que déduire, sinon qu’il a une méconnaissance complète du fonctionnement d’une mutuelle responsable.Il semble moins bavard depuis!
J’ajoute que depuis le 1er avril 2026, la participation forfaitaire, due pour tout acte médical d’un montant supérieur à 120€, passe de 24€ à 32€. Elle concerne les consultations de spécialistes, les examens d’imagerie ou encore certains actes chirurgicaux.
Cette somme reste à votre charge et ne peut être intégralement couverte par les complémentaires santé dites « responsables »