Il existe désoramais un décalage complet entre les choix effectués « dans l’intérêt général » par les élus et les souhaits réels de leurs mandants. Le fossé se creuse même chaque jour un peu plus dans cette période de crise où les préoccupations deviennent de plus en plus terre à terre et où les valeurs cèdent devant la déferlante de «l’ efficacité ». Bien des maires ont perdu leur siège sous les coups de boutoir de groupes de pression éloignés des préoccupations liées au climat ou à la culture.
Un exemple vient de la région parisienne où Karim Bouamrane, veut lutter contre les nuisances et la malbouffe dans sa ville de Saint-Ouen. Un combat contre les enseignes qui se multiplient dans les rues principales ou les quartiers mal en point. Il n’est pas le seul à tenter de contrer la prolifération de ce type d’établissements de restauration rapide au nom de la santé alimentaire. Un enjeu qui n’a pas l’air d’être perçu par la population et notamment les plus jeunes comme essentiel.
Le Premier magistrat a fait de cette bataille contre la malbouffe une priorité municipale. Il affirme qu’il doit lutter contre « l’apparition de véritables déserts nutritionnels, où l’accès à une alimentation diversifiée, saine et de qualité devient une exception ». C’est une valeur forte dont nous constatons la disparition quotidienne mais qui n’a aucune prise réelle sur les consommateurs. Pour les spécialistes le « désert alimentaire » se caractérise notamment aux USA par l’impossibilité pour plusieurs raisons dont celle de la raréfaction des lieux de ventes ou de propositions de produits comme des fruits ou des légumes. Nous y allons sans problème.
Durant des années les écolos à l’image de José Bové ont lutté contre les implantations des McDo dans notre pays. J’ai en mémoire le « démontage » de celui de La Sauve au début de ce siècle avant que tout rentre dans le rang. A ce propos j’ai d’ailleurs une illustration de ce divorce parois très profond entre la vision de l’’élu et les demandes de la population.
Lors de la révision du Plan Local d’Urbanisme j’avais souhaité qu’un opuscule questionnaire détaillé soit adressé à tous les foyers de la commune pour connaître leur perception de leur lieu de vie et surtout qu’ils formulent leurs souhaits pour l’aménagement de l’avenir. Un paragraphe était réservé aux équipements complémentaires à ceux qui existaient déjà mais qui leur paraissaient indispensables. La piscine arriva en tête des demandes (47%) ce qui n’avait rien d’étonnant. En rencontre citoyenne de restitution de l’enquête j’ai été contraint d’annoncer que la seconde demande (37%) concernait un McDo ! « Tu comprends quand nos petits-enfants viennent à la maison me confia un retraité ils me demandent d’aller manger à McDo et je dois me déplacer sur des dizaines de kilomètres. » L’argument était admissible… mais pas en accord avec les valeurs du développement communal espéré par les élus.
J’ai tenu des dizaines de réunions de ce type et j’ai toujours été marqué par la différence entre une ambition « politique » et les options de la population. La polémique de Saint-Ouen est révélatrice de ce décalage. Elle questionne sur le rôle de l’action publique. Plus aucun projet ne génère pas des contestations virulentes. En zone blanche de téléphonie on veut bien capter le mobile mais on oppose un refus violent au pylône nécessaire à son fonctionnement. Un collège neuf soulève des tempêtes parmi les riverains. Une déviation routière est demandée mais elle engendre des oppositions virulentes. Tout le monde est pour les installations d’énergies renouvelables mais… ailleurs ! La liste est longue.
Cette distorsion tourne vite au cauchemar pour les élus. Dans le secteur du commerce, les récriminations relatives à la disparition des boutiques dans le centre ville suscitent des campagnes de soutien diverses avec l’aide de pouvoirs publics. Les gens les plus contestataires sont très souvent celles qui ne mettent jamais les pieds chez le boulanger, le boucher ou le marchand de légumes de proximité. Je n’ai jamais entré dans un McDo. Celui de La Sauve cartonne et se place en tête des meilleurs points de vente régionaux. A Saint-Ouen les marchands de poulet pané ont une clientèle et ils le savent. Ils se moquent pas mal des cinq légumes ou des calories engrangées par leurs visiteurs.
Pour expliquer ce phénomène des « fast-food » on trouve plusieurs raisons toutes difficiles à combattre comme par exemple le temps disponible, les prix et les habitudes. Les classes les plus aisées mangent de moins en moins à la maison et commandent plus souvent des repas à domicile. Les classes plus populaires, elles, ont moins de temps pour cuisiner, ce qui est parfois lié à la nécessité de jongler sur plusieurs emplois. Ils réquentent des lieux selon leur niveau de vie.
En outre, de manière générale, les snacks sont moins chers que d’autres types de restauration rapide. Un kebab ou un poulet grillé coûte maintenant moins qu’un menu chez McDonald’s. Et dans le contexte d’évolution du pouvoir d’achat la réalité incite plutôt à négliger la valeur santé pour aller au moins cher ! Sur le plan administratif, il est beaucoup plus facile de créer son snack que d’ouvrir un restaurant ! L’écart entre les coûts d’installation et d’exploitation se creuse. La réalité économique est implacable. Elle se moque des valeurs qu’elle détruit.
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Cette malbouffe est vraiment une régression sociale et culturelle. Nos ancêtres chasseurs-cueilleurs avaient une alimentation certes plus fruste, mais certainement plus équilibrée.
Quant je vois des pub à la télé sur ces produits que l’on ose nommer nourriture, je me demande à l’instar du personnage des Lettres Persanes : « Comment peut-on engouffrer de telles monstruosités ? »