Le monde du cinéma est en ébullition. La publication d’une pétition signée par 600 professionnels issu de ce milieu et alertant sur les risques encourus par la création cinématographique si un certain Bolloré mettait en œuvre ses thèses d’extrême-droite a provoqué un réflexe « schtrumpiste » du PDG de Canal + . En fait cette polémique beaucoup plus importante sur le fond que sur la forme démontre ce que j’ai écrit depuis plusieurs mois : la France bascule inexorablement vers le trumpisme qui est devenu un mode de prendre le contrôle d’un pays. La multiplication des prises de position issues du monde des gens fortunés ayant des stratégies hégémoniques pèse sur le fonctionnement démocratique.
L’ultra-libéralisme a largement contribué à la constitution « d’empires de pression » sur l’opinion publique. Souvent arrivés au pouvoir grâce à ces pratiques mises au service de leur campagne électorale, les dirigeants actuels ne maîtrisent plus rien. Ils ont « esprit et langue liés » et n’ont aucun moyen d’arrêter une machine à broyer la démocratie qui finira par engloutir toutes les valeurs essentielles du vivre ensemble.
Tout ce qui contribue de près ou de loin au développement de l’intelligence collective, à la culture générale ou citoyenne, à la mise en œuvre de contre-pouvoirs. En créant des holdings médiatiques au service de ses idées, en avalant tous les supports et en élargissant le spectre de son influence avec une myriade de participations soigneusement dosées pour éviter les accusations de fausser la concurrence.
Ainsi ont été consolidées des filières destinés à influencer l’opinion dominante. La première est celle des médias. Elle est en place et tourne à plein régime. La seconde s’installe dans le secteur de la « culture ». On a vu ce qu’il en était dans le secteur de l’édition. Le départ de centaines d’auteurs n’a pas pour le moment modifier la volonté de mettre en œuvre une ligne éditrice uniquement orientée vers la vente de « produits » porteurs des idéaux imposés par le patron.
La prise de position du monde du cinéma n’a pas le même impact. Celle des écrivains venait en réaction au « licenciement » du directeur de Fayard alors que celle des pétitionnaires du septième art était à priori. Un procès d’intention certes lucide mais qui ne repose sur aucun acte concret du bras armé de la création qu’est Canal + et qui a donc provoqué la réaction « sur-indignée » du principal financeur des films français. Une illustration parfaite du Schtrumpisme à la française. Le signal est fort. Immédiatement le RN a bondi derrière celui qui trace le sillon et la droite extrême s’est précipitée dans la brèche.
La stratégie globale s’avère extrêmement méticuleuse. Dans le même temps les attaques contre tous les obstacles pouvant empêcher cette main-mise sur les outils essentiels au maintien de la diversité des opinions, des cultures, des politiques ont mises en œuvre. Le fameux rapport de la commission parlementaire sur l’audiovisuel public n’a pas d’autres buts que de discréditer, démanteler et faire disparaître un service public qui résiste.
Les publications massives de livres portant le nom des figures symboliques de la droite ressemblent à une attaque par un essaim de drones idéologiques. Les critiques virulentes sur le rôle du centre national du cinéma ne sont pas le fruit du hasard ! Les freins à l’expansion du réseau bolloresque sont sapés méthodiquement. Impossible que ce ne soit pas une tactique concertée.
Le Schtrumpisme repose sur le pouvoir du fric, le soutien absolu de médias dévoués à la ‘cause », la mise au pas des autres, le sabordage des services de l’État, la traque des intellectuels supposés hostiles (la déclaration du patron de Canal + ressemble à celle de Mac Carthy), la haine de la diversité culturelle, la stigmatisation de l’immigration et la volonté d’annihiler toute résistance potentielle. Les vrais symptômes d’une épidémie que personne ne sait enrayer. Obsédés par une élection présidentielle qui s’annonce les politiques égocentriques et apeurés par l’idée de s’opposer au système n’abordent pas cette mutation dramatique.
« Il n’aura échappé à personne que le postulat démocratique affirme que les médias sont indépendants, déterminés à découvrir la vérité et à la faire connaître ; et non qu’ils passent le plus clair de leurs temps à donner l’image d’un monde tel que les puissants souhaitent que nous nous représentions, qu’ils sont en position d’imposer la trame des discours, de décider ce que le bon peuple a le droit de voir, d’entendre ou de penser, et de « gérer » l’opinion à coups de campagne de propagande ». Noam Chomsky a prévenu… mais sait-on s’en nourrir ?
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