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Y-a-le feu pour s’adapter aux évolutions climatiques

Chaque année il faudra s’habituer à des réactions ou des commentaires relatifs aux incendies ravageant des milliers d’hectares. Depuis le début de 2026 les surfaces brûlées sur une période identique à celle que nous vivons ont doublé. L’importance des dégâts ne cesse de progresser et surtout les feux révèlent les failles de notre capacité à contenir de tels événements. Encore une fois la conjonction de facteurs climatiques humainement ingérables (température, humidité et vents) provoque des situations angoissantes. En sachant que ce contexte ne devient catastrophique que quand une intervention humaine enclenche l’incendie. Dans 90 % des cas une faute ou une erreur sont en effet à l’origine des flammes.

Durant une vingtaine d’années j’ai siégé avec diverses responsabilité au sein du Service Départemental et de Secours de la Gironde. Ce fut un « combat » permanent car le système actuel de financement et même de fonctionnement dont des parlementaires ou même des ministres ont promis à maintes reprises la modification, ne correspond plus à la réalité du terrain. Les risques couverts par les sapeurs-pompiers ont bien évolué en trois décennies. L’exceptionnel devient ordinaire et les réponses obligent à des moyens humains et techniques de plus en plus conséquents. Or le budget est alimenté en quasi totalité par les finances locales ce qui créée une indéniable inégalité territoriale.

Comme dans bien d’autres secteurs de la vie sociale, ce sont les communes, les intercommunalités et les départements qui payent mais c’est le représentant de l’État qui… commande in fine lorsque les événements prennent une dimension anormale. Tout est à son appréciation. En effet le Préfet est le seul habilité à solliciter des renforts et surtout à activer la sécurité civile. Les Sdis ont parfois des accords de défense solidaire réciproque qu’ils ouvreent si les feux prennent une ampleur locale qu’ils ne maîtrisent pas. Au-delà les colonnes venant des autres régions ou des autres départements sont activées par le Préfet. Il en est de même pour les Canadairs et les autres moyens héliportés.

Le vrai problème c’est que ces dispositifs sont extrêmement onéreux et que « qui décidé paye ». Les moyens engagés par le Préfet sont payés par l’Etat. La Sécurité civile a en plus une vision nationale de son rôle. Elle a un budget annuel n’évoluant plus avec les dangers à traiter. La France est l’un des pays européen possédant la flotte de Canadairs la plus modeste. Pour le moment l’État détient « 25 aéronefs », dont 12 Canadairs CL 415 dotés d’une charge d’eau allant jusqu’à 6 000 litres auxquels s’ajoutent 6 « Dash 8 » opérationnels qui peuvent emporter jusqu’à 10 tonnes de produits « retardant » et 3 avions Beechcraft qui servent à des liaisons diverses. C’est une flotte théorique car il faut tenir compte des pannes, des révisions, des indisponibilités et du temps de repos obligatoire des pilotes.

Leur base opérationnelle se situe à Salon de Provence. Or désormais les incendies avec le réchauffement climatique ne concernent plus seulement le Sud de la France mais tout le territoire qui pour la première fois dans l’histoire a été placé il y a quelques jours en alerte générale. C’est donc la bagarre pour disposer de ces avions qui, s’ils n’éteignent pas un feu, le freinent ou l’affaiblissent afin que les moyens terrestres puissent agir. En ce moment il faut que l’état-major de la Sécurité civile jongle pour couvrir les sinistres en cours avec les aéroplanes disponibles. La limite de la rupture a été atteinte et le sera malheureusement très régulièrement.

Le recours à des renforts européens a donc été nécessaire. Depuis 2019, un mécanisme de protection civile dit RescEU existe. La Croatie, la France, la Grèce, l’Italie, l’Espagne et la Suède ont constitué une réserve de 12 avions et de 1 hélicoptère bombardier d’eau qui sont mis à la disposition d’autres États membres de l’UE en cas d’urgence. C’est peu.  l’Espagne possède une flotte plus conséquente de 18 Canadairs de capacité différente. De son côté, la Grèce compte 20 appareils dont sept CL-415 et treize CL-215. La Croatie peu en aligner 4 avec 3 Air-tractor en plus. Proportionnellement à la surface des forêts à défendre la comparaison est peu avantageuse pour la France.

Ce cheminement complexe qui part de la caserne locale parfois essentiellement desservie par des sapeurs-pompiers volontaires dévoués mais pas toujours disponibles car ils travaillent, en passant par le Sdis départemental, le représentant de l’État pour arriver au Ministère de l’Intérieur et finir à l’échelle européenne devient très lourd lorsqu’une période défavorable se généralise. Il faut aussi convenir que la raréfaction des moyens financiers à tous les étages ne va pas faciliter des réponses massives, rapides et adaptées dans un avenir qui ne s’annonce pas des plus paisibles. Mais c’est ainsi : on anticipe pas grand chose et on réagit avec le dévouement de femmes et d’hommes toujours à la limite de leurs moyens. 

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Cet article a 2 commentaires

  1. pontoizeau-puyo Martine

    Bonjour Jean Marie,

    J’ai toujours entendu dire « GOUVERNER, C’EST PREVOIR ».
    Il se trouve que le gouvernement actuel et les précédents ont effacé ces quelques mots de leur vocabulaire.

    Reste au frais. Amicalement

  2. faconjf

    bonjour,
    @pontoizeau-puyo Martine nous fait remarquer que « gouverner c’est prévoir ». Devant un sujet aussi brûlant la lecture du rapport parlementaire (paru le 2/07/2025) de LA COMMISSION DES FINANCES, rapport visant à mieux définir la stratégie de renouvellement de la flotte aérienne de la sécurité civile me laisse sans voix.
    Il est ici https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion_fin/l17b1660_rapport-information#
    On y apprend que:
    « -La situation la plus critique est celle des Canadairs, dont la moyenne d’âge est aujourd’hui de 30 ans. Leur exploitation intensive, notamment en mer (ce qui accélère leur corrosion alors que ces appareils ont été originellement conçus pour écoper en eau douce), rend nécessaire un important travail de maintien en condition opérationnelle (MCO). En découle une disponibilité des appareils très insuffisante, aucun avion n’ayant été en état de voler certains jours durant l’été 2024. Ces avions sont également confrontés à une indisponibilité des pièces détachées au niveau mondial, d’autant qu’aucun appareil n’a été construit depuis 2015 et que des incertitudes pèsent sur la capacité de relance de la production de nouveaux appareils et le respect de leur calendrier de livraison.
    De manière générale, les Canadairs reposent sur une architecture initiale qui date des années 1960 et qui ne semble plus adaptée aux enjeux et difficultés actuels de la lutte contre des incendies, plus fréquents et plus intenses : leur capacité d’emport de 6 tonnes devient limitée face à l’émergence de méga feux exigeant des moyens de saturation supérieurs, ce qui impose un important rythme de rotation alors que leur vitesse de croisière reste relativement modérée.
    – S’agissant des Dash, les premiers appareils de type « MR », ayant une moyenne d’âge de 20 ans, arriveront en fin de vie aux alentours des années 2035‑2040.
    – S’agissant enfin des Beechcraft, leur moyenne d’âge de 45 ans rend nécessaire le remplacement rapide de ces appareils, pour lesquels le MCO est de plus en plus complexe, avec des délais de maintenance ayant de lourdes conséquences sur leur disponibilité opérationnelle. »
    Le rapport indique aussi « L’intensification globale du risque incendie sous l’effet du réchauffement climatique conduit à une augmentation de la demande d’aéronefs et à une hausse des coûts de location d’appareils de moins en moins disponibles. Certains avions comme les Canadairs ou les Air Tractors sont devenus rares à la location, en raison d’une production mondiale insuffisante et d’une forte sollicitation dans leurs pays d’origine. »
    En résumé le risque s’accroît et les moyens disparaissent. Avec une prudence de sioux la commission fait remarquer les incohérences quant à la stratégie de renouvellement des Canadairs. Dans son discours sur la lutte contre les feux de forêts du 28 octobre 2022, le Président de la République a annoncé des investissements massifs afin que les douze CL 415 soient remplacés par seize nouveaux appareils d’ici 2027 ([6]). Cet engagement a été confirmé par le Gouvernement dans la LOPMI ([7]), couvrant la période 2023-2027, qui mentionne expressément que « l’achat et le renouvellement de la flotte des douze avions CL 415 Canadair par seize avions bombardiers d’eau amphibie du même type doivent être programmés ».
    L’objectif de l’exécutif était donc bien un renouvellement intégral des douze Canadairs CL 415 par seize nouveaux DHC-515 d’ici 2027 ([8]), comme le souligne l’option d’acquisition de quatorze appareils supplémentaires en plus des deux DHC‑515 commandés prévue par le contrat précité. Le rapport mentionne  » La crédibilité de cette stratégie a également été atteinte par le décret du 21 février 2024 qui est venu annuler près de 53 millions d’euros du programme 161 pourtant destinés à l’acquisition des deux appareils supplémentaires précités. »
    Mais oui, mais oui Choupinet premier ( alias Attal ) a coupé le budget de renouvellement pour respecter ses ordonnances budgetaires … Gouverner c’est prévoir!
    Les rapporteurs spéciaux émettent également des doutes quant à la capacité du constructeur De Havilland of Canada à relancer sa chaîne de production et à tenir le calendrier de livraison des deux appareils commandés, prévue en 2028.
    Les inquiétudes vont aussi sur  » De Havilland of Canada qui est en situation de monopole sur le marché des avions bombardiers d’eau de cette capacité. Ce monopole créé une dépendance vis-à-vis d’un constructeur extra-européen, ce qui pose une problématique majeure de souveraineté et de sécurité opérationnelles. La France et l’Europe ne peuvent se permettre de dépendre d’un fournisseur unique, non européen, pour la fourniture d’équipements aussi stratégiques que les avions bombardiers d’eau… Certains acteurs auditionnés ont ainsi fait part de leurs craintes quant aux rumeurs persistantes d’un « Patriot Act » canadien qui viserait à retenir sur le territoire les premiers appareils produits, en réponse aux incendies records qu’a connu le Canada à l’été 2023. D’autant que, comme l’a souligné la DGSCGC auprès des rapporteurs spéciaux, si De Havilland of Canada continue de favoriser les États, la demande de la part des opérateurs privés augmente.  »
    Tout va bien gouverner c’est prévoir. Plusieurs projets de bombardiers d’eau européens et même Français dorment bien rangés dans des cartons. Ce serait pourtant un bien beau projet qui fournirait indépendance, compétences nouvelles et du travail à haute valeur ajoutée et aussi l’assurance d’avoir les appareils en France.
    Le projet Frégate 100 est un projet porté par la start-up française Hynaero, située à Bordeaux-Mérignac. Cet avion amphibie bombardier d’eau a vocation à concurrencer les Canadairs grâce à une capacité de largage supérieure de 10 tonnes ainsi qu’une vitesse plus importante de 250 nœuds, ce qui permettrait de traiter de plus grandes surfaces. Le Frégate 100 pourrait écoper sur les mêmes distances que le Canadair. Le Frégate 100 serait déclinable en version passagers, fret, secours en mer et patrouille maritime afin de répondre aux besoins de différentes institutions.
    Ce projet semble bien structuré, avec une stratégie consistant à nouer des alliances stratégiques avec de grands industriels du secteur aéronautique (Airbus, Daher, Safran, Thales, etc.).
    Gouverner c’est prévoir, c’est aussi engager les moyens de l’état dans une politique ambitieuse de réindustrialisation dont « on » parle beaucoup et rien de concret ne se passe!!
    Ben oui que voulez-vous l’UE (rss) ne veut pas d’ états interventionnistes, elle préfère laisser brûler les pays que de remettre en question le dogme du libéralisme.
    bonne soirée

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