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Les lendemains qui déchantent de plus en plus

A-t-on perdu la notion même des saisons ? La piste dite cyclable Lapébie ne se découvre pas d’un fil en ce mois d’avril même si le soleil lui fait des clins d’oeil. Les plantes ou les feuilles se hâtent lentement comme ces baigneurs qui mettent un doigt de pied dans la vague pour se persuader qu’ils peuvent y aller. Elle ne grelotte guère et paraît étonnée de ce qui l’entoure. Elle s’emmitoufle dans une écharpe de brouillard. Elle n’attend plus des hirondelles qui feraient le printemps. Du moins celels qui restent. Dans le fond si le vert galant ou discret ne lui monte pas à le tête c’est qu’il faudrait encore un « coup de chaud » pour accentuer l’arrivée de la vie. Les sons précurseurs sont pourtant là. Il suffit de tendre l’oreille pour retrouver les artistes revenus d’une tournée vers les pays où le Roi Soleil occupe la scène

Quelques merles cherchant une jeune promise à « bécoter » s’énervent en mettant leur force dans des annonces vocales dignes de celles Chasseur Français. La queue en l’air ils s’échauffent et lâchent quelques tirades colériques contre ce petit matin frisquet. Leurs rivalités après une sortie en « boîte de nuit » sans grand succès, s’exacerbent . Réfugiés pour un petit-déjeuner des baies restant disponibles dans les houppelandes de lierre tombant d’arbres fatigués, ils s’enfuient en criant leur désapprobation. La promise tarde à se décider.

Il n’y a que les geais pour rivaliser avec eux dans le niveau sonore et donner l’alerte. Leurs criailleries n’affolent pas les « habitués » des sous-bois davantage inquiets par l’absence de pitance en cette matinée de printemps « mi-glace potentielle mi-chaleur effective ». Les passereaux constituent en effet le petit peuple laborieux de la piste. Quelques-uns d’entre eux n’ont pas l’habitude ni les moyens de s’offrir un hiver au soleil. Le « réchauffement climatique » n’est donc pas fait pour leur déplaire. La nuit a été longue pour eux. Faute de dénicher quelques fourmis exploratrices ou de maigres vermisseauxprécoces ils fouillent les feuilles mortes pour se contenter des restes de l’an passé. Ils grattent leur pitance.

Les rouges-gorges appartiennent aux familiers du ruban grisonnant d’un piste ayant pris de l’âge. Dès qu’un rai de soleil frappe à travers les futaies dénudées, le revêtement de leur « table » quotidienne, ces convives frugaux viennent chercher les miettes laisséess derrière eux par les cyclistes effaçant une fringale ou les premiers insectes n’ayant pas le temps de prendre leurs trois paires de pattes à leur « cou ». Les graines oubliées commettant l’erreur de prendre leur temps pour s’enraciner, entrent aussi dans le menu. Il n’en reste que quelques nichées entre les cailloux.

Les petites boules de plumes à la gorge roue sautillent comme si la fraîcheur du sol leur brûlait les pattes. Une danse solitaire qui s’interrompt à l’arrivée d’un intrus dérangeant. Toujours en alerte, ces hôtes des sous-bois reste les plus beaux des compagnons de l’hiver. Ils offrent un ballet qu’il faut savoir observer. Profitant de leur légèreté exceptionnelle les rouges-gorges s’éclipsent au dernier moment vers les buissons d’où ils observent ces étranges créatures en lutte contre le temps qui marchent, courent ou roulent emmitouflées jusque par-dessus les oreilles.

Ces « Pierrots » au rouge plus ou moins vif se faufilent dans les ronciers ou les buissons n’abandonnant jamais l’idée de revenir sur leur territoire. Leur nature peu farouche et leur plumage attractif les ont rendu populaires chez des générations de jardiniers alors qu’ils semblent beaucoup plus prudents dans la nature non aménagée où ils prennent leurs quartiers d’été. En cette matinée d’entre-deux saisons, ils manifestent pourtant une familiarité plus grande. Ce n’est pas de la reconnaissance mais simplement le signe que leur métabolisme n’est pas encore au top et le manque de nourriture les rendent plus vulnérables car moins vifs et moins méfiants. 

Pour l’observateur attentif ces poids plumes défendent avec fidélité leur territoire puisque d’un matin à l’autre on les retrouve souvent aux mêmes heures aux même endroits en toutes saisons. Selon les ornithologues c’est pour eux une question de vie ou de mort que de connaître parfaitement le territoire où ils ont élu domicile. Casaniers par manque de force pour passer l’hiver au soleil ils luttent en permanence pour leur survie. Ils sont ancrés dans nos vies. 

Leur petit plastron plus ou moins rouge, signe de son envie de combattre, appartient à notre quotidien. Modeste, humble, incapable de coups d’éclats ou de comportements susceptibles de passionner les documentaristes, le rouge-gorge me paraît ce matin un vrai trésor. Un rappel d’un temps passé où ils n’étaient pas objet de toutes les attentions.  J’ai une pensée en observant ses congénères en liberté pour celui qui s’aventure parfois pour un « petit tour et puis s’en va » dans le patio de ma maison. J’aimerais tant qu’il devienne mon ami et qu’il me fasse confiance.

Asocial mon hôte ne passe que quand tous les autres consommateurs des Restos du coeur pour oiseaux ont disparu. Il ne m’aime pas. Il refuse de me faire confiance. Les vers de farine que je lui ai achetés l’attirent mais il n’en déduit pas pour autant qu’il est en sécurité. Impossible de l’imaginer familier tellement il a été maltraité par l’homme et les chats qui traînent sur les gouttières. La « loupiote » rouge allumée sur son maigres poitrails s’éteint inexorablement. Son œil rond en éveil se ferme et il entame sa fuite pour ne pas se confronter à tous les maux de la terre. Jusqu’à quand viendra-t-il ? 

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Cette publication a un commentaire

  1. faconjf

    Bonjour,
    « Pas un prestidigitateur n’égale la nature : elle opère sous nos yeux, en pleine lumière, et cependant il n’y a pas moyen de pénétrer ses trucs. » Remy de Gourmont
    A travers mon dernier voyage, j’ai constaté la différence culturelle entre notre peuple et les civilisations Hindouistes. Nous ne prêtons qu’ une attention distraite aux animaux qui nous entourent. Les Hindouistes considèrent que chaque vie est sacrée y compris celle de tous les animaux et pas seulement les vaches. La journée commence pour eux par des offrandes destinées aux chiens et aux vaches qui abondent dans les rues des villes (attention où vous marchez dans les ruelles, le reste du petit déjeuner offrande pourrait vous valoir une douloureuse glissade). Puis ils vont sur les places acheter des graines aux marchands ambulants pour les répandre sur les trottoirs nourrissant ainsi des milliers de pigeons et autres oiseaux . Des sociétés caritatives ont édifié des hôpitaux pour les animaux victimes des accidents de la route. Un service d’ambulance agissant sur 100 km à la ronde ramène les animaux blessés à l’hôpital où des vétérinaires amputent les membres atteints et adaptent des prothèses. Vaches, zébus, antilopes, singes, oiseaux vivent là en attendant leur guérison dans un milieu d’une grande propreté tranchant avec l’environnement normal du pays.
    Quelle surprise de visiter le temple des rats, où des milliers de rongeurs partagent les lieux avec les fidèles et les touristes. Ou encore de pouvoir observer les singes dans les arbres à Delhi, une mégapole qui compte autant d’habitants que la moitié de la population Française. Une population quasi végétarienne qui vénèrent l’unique animal qui avec son lait a sauvé des millions de bébés humains de la famine…
    Nous occidentaux qui nous nous considérons comme les plus évolués, nous massacrons les animaux en pratiquant un sport nommé chasse, nous empoisonnons les insectes dits ravageurs et par ricochet les oiseaux qui ont survécu aux changements climatiques et autres catastrophes, nous polluons l’eau et l’air sans avoir conscience de scier la branche sur laquelle nous sommes.
    Pour garder bonne conscience, on nous enseigne à bien trier nos déchets, déchets qui seront re triés par des petites mains sous-payées par les affairistes du déchet. On nous conjure de laisser nos véhicules polluants au parking pendant que les affairistes du pétrole bombardent les installations civiles sans souci du bilan carbone.
    Le monde occidental est conduit au précipice par des fous qui ne pensent qu’a l’argent.
    « Quand le dernier arbre sera abattu, le dernier poisson mangé, et le dernier cours d’eau empoisonné, vous réaliserez que vous ne pouvez pas manger d’argent. » Cette citation est une prophétie amérindienne.
    Bon je viens de vous pourrir la journée, je retourne observer les oiseaux dont j’ai tant de peine à apprendre le nom de leur espèce…
    Bonne journée

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