La rentrée dont la date a varié au fil des réformes décidées par des Ministres souhaitant plaire à un électorat parental indispensable à leur réélection reste un moment privilégié de l’année. Bien des décisions sont liées aux caprices des autorités hiérarchisées gérant le système pyramidal de ce qu’un « traître » à la cause enseignante si l’on en croît la levée de boucliers que suscita sa comparaison avait baptisé le « mammouth ». Dans ma carrière d’instituteur « ordinaire » j’eus à rencontrer quatre inspecteurs du primaire ce qui donne une moyenne de un tous les 9 ans. Quatre « inspections » dont je voulais nous narrer le déroulement.
La première eut lieu à Castillan la Bataille en novembre 1967. Elle était obligatoire car le directeur mineur que j’étais n’était même pas titulaire de son CAP lui permettant d’enseigner. Celui à qui mes collègues peu bienveillants qui le connaissaient bien avaient attribué d’un sobriquet peu amène attendait ce jour avec impatience. Il avait été très vexé de n’avoir pu trouver un directeur des environs ravi de « monter » dans l’école canton ». Il comptait bien se payer le jeunot qu’on lui avait envoyé contre son avis.
Il débarqua avec… la directrice de la nouvelle école de filles dont j’occupais la classe. Les querelles avaient atteint un tel niveau que la « mixité » avait été supprimée pour séparer les enseignants qui se vouaient une détestation terrible. En pareilles circonstances il y aurait dû y avoir un trio mais personne n’avait voulu participer à la séance. La veille au soir ma « collègue » était venue m’assurer de son soutien tentant d’obtenir quelques informations sur ce que je comptais présenter pour cet examen. Je restais en retrait?
Je n’avais pas eu à me prononcer sur le niveau auquel j’exercerais pas plus que sur la composition d’un groupe de 35 gamins dont certains redoublaient après avoir été sous la coupe l’année précédente de la Directrice examinatrice. Après les séquences de la matinée l’Inspecteur voulu contrôler mon cahier journal, celui de l’appel quotidien et les registres de l’école. Sa « complice » n’alla quérir que les œuvres des élèves qu’elle avait eus sachant très bien qu’ils ne seraient ni à mon avantage ni au leur. Il me tança sur leur niveau que je n’avais pas su relever en deux mois.
D’autres coups tordus conduisirent l’Inspecteur qui avait quelques temps auparavant « assassiné » par une note minable mon instituteur adepte remarquable de la « vraie » pédagogie Freinet celle de l’effort, de l’autonomie et de la responsabilité à laisser planer un doute sur l’attribution du CAP. Avec condescendance et il me l’accorda avec un point au-dessus de la moyenne pour bien marquer sa désaprobation de ma venue. Je m’inclinais. Je ruminais ma vengeance.
Dans les semaines suivantes il établit un rapport d’inspection visant l’instit’ du CM2 qui était selon lui la cause de tous les maux de la localité. Pour le détruire (c’est ce qu’il croyait!) il rédigea sa diatribe en l’accusant d’avoir dispensé une leçon de géographie en ayant confondu La Seine et la Loire, ce qui était bien évidemment faux. En tant que Directeur je devais contresigner ce document. Je sollicitais un rendez-vous et je lui annonçais que je refusais d’apposer ma signature sur un tel rapport. Il le prit de haut (il mesurait vingt-cinq centimètres de moins que moi) . IL me menaça de courriers à l’Inspection Académique pour dénoncer mon insubordination. Il n’alla pas très loin quand je lui indiquais que bien que Directeur je n’étais pas légalement majeur et que donc… je risquais de rendre nul son ouvrage vengeur. Il marqua un temps d’arrêt car il ne s‘attendait pas à pareille situation. Tous mes actes étaient illégaux ! Il ne sut que répondre et garda son texte par devant lui.
Lors de mon audience de novembre 67 le Directeur de l’École normale je rendis compte dans un récit détaillé de ces événements. Son visage se durcit et son regard devint sombre. « Ne vous inquiétez pas je règle ça rapidement ! » Il tint parole ! Quine jours plus tard je reçus un arrêté de l’Inspecteur d’Académie qui me déclarait « administrativement majeur » pour les actes de Directeur lais je restais mineur pour le reste ! Ainsi je devais aller chercher mon salaire en liquide à la perception puisque je ne pouvais pas ouvrir de compte en banque. L’imbroglio de mai 68 ne simplifia guère la situation. En attendant le contestataire intelligent du CM2 ne reçut jamais son rapport d’inspection. C’était pour moi une première vicyoire sur cette hiérarchie de base qui ne jouait jamais son rôle.
Nous eûmes un dernier conflit quelques jours avant les grandes vacances. Lors du concert terminant l’année scolaire, mes collègues me convainquirent dire un mot d’adieu (j’étais incorporé illico dans l’armée après… mai 68) sur la scène Je rédigeais sur un morceau de Bristol un propos que je dissimulais dans le creux de ma main. Les lumières de la rampe au sol m’empêchèrent de lire mon message. J’improvisais et me lançais : « j’espère avoir laissé à mes élèves le goût de la…lutte ». Le scandale éclata au premier rang où étaient installés le Maire, conseiller général gaulliste orthodoxe, l’Inspecteur, la directrice et son mari le percepteur, le directeur du collège et les autres autorités ! C’était le samedi 23 juin…. Et le lundi 25 juin l’Inspecteur débarqua dans ma classe juste avant la sortie après m’avoir prévenu par téléphone ! Il s’installa à mon bureau devant les élèves interloqués. Je me préparais au pire… (à suivre)
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