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Me voici face au vide d’une nouvelle absence

Ce soir au moment où je me retrouve devant le clavier de l’ordinateur pour tenter de vous intéresser à une chronique je me ressens vide. Une sorte d’incapacité à m’intéresser à ce que je vois, j’entends et je lis m’a envahi. Quel sens prend l’actualité quand après 78 ans de partage de l’essentiel de nos vies, je perds mon seul frère? La mort ne l’a pas emporté brutalement puisqu’il était atteint de l’une de ces maladies neurodégénératives dont l’issue est inévitable mais on espère que a séparation sera la plus lointaine possible.

Lentement mais inexorablement emprisonné dans un corps plus contrôlé par le cerveau il perdait pied à la façon d’un naufragé épuisé par sa lutte pour survivre dans de l’eau glaciale. Alain a disputé un match inégal contre un mal insidieux qui vous prive peu à peu de toute possibilité de contact avec les autres. C’est physique et mental ce qui confine à la torture psychologique.

Il est décédé lundi soir aux urgences d’une clinique dans laquelle il avait été transporté par les sapeurs-pompiers. Le diagnostic établi dès son arrivée ne laissait aucun espoir. Il fallait se contenter du fait que la fin serait rapide et qu’il ne souffrirait pas car « ils » allaient l’accompagner. Nous avons tous convergé le plus rapidement possible vers les urgences avec l’intention d’être à ses cotés dans ses derniers instants. Peine perdue. Nous sommes restés dehors et nous avons été informés de son décès quand il était trop tard. Brutal. Une sorte de coup de poing difficile à encaisser. Pour moi un profond sentiment d’avoir failli à ce que je lui devais : être encore et toujours à ses cotés.

Privé de la parole, de la possibilité de se nourrir, incapable de bouger il affrontait depuis des mois une dégénérescence cognitive alors qu’il avait été un acteur motivé de la vie sociale. Une souffrance dont on imagine pas un instant l’intensité. Rien de pire que cette coupure progressive du monde actif pour une personne qui a mené avec une volonté farouche tous les combats qu’ils aient été syndicaux, mutualistes, associatifs ou solidaires. Alain ne rechignait jamais aux luttes pour les valeurs dans lesquelles il croyait. Il le faisait avec constance, opiniâtreté même. J’ai respecté ses choix. J’ai apprécié sa détermination, son caractère entier, son attachement viscéral à des valeurs et jamais à des personnes. J’ai aimé sa volonté farouche. Il a quitté ce monde déshumanisé dans lequel il ne se reconnaissait plus épuisé par les combats.

Alain avait affronté les pires épreuves dont celle terrible de perdre son fils à deux ans. Ce n’est que grâce à cette volonté propre aux enfants sachant d’où ils viennent qu’il se relevait chaque fois des claques que lui infligeait un sort défavorable. Généreux en diable, heureux dans l’action collective, infatigable dénicheur d’idées nouvelles, refusant tout endoctrinement et toute contrainte liée à une organisation coercitive, il avait gravi tous les échelons sociaux grâce à son autonomie forcenée, à son envie saine de progresser. Il la mettait au service des autres en leur proposant sans cesse de construire des moments de partage.

Une grave blessure au football l’avait privé d’une avenir très prometteur dans ce sport. Durant des mois après des désillusions médicales il s’était reconstruit deux ans plus tard grâce à une chirurgien qui avait compris l’importance pour lui de revenir sur un terrain. Il avait réussi grâce à cette force intérieure qui le guidait vers des victoires sur lui-même spectaculaires à se sortir de l’invalidité. Jamais il ne s’est retrouvé dans la facilité. Jamais il n’a pas eu à lutter pour vivre ses passions, respecter ses engagements. Jamais il n’a eu de pause. Alain a trouvé des sentiers pentus et étroits pour atteindre ses sommets. Depuis l’école ce fut son lot régulier. Entré au Collège d’enseignement technique il devint ouvrier d’État dans l’Atelier Industriel de l’Aéronautique y finissant technicien qualité malgré son investissement syndical et mutualiste au niveau national.

Alain était autodidacte. Les radios libres l’intéressaient alors il collabora en tant que pigiste et créateur d’émissions sur le sport amateur à bon nombre d’entre elles dès leur création. La télé l’accueillit et il s’adapta. Il créa même sa propre chaîne et multiplia durant des années les reportages dans la proximité laissant ainsi un patrimoine sociétal audiovisuel précieux. Tout ce qu’il a accompli n’avait que deux objectifs : le bien commun et l’intérêt général. Doté d’un caractère robuste il fut un résistant permanent, un militant du local au global. A sa façon il a prouvé concètement que l’on pouvait être un citoyen actif pour informer et surtout valoriser les gens et els événements du quotidien démontrant, bien avant les réseaux sociaux que le pouvoir médiatique pouvait être exercé avec peu de moyens pour peu que l’on ait la volonté de s’en saisir.

La diversité des facettes de sa citoyenneté m’a impressionné, m’a guidé, m’a imprégné. Il était ma conscience, ma référence car il possédait cette capacité à tenir bon dans les tempêtes, à conduire des actions simples mais essentielles pour le vivre ensemble, à dire ce qu’il pensait. C’était surtout mon frère. Ce soir je n’ose pas écrire autre chose que de l’estime, de l’amour fraternel, de la tendresse que je lui porte. Ce soir je pense à ces moralistes prétentieux qui donnent des leçons sur la fin de vie, déshumanisant au nom de croyances obscurantistes la réalité de la souffrance. Le vide s’ouvre sous mes pieds. Plus de trois quarts de siècle foutent le camp au fond du gouffre du temps mais il me reste les souvenirs, ceux d’une enfance heureuse et d’un partage durable.

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Cet article a 12 commentaires

  1. Gilles Jeanneau

    Je ne connaissais pas ton frère mais je le connais maintenant grâce à ta plume…
    Je ne peux que compatir à ta peine que je sens immense et bien plus grande que celle que j’ai ressentie au décès de ma soeur cadette. C’est vrai qu’ayant quitté la Gironde très jeune, j’ai rompu beaucoup de liens familiaux et amicaux dont je sous-estimais la valeur, à l’époque.
    Il nous reste effectivement la nostalgie et le souvenir des moments inoubliables…
    Affectueusement

  2. alain

    sincères condoléance
    un frère est un peu de soi

  3. alain

    sincères condoléance
    un frère est un peu de soi
    heureusement il reste les souvenirs

  4. alain

    sincères condoléance
    un frère est un peu de soi
    heureusement il reste les souvenirs

  5. Faconjf

    Triste jour pour vous et votre famille, mes pauvres mots ne pourront pas atténuer vos chagrins. Votre frère tel que vous le décrivez résume parfaitement une vie réussie. Une vie au service des autres, combinaison de vision claire, d’action constante et de résilience face aux obstacles.
    Toutes mes condoléances

  6. Maria LAVIGNE

    Les mots sont peu de choses dans ces moments là. L’épreuve est douloureuse mais il a donné l’exemple toute sa vie d’un combat de chaque instant pour surmonter les embûches et les peines. De là où il sera il guidera sa famille.
    A toi Jean Marie, à toute la famille, nous exprimons nos sincères condoléances et notre amitié.
    Courage…

  7. François

    Sauf quelques rencontres liées à ton amitié, je ne connaissais pas ton Petit Frère. Ton habile pinceau numérique vient de nous brosser le portrait d’un homme que chacun se doit de connaître pour l’exemple qu’il représente.
    Malgré l’absence qui, déjà, se fait sentir, je ne peux écrire qu’au présent.
    Avec tous les tiens, trouve dans notre Amitié tout ce Courage pour vaincre la dure épreuve qui fait partie de la Vie.
    Sincères condoléances.

  8. François

    Sauf quelques rencontres liées à ton amitié, je ne connaissais pas ton Petit Frère. Ton habile pinceau numérique vient de nous brosser le portrait d’un homme que chacun se doit de connaître pour l’exemple qu’il représente.
    Malgré l’absence qui, déjà, se fait sentir, je ne peux écrire qu’au présent.
    Avec tous les tiens, trouve dans notre Amitié tout ce Courage pour vaincre la dure épreuve qui fait partie de la Vie.
    Sincères condoléances.

  9. JJM

    Je t’adresse mes sincères condoléances Jean-Marie, que la complicité et les souvenirs que tu as partagés avec Alain t’apportent un peu de réconfort.
    Mon épouse travaillait au service du personnel de l’AIA et connaissant l’engagement dont Alain et elle-même faisaient preuve au service d’autrui, nul doute, si elle était de ce monde, qu’elle partagerait lundi avec moi ce moment de recueillement.

  10. Philippe Labansat

    Toute ma sympathie…

  11. Christian GUICHENEY

    Mes sincères condoléances, Jean-Marie ainsi qu’à toute ta famille.
    Bien amicalement

  12. Alain.e

    Mes sincères condoléances .

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