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« Instit’soit-il  » : le goût de la lutte ou de l’effort

Dans la chronique précédente je vous ai laissé au moment où à quelques jours des vacances ayant suivi mai 68, l4inspecteur de l’Éducation nationale débarqua dans la classe dont j’avais la charge après un mot qu’il considérait comme subversif dans la bouche d’un instituteur : lutte. Il avait annoncé son intervention une demi-heure avant la sortie. Lorsqu’il se présenta les élèves se levèrent et après s’être assis derrière mon bureau il leur demanda de s’asseoir. J’étais debout à ses cotés attendant de sa part je ne sais quel « contrôle » lié à ma maladresse. J’étais mal à l’aise. La classe se demandait ce qui arrivait. 

Une partie de la ameuse classe quarante ans après 

Il croisa les mains et après quelques secondes qui me parurent interminables il me glissa : « Donnez leur un exercice pendant que nous parlons me demanda celui que les gamins connaissaient très bien car il habitait Castillon. Je fus pris au dépourvu. Je pris le premier livre de classe devant moi et j’annonçais ! : « Prenez votre manuel de calcul pagé 87 et votre cahier de brouillon pour faire l’’exercice 7 ! » Je sentis un certain flottement dans les rangs. Bien des élèves avaient déjà rangé leurs affaires en ces jours précédant les vacances. Il y eut même un brouhaha de mécontentement. Je vis un sourire poindre sur le visage de on visiteur. Tant bien que mal la troupe se mit au travail quand tout à coup une voix nasillarde s’éleva.

« M’sieur moi je ne le ferai pas ! » C’était Christian un élève asperger surdoué que m’avait confié sa mère institutrice à l’École maternelle voisine. Christian était une « attraction » que nous aimions taquiner lors des récréations en lui posant des « colles » qu’il résolvait en quelques minutes. C’est ainsi qu’il était capable de réciter tous les noms de pharaons égyptiens dans l’ordre de leur règne ! Il écrivait déjà de manière superbe et j’avais conservé deux textes de lui sur une cité lacustre imaginaire qu’il avait installé dans une flaque d’eau et sur l’enfer aperçu dans l’âtre de sa cheminée.

Lors des cours de morale professionnelle qu’il dispensait Ernest Monlau nous avait mis en garde contre le danger que pouvait constituer dans certains communes de Gironde, la présentation des guerres de religions et notamment l’épisode terrible de la saint Barthélémy. Je m’était particulièrement préoccupé du choix des mots lors de ma leçon à Castillon. J’étais satisfait de moi quand après avoir décrit le massacre j’essuyais cette remarque dévastatrice de Christian qui relativisa ma réussite : « Ben M’sieur avec tout ce sang dans les rues ce sont les chiens qui devaient être contents ! » Alors quand il refusait de se pencher sur un exercice j(avais tout à craindre

Malgré toutes mes injonctions devant la classe qui attendait le résultat de la position de leur copain, il persista : « M’sieur je ne ferai pas cet exercice ! » L’inspecteur jubilait comme une Procureur ayant une preuve tangible de la culpabilité de l’accusé !

Pour que je puisse le contrôler plus aisément le bureau de Christian était collé au mien ! Il était à quelques centimètres de celui qui allait me reprocher d’avoir parlé en public de « goût de la lutte » donné à mes élèves ! « Laissez moi faire m’expliqua mon hôte indésirable . Il connaissait depuis son plus jeune âge celui auquel il s’adressait. Christian ton maître te demande de faire cet exercice, tu n’as pas à discuter : tu le ais un point c’est tout ! » La réponse fusa : « Non je ne le ferai pas. Un dialogue de sourd s’engagea et le gamin de varia pas d’un iota. Chaque refus aggravait mon cas. Une dernière tentative et une question de l’inspecteur : « Et je peux avoir pourquoi tu refuses de aire cet exercice ?

– Parce que le maître nous l’a déjà donné et comme je l’ai fait juste je ne vois pas pourquoi je le referai ! »

Imparable. L’Inspecteur était renvoyé dans ses cordes. Il ne savait que dire. « Travail libre ! » annonçais-je à la classe ravie. Christian se leva et se rendit vers la table où il avait ses livres de quatrième de physique et chimie qui le passionnaient. L’incident avait duré quelques minutes. La cloche retentit et la classe se vida rapidement. Je me retrouvais seul pour une leçon de morale. Je montrais à celui qui me la donnait le mot que j’avais écrit : « je voulais dire le goût de l’effort car on apprend pas sans effort !

Mais c’est très différent… Je suis bien d’accord avec vous. Vous devriez apprendre à parler en public et à mesurer vos paroles ! Au fait où allez vous l’an prochain ? Vous ne restez pas à Castillon

– Non j’ai demandé Créon mais je pense que je serai appelé au service militaire.

– A Très bien. Alors bon vent ! » Il me tendit sa main molle et s’éclipsa comme il était arrivé discrètement. Depuis ce jour-là j’ai compris que l’un des principes hiérarchiques dans la maison éducation c’est que quand quelqu’un vous ennuie l’une des solutions c’est de le promouvoir où l’envoyer ailleurs ! J’en ris encore .

J’ai revu Christian quarante ans plus tard. Il ne se souvenait plus de cette aventure et de m’avoir dans le fond sauvé la mise. Il était alors professeur de français dans un grand lycée parisien. Il ne savait ni conduire, ni remplir un chèque, ni acheter un billet de train… mais il connaissait parfaitement l’Araméen et toutes les autres langues mortes. Je pense souvent à lui !

Une partie de la classe quarante aans plus tard… sur le bandeau 

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