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Pourquoi faire tout un plat du « four à PISA » ?

Le « PISA » est sorti du « four » des statistiques de l’OCDE et il n’est pas du goût de tout le monde. C’est un régal pour les adeptes du « c’était mieux avant… » et une potion amère pour les responsables de l’Éducation sûrs de la qualité de leurs réformes. Bien plus que des évolutions d’un classement permettant des interprétations sensationnelles sur les chaînes de télé habituées à vanter le déclin d’une France rongée par l’immigration bien évidemment responsable de tous les maux du système éducatif, c’est le reflet d’une tendance. Et ces constats révèlent bien plus qu’un niveau de résultats scolaires. Ils traduisent une modification en profondeur d’une société occidentale dans laquelle le « savoir » n’est absolument plus ce qu’il a été et ne se conçoit plus de la même manière dans chaque pays.

Certes le « PISA » tente d’ajouter aux évaluations de résultats bruts dans toutes les disciplines essentielles d’autres facteurs en se penchant sur l’attitude des élèves face à l’enseignement (à l’instar de la motivation ou de la curiosité), leurs performances en fonction de leurs origines sociales ou encore le soutien que leur apportent, ou non, leurs parents mais on ne parlera finalement que de « niveau ».

Ainsi déjà quelques comparaisons ont fusé. L’une d’entre elles met en avant que le niveau moyen des lycéens de seconde est au niveau de celui des collégiens de quatrième dans le secteur des connaissances de base. Ce n’est pas selon moi le plus inquiétant pour l’avenir. Il est beaucoup plus grave de constater une chute vertigineuse de la capacité de lire. L’audiovisuel dont on connaît la fiabilité dans le monde actuel a pris le dessus.

Les vidéos sur les réseaux sociaux, la télévision captatrice de l’attention des enfants, les jeux aux multiples atouts et la puissance de l’image dans tous les secteurs éliminent l’intérêt pour l’écrit. C’est la base de la déclinaison du savoir. Nous sommes passés d’une civilisation de l’approfondissement par le texte perenne et durable à celle du zapping, du superficiel et de la facilité. Est-ce vraiment l’école qui en est responsable ?.

C’est ainsi que depuis quelques décennies la notion d’effort indispensable pour apprendre a été reléguée en référence du temps passé. Inutile d’écrire puisqu’il suffit maintenant de dicter pour que le téléphone traduise en texte. Inutile d’écrire puisque dans les classes ce sont des millions de photocopies qui sont distribuées. Le temps scolaire étant réduit on ne peut plus se permettre d’attendre que les enfants, les collégiens et même les lycéens prennent de longues minutes pour déchiffrer un énoncé ou pour noter des cours. Est-ce l’école qui conduit à cette faiblesse inquiétante vis à vis de l’écrit sous toutes ses formes ?

Le « PISA » évoque une autre facette de la vie sociale plus récente mais extrêmement préoccupante. Huit élèves sur dix déclarent utiliser très souvent ou souvent l’Intelligence « artificielle » pour répondre aux demandes des professeurs. Plus d’effort puisqu’en quelques secondes le résultat est obtenu. Le constat est patent : cet usage génère de faibles résultats en sciences. En France au total 37% affirment s’en servir au moins une fois par semaine, contre 46% en moyenne dans l’OCDE. L’effort est donc gommé des apprentissages. Comment l’école peut-elle lutter contre ce qui prend le contrôle de la délivrance du savoir ? On y réfléchira quand il sera trop tard ?

L’autre constat effectué en France par les enquêteurs de l’OCDE concerne le lien entre les inégalités sociales et les résultats dans certaines disciplines. Ils observent ainsi qu’en sciences, le quart d’élèves les plus favorisés devance de 100 points celui des élèves les moins favorisés dans les disciplines scientifiques.. Une valeur supérieure à celle observée dans les autres pays de l’OCDE, Ce constat n’a pas de lien avec l’immigration… mais avec la perception que les familles ont de l’école et de son utilité. Ainsi les élèves français issus des milieux favorisés sont très concernés par cette baisse du niveau scolaire, notamment en mathématiques. Le niveau dans cette matière a diminué de 38% chez les élèves les plus favorisés, contre 22% chez les plus défavorisés. 

Alors est-ce vraiment capital que l’on évalue combien de jeunes savent quand il faut mettre un accent sur le « a » ou quel est la carré de 4 ou si « my taylor is rich » ou « pourquoi la nature a horreur du vide » ? L’essentiel compte-tenu de la situation sociétale actuelle c’est de relancer une école de la réussite et pas de l’échec, de développer l’envie « d’apprendre à apprendre » en utilisant à cet effet tous les supports dont on dispose, de récompenser les efforts et pas forcément toujours la seule réussite scolaire.

PISA ne mesure pas ces paramètres. Comme il ne mesure pas l’autonomie, l’esprit critique et la responsabilité. La pédagogie de plus en plus figée se contente de délivrer au gré des réformes un savoir qui devrait être uniforme quel que soit le contexte et les conditions d’enseignement. La faillite du système où on cherche à reproduire ce qui a fait son propre succés.

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Cet article a 3 commentaires

  1. Nicole Coste

    Bonjour Apprendre à apprendre » quelle belle résolution! Il me semble avoir déjà entendue cela dans la pratique d’une « certaine pédagogie » pourtant regardé avec suspicion par d’autres éducateurs! Membre du groupe Freinet, instit depuis 1965 (oui je suis légèrement plus ancienne que vous, mais girondine moi aussi)on en a fait du tâtonnement expérimental dans nos classes! Grande lectrice j’ai essayé de communiquer cet amour à mes élèves mais ai-je réussi? Il y a peu je cherchais avec une collègue où étaient nos erreurs dans notre enseignement pour arriver à de tels pourcentages de mauvais lecteurs? La multiplication des photocopies, la généralisation du moindre effort pour un résultat rapide y sont pour beaucoup. Il y a d’autres raisons et il faudrait vite y penser mais surtout appliquer. Ce ne sont que quelques réflexions d’une vieille instit qui aimerait tant que le niveau mais surtout que l’amour de l’étude mais aussi de la passion pour le métier d’enseignant redevienne priorité.

  2. Pierre PANCRACE

    Dans les années 70, pour les élèves en CM2, on a voulu leur apprendre à calculer en base 2. Le motif invoqué fut que, comme l’on allait vers l’ère de l’ordinateur roi, celui-ci comptait de manière binaire et qu’il fallait que ces élèves fassent de même. Comme moyen de perturber le cerveau d’un môme de 10 ans cela se pose là. En 6ème, les collégiens ont eu droit aux maths « modernes » et à la théorie des ensembles. J’ai découvert il y a peu que ces maths avaient été promues par une commission de mathématiciens dite « Commission Lichnerowicz » du nom de son président. Celui-ci considérait que les maths « anciennes » n’étaient bonnes que pour les géomètres et les arpenteurs – bonjour la suffisance et bonjour le mépris ! L’objectif avoué (mais pas aux parents…) était d’insuffler aux enfants de 12 ans l’art de raisonner de manière abstraite… Bref ! De la folie furieuse pure et simple ! N’ayant absolument aucune base sur laquelle s’appuyer j’ai subi toute ma scolarité en collège et en lycée sans comprendre de quoi on me parlait.
    Au delà de mon cas personnel, on peut simplement constater que l’Education Nationale n’est pas autre chose qu’un combinat soviétique chargé de produire du bachelier de manière stakhanoviste. Or on sut bien plus tard que tout le charbon produit, en théorie, par ce brave mineur, était impossible à réaliser pour un homme seul et que les chiffres étaient bidonnés.
    L’éducation nationale Française est donc bien une institution stalinienne dont le mensonge constitue les fondations de cet édifice. Celui-ci est en train de s’écrouler et va finir par faire écrouler la France avec lui !

    Enfin, je crois que l’Ecole Française est irréformable car le près d’un million de professeurs qui la composent sont, au fond, très satisfaits de celle-ci malgré leur expression d’un mécontentement permanent. Je vois que nous avons eu à partager des expériences communes. Je suis de votre avis sur le fait de ne pas dégoûter les élèves dès le début. Or l’éducation nationale fait tout le contraire et ce, pour deux raisons. La première est l’idéologie. Les maths modernes et autres délires n’avaient pour but que de rendre les parents totalement incapables de venir en aide à leurs propres enfants. L’idée sous-jacente, hautement perverse, était que les enfants de « bourgeois » ne puissent plus avoir l’avantage sur les enfants de « prolos » en raison du background intellectuel de leurs parents, ceux-ci étant cadres ou professions libérales. L’égalitarisme « y qu’ça de vrai ! » comme aurait pu le dire le ministre délégué chargé de l’enseignement professionnel sous Jospin, à savoir, Jean-Luc Mélenchon…
    La deuxième raison était complémentaire de la première. Une fois les enfants de « bourgeois » éliminés, les enfants de profs pouvaient enfin être les meilleurs puisqu’ils profitaient de l’aide de leurs parents. Par « meilleurs » j’entends « meilleurs » dans la capacité de se fondre dans un moule totalitaire et étriqué directement inspiré des manuels scolaires soviétiques car, dès la petite enfance, les enfants de profs sont formatés dans une certaine façon de concevoir le monde. Le pourcentage d’enfants de profs reçus aux concours des grandes écoles est d’ailleurs tel, qu’il devrait susciter nombre de questions… De plus si on juge un arbre à ses fruits, les « Zélites » qui nous gouvernent ne sont pas autre chose que des « singes savants ».
    Depuis que vous et moi sommes allés à l’école, celle-ci n’a fait qu’empirer ainsi que cet article le confirme. Il s’agit d’une tendance lourde sur le temps long. Il ne s’agit nullement d’un accident de parcours, mais d’une volonté délibérée de vouloir « fabriquer » un Homme nouveau, projet qui a toujours été celui de la gauche depuis que celle-ci existe. J’en veux pour preuve le fait que ces délires n’ont pas seulement touché les maths, mais également le Français (méthode globale), l’Histoire (suppression de la chronologie et de « Nos Ancêtres les Gaulois » remplacés par l’esclavage et le colonialisme). Idem en géographie et en SVT (acronyme affreux pour biologie) mais qui s’est vu affublé d’un T pour formater les jeunes esprits pour en faire de futurs Greta Thundberg adorateurs de Gaïa.

  3. faconjf

    Bonjour,
    je vous mets le mot du jour de Natacha Polony qui me semble intéressant même si il enfonce des portes ouvertes.  » L’École française va mal. Les classements internationaux le disent, les professeurs le vivent et les familles le constatent : le niveau baisse, les inégalités se creusent et la promesse d’émancipation par le savoir s’efface. Mais répondre à ce désastre par la nostalgie, en rêvant d’un retour à l’école d’autrefois, à ses examens couperets, à son autorité de façade et à sa sélection sociale, serait une nouvelle erreur.

    Ce qu’il faut retrouver, ce n’est pas l’École d’hier, mais son ambition, celle de transmettre à chaque enfant les savoirs fondamentaux, former des esprits capables de comprendre le monde et faire de l’instruction le premier instrument de la démocratie et de la promotion sociale. Pour cela, cessons les guerres idéologiques et regardons enfin ce qui fonctionne. Une grande nation ne peut se résoudre à sacrifier une partie de ses enfants. La France aura besoin de toutes les intelligences, de tous les talents et de toutes les énergies pour construire son avenir. »
    Élève Polony, discours grandiloquent mais qui passe à coté de l’essentiel, à savoir selon l’étude  » Comme en 2022, la France fait partie des pays avec des fortes inégalités de performances selon les origines sociales des élèves.  » Pourquoi ne pas mentionner ce « léger » problème ?
    Pour calculer cet indice, les auteurs du classement distinguent les élèves en quatre catégories, de la plus aisée à la plus démunie.

    Ils observent ainsi qu’en sciences, le quart d’élèves les plus favorisés devance de 100 points celui des élèves les moins favorisés. Une valeur supérieure à celle observée dans les autres pays de l’OCDE, puisqu’en moyenne, dans les 91 pays et régions étudiés, cette différence est de 85 points.

    Par ailleurs, les élèves français issus des milieux favorisés sont particulièrement concernés par cette baisse du niveau scolaire, notamment en mathématiques. Le niveau dans cette matière a diminué de 38% chez les élèves les plus favorisés, contre 22% chez les plus défavorisés. En revanche, les auteurs notent une amélioration en sciences, où l’écart entre les élèves favorisés et défavorisés s’est réduit. Ces derniers « peuvent être considérés comme résilients sur le plan scolaire car, malgré leur désavantage socio-économique, ils obtiennent d’excellents résultats par rapport aux autres élèves de leur pays », notent les analystes.
    Les auteurs du classement Pisa se sont également intéressés aux moyens humains et matériels alloués aux élèves. Il ressort qu’en 2025, 45% des élèves français étaient scolarisés dans un établissement concerné par un manque de personnel enseignant. Ce chiffre, supérieur à la moyenne de l’OCDE (39%), a toutefois diminué par rapport à la dernière évaluation (67%), note le rapport.

    En revanche, la situation a empiré en ce qui concerne les moyens matériels. En 2025, environ 20% des élèves français fréquentaient des établissements dont les chefs ont signalé qu’un manque de matériel pédagogique, comme les manuels scolaires, l’équipement informatique, du matériel de bibliothèque ou de laboratoire, « entravait l’enseignement » (contre 15% en 2022). Côté infrastructures, 25% des élèves évalués étaient scolarisés dans des établissements manquant de place, de système de chauffage, de climatisation ou d’éclairage. En 2022, cette proportion était de 19%.
    L’OCDE alerte également sur l’usage de l’intelligence artificielle (IA) dans le cadre scolaire, dénonçant une corrélation entre l’utilisation accrue de l’IA et de faibles résultats en sciences. « Ceux qui ont de meilleures performances en France sont ceux qui n’utilisent jamais l’IA », observe Eric Charbonnier, analyste éducation à l’OCDE.
    Après ce terrible constat pour l’Éducation Nationale qui représente un budget annuel de 63 milliards d’€ que faudrait-il faire? Avec une baisse annuelle des effectifs élèves qui atteindra 1.7 million en 2035, la question de l’augmentation des moyens est-elle la bonne?? Ne faudrait-il pas envisager d’autres pistes ?
    Je vous laisse y réfléchir …
    Cette étude comparative intra-européenne laisse planer le doute :
    https://fr.euronews.com/business/2026/08/28/quels-pays-europeens-depensent-le-plus-pour-leducation-et-est-ce-rentable
    bonne journée

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