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Le duo en tournée exclusive sur la scène du P’Tit Bar

Pas question pour eux de s’asseoir à la table où les habitués de la casse aux canassons susceptibles de leur rapporter un gain supérieur à quelques dizaines d’euros. Le duo qui a des habitudes de vieux couple refuse le demi de mêlée. Ils n’ont aucune honte à s’afficher échangiste : « Tu m’offres un petit coup et je t’en offrirai un autre ». Et si un troisième larron souhaite participer à la tournante, il sera accueilli à bras ouverts. On le trouve au plus près de la mise en bière ce qui ne génère pas sa part une gêne particulière. Pas avare de phrases cultes, l’un des deux affirme qu’en « réduisant la distance du service il évite le réchauffement du contenu du verre ». D’ailleurs il n’est pas parvenu à son point de ravitaillement qu’il est servi. Au-delà d’une minute de retard il proteste lançant quelques considérations sur le manque de considération qui l’affecte. Ce sont des aristos de la mousse !

Le matin de bonne heure le « chat noir » comme l’appellent avec une pointe de crainte de le voir s’approcher de l’automate d’enregistrement des pari, les éminents spécialistes du quinté ou des savante combinaisons, passe s’offrir un petit noir. Les mauvaises langues (et croyez-moi il y en a au P’Tit Bar) prétendent qu’il profite du peu de monde pour encaisser quelques euros de gain ou pour jouer en toute discrétion afin d’éviter les quolibets sur ses choix. Ce n’est pas forcément vrai mais ce n’est certainement pas faux.

Il est vrai que des moqueurs masquant leur propre incompétence s’amusent à solliciter de sa part ses favoris du quinté afin disent-ils de ne pas les jouer. Quant à son compagnon il se fend tous les jours d’une pièce de deux euros qu’il confie en placement improductif à celui qui multiplie les tickets pour s’offrir le lendemain la fierté d’avoir au moins un cheval imprévisible à l’arrivée. Il arrive parfois que seul le droit de rejouer lui soit accordé avec de manière exceptionnel un billet vite converti en « demi portion » ! « Nous sommes actionnaires à fonds perdus du PMU » avoue-t-il mais compte tenu de la faiblesse de sa mise le retour au bénéfice de cette institution n’est pas pour demain.

Ces « Starsky et Hutch » version Tontons flingueurs cultivent une passion commune : la pétanque. Il pratique les boules ensemble ou parfois ils s’associent à un autre partenaire. Les hasards des tournois les conduisent à s’affronter. Un vrai bonheur de deviner quel est celui qui a gagné. Le regard fixe, concentré sur le col blanc de l’un et les éclats de joie de l’autre dégustant sa blonde sous pression donnent des indices précieux. Cette doublette qui tient à son standing et il est important de savoir décoder. Une annonce triomphale d’une participation à un quart de finale en concours doit être tempéré par une précision non fournie spontanément. Il s’agit de la consolante de la consolante regroupant les éliminés des étapes antérieures. Mais peu importe un quart s’arrose avec un demi ! Chaque expédition est une épopée racontée avec de multiples détails et un sens de l’auot-dérision bienfaisant. Eux aux moins n’ont jamais les boules après leur échec ! 

Les prolos pétanqueurs du P’Tit Bar soignent en toutes circonstances leur image de marque. Lorsqu’ils se déplacent sur des terres inconnues pour affronter des « tribus » plus ou moins accueillantes ou qu’ils s’aventurent sur des aires désertiques où les « caravaniers » effectuent des razzias nos Dupont et Dupont du cochonnet soignent leur look. Même tee-shirt leur permettant de devenir plus célèbres par leur habillement que par leurs résultats. Le bob stylé avec des badges soigneusement choisis leur permet d’économiser lorsque le soleil s’invite sur les terrains. En les protégeant des rayons insidieux il leur évite des coups de pompes et des passages trop nombreux à la « station service » où l’on noie ses déceptions ou l’on célèbre ses victoires.

Le temps passe au bout du comptoir où l’on refait le monde à coups de bons mots. L’actualité locale ou la géopolitique n’ont pas de secrets. Les réflexions synthétiques et sans nuances se succèdent. Tout le monde en profite. Le sport y a sa place. La vie du bar se colore, s’éclaire et chacun repart avec une parcelle de bon sens, une dose d’humour, un trait acéré ou une réflexion susceptible d’entrer dans les fameuses « brèves de comptoir ». D’ailleurs je les note sur un carnet car certaines méritent de rester dans l’histoire locale. Ce sont des personnes ressources irremplaçables.

Si vous passez au P’Tit Bar créonnais venez vers 11h 30 prenez le Sud-Ouest où ce qu’il en reste quand chacun a sorti les pages qui correspondent à sa passion, commandez un café, un rosé, un demi et faites semblant de lire. Ouvrez vos oreilles. Vous reconnaître aisément « Boule et Bill », installés au comptoir de l’amitié et de la simplicité. Vous repartirez avec le sourire. « Je suis ancien combattant, ancien militant socialiste et bistrot. C’est te dire si, dans ma vie, j’en ai entendu des conneries. Mais des comme ça, jamais ! »  Cette citation de Michhel Audiard me convient à merveille. Et le pire c’est que je suis heureux !

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