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L’extrémisme violent est le pire ennemi de la démocratie

Je n’ai cessé depuis deux décennies dans ces chroniques au gré de l’actualité de dénoncer la montée inexorable de la violence dans le milieu politique. Exacerbée par des mots de haine, d’exagération qui se distillent au gré des déclarations ou des plateaux des télés décérébrées, nourrie par l’anonymat des réseaux sociaux décuplant contre-vérités et accusations gratuites, aggravée par les déclarations intempestives de ministres de la surenchère, elle envahit comme le chiendent la vie quotidienne. Il n’y a plus aucune mesure dans les déclarations et les comportements. On en est arrivé à la situation extrême de Lyon. Et le pire c’est qu’il y en aura d’autres…beaucoup d’autres! 

Même au niveau local dans la période actuelle, on sent bien une libération de la parole et des actes. Plus rien ne retient les adeptes de la provocation. Ils n’existent d’ailleurs que dans l’outrance. Incontestablement la campagne des municipales portera les traces de cette crise de l’égalité, de la fraternité au nom de « l’égalité du droit de parole » que l’on doit aux porteurs de toutes les idées déviantes. C’est un renoncement moral absolu. Il faut dire que l’exemple vient de haut. Il suffit de ressasser une imbécillité pour qu’elle devienne une vérité. Et à tout moment de déraisonnable l’emporte sur toute vision objective ou au minimum tempérée des éléments de la vie collective. La violence verbale passe par des accusations discrètes mais dévastatrices.

Les racines du mal se situent presque essentiellement dans l’extrémisme religieux ou celui des croyances liées au culte du chef. Aucun esprit critique et illico l’ennemi devient celui qui ne partage pas des pseudo-valeurs héritées d’un obscurantisme morbide. La confrontation des idées n’existe plus dans le monde politique. On s’affronte, se déteste et l’adversaire devient ainsi un ennemi à abattre. L’usage a substitué l’invective et l’agressivité à l’argumentation et la mesure. De tous temps cette perte des repères essentiels au bien vivre en commun que sont le dialogue et le débat ont conduit à des affrontements physiques dramatiques.

Le drame humain de Lyon qui a été précédé de bien d’autres dans l’histoire récente avec des coupables extrémistes clairement identifiés, ne doit en aucun cas marquer un renoncement à critiquer, à agir par la raison et la culture citoyenne contre des groupuscules fascisants.  Il est indispensable de ne jamais à dénoncer les agissements coupables d’autres organisations qui utiliseraient la violence comme moyen d’action. La politique repose sur la capacité que l’on a à convaincre pas à détruire ou à tuer. A cet égard il n’est pas inutile de rappeler que les victimes de toutes les violences méritent le respect mais ceux qui les manipulent ou les exploitent suscitent le mépris. 

Brassens en 1972 dans sa chanson « mourir pour des idées » traitait de l’absurdité du fanatisme sur un ton désinvolte, avec comme son leitmotiv « Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente ». Il faudrait la diffuser tous les jours tellement elle exprime une vraie défiance envers toute idéologie, tout endoctrinement, toute idée oppressive. Il refuse en bon anar qu’il avait été de suivre aveuglément tel ou tel mentor, celui des sectes porteuses d’idées belliqueuses ou ceux des exploiteurs de la pire nature humaine  que l’on « voit venir avec leurs gros drapeaux ». Il avait raison bien avant que n’apparaisse la banalisation de la violence sous toutes ses formes et pas seulement physique.

A Lyon quels que soient les auteurs de cette agression mortelle ils doivent être identifiés, retrouvés et arrêtés. Ils le seront n’en doutons pas devant tant dé pression médiatique. Leur acharnement incontrôlé n’a aucune justification, aucune excuse et ne mérite aucune excuse du genre « c’est pas ma faute c’est lui qui a commencé ». La justice que des voix opportunistes demanderont comme exemplaire alors que depuis des semaines elles clament qu’elle l’est trop à leur égard passera et ce sera un acte républicain indispensable. On verra alors qui s’élève contre ce qui constitue un acte inadmissible. Il reste à espérer que ce processus normal sera appliqué en toutes circonstances aussi dramatiques… et j’attends avec impatience les commentaires du prochain procès des tueurs du rugbyman Frederico Aramburu en septembre prochain.

L’extrémisme de la pensée génère l’extrémisme des actes. Le mérite des démocrates s’est de combattre toutes les formes de violence. Ils n’ont que la force des mots. Il existe des lois et ce sont elles qui fixent la liberté d’expression, la toxicité des propos ou les conditions d’exercice du droit de réunion. Le problème c’est que les infractions s’accumulent avec des spécialistes de l’équilibre pour ne pas franchir la ligne rouge e que la loi n’est plus une règle commune. Les rares sanctions se résument par exemple à des amendes dont les diffuseurs se moquent comme de leur première amende de stationnement.

Si C8, avec ses trente-six mises en garde et sanctions financières diverses, avait été jusqu’en mars 2025, la chaîne la plus « condamné » pour des dérapages de la télé française, elle a depuis été remplacée Cnews qui a déjà réprimandé par l’Arcom à vingt-quatre reprises pour des dérapages volontaires et incitatifs à la haine. Dernièrement le 10 février 100 000 euros d’amende lui ont été infligés pour manquements dans deux éditions de l’émission « l’Heure des Pros 2 été », les 8 et 12 août 2025. Rien à voir direz-vous avec la mort d’un jeune homme à Lyon. Et pourtant ! 

L’imprégnation par les idées extrémistes ne constitue pas une illustration de la liberté d’expression. Au contraire. Elle contribue pourtant à la montée profonde, durable de l’intolérance. Milan Kundera résume une règle politique essentielle : « les extrêmes marquent la frontière au-delà de laquelle la vie prend fin, et la passion de l’extrémisme, (…) en politique, est désir déguisé de mort » (pour une société démocratique). Nous en prenons le chemin.

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Cet article a 6 commentaires

  1. LATRILLE

    Quelle justesse d’analyse – Merci

  2. J.J.

    Ce que je retiens de cette lamentable, déplorable et tragique affaire c’est que les plus acharnés à condamner cette violence sont les clones de ceux qui, il y a quelques décennies pratiquaient sans vergogne ce genre d’activité.
    Ça leur a permis de gagner, malgré leurs sulfureuses origines une certaine respectabilité (enfin, de l’avis de certains qui ont la mémoire courte, une mémoire sélective, ou pas de mémoire du tout).
    Souvenez vous également du comportement tout en nuance des « Camelots du roi » dont on retrouve encore certains héritiers renaissant de leurs cendres en changeant de nom après dissolution : GUD, Zouaves de Paris et autres modèles d’humanisme et de mansuétude.
    Il est vrai que l’on trouve aussi des groupuscules équivalents de « l’autre côté »
    Il reste quand même un gros, très gros et essentiel point à éclaircir : l’identité véritable des agresseurs.
    Ce qui me chiffonne également c’est l’exploitation indécente et les incantations d’une pseudo religiosité débordante.

  3. Gilles Jeanneau

    C’est là qu’on voit que Georges était un grand homme ;
    J’ajoute qu’il ne voulait pas de descendance. Comme il avait raison et jugeait avec justesse la nature humaine!
    Allez, bonne journée quand même…

  4. Christian Baqué

    Il faut être clairs : une campagne de calomnies s’engage contre LFI, venant des sommets de l’Etat, Macron, Darmanin, Nunez..
    En quelques décennies de militantisme, je n’avais jamais vu un tel déferlement de haine, de mensonges grossiers, d’accusations sans fondements, reprises en boucle par les médias aux ordres.
    Rappelons que lors de dizaines d’agressions violentes, d’assassinats, commis par des groupuscules néo-nazis, par des nervis d’extrême droite, les mêmes politiques de droite et médias se sont évertués à blanchir le RN de toute responsabilité !
    Logique : maintenant Retailleau et Sarkozy proposent l’intégration du RHaine dans leur « arc républicain ».
    Qu’en pense le reste de la gauche ? Bien silencieux…

  5. faconjf

    Bonjour,
    contrairement à mon habitude je serai bref et concis (c.n-si ça se trouve;-)). Il est urgent de calmer les propos haineux qui attisent les brasiers merdiatiques. Je propose qu’une grande campagne pour une loi exigeant un casier judiciaire vierge imposé à TOUS les élus! De cette manière les propos racistes, antisémites, homophobes des élus resteraient dans la sphère privée et TOUS les repris de justesse de corruption ou de violences seraient exclus du barnum politique. Mesure proposée et abandonnée par le méprisant avec les effets que chacun peut constater.
    Chaque fois qu’un propos tombant sous le coup de la loi sur les réseaux Associaux est relevé il faut que l’auteur soit banni et qu’une plainte soit déposée par les modérateurs des réseaux sous peine d’être poursuivis pour complicité.
    Notre pays dans la tourmente internationale se divise et c’est une erreur mortelle.
    Bonne journée

    1. J.J.

      Bonjour JF
      Bien d’accord, une inscription au casier judiciaire devrait entraîner l’exclusion à vie de toute possibilité de se présenter à une élection quelle qu’elle soit.
      Quant à peine d’éligibilité elle devrait être prononcée « à vie » également, 5 ou 6 ans d’inéligibilité, c’est de la foutaise. Ça inciterait peut être les politiques à être un peu plus portés à moins pratiquer la magouille et à se conduire honnêtement.
      Amicalement

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