Les fins de règne (ou de mandat dans les cas où existe encore une République) se ressemblent toutes. Il s’agit d’anticiper en trouvant un point de chute pour les « fidèles » de telle manière qu’ils puissent poursuivre leur parcours au sein de l’élite. Dès qu’un poste clé se libère les appétits s’aiguisent. On ressent cette ambiance particulière depuis quelques mois et la tendance risque de s’accélérer.
L’annonce d’un remaniement ministériel annonce des désillusions et… des soulagements. Plusieurs dizaines de députés ont par ailleurs également décidé de rechercher un ancrage local. Il risque aussi d’y avoir des moments imprévus dans le cénacle des élites avec par exemple le départ du Gouverneur de la Banque de France ou la libération prématurée de la présidence de l’institut du Monde arabe.
Le climat politique national a atteint un tel niveau de déliquescence que contrairement à ce que pense l’opinion dominante, nombreux sont celles et ceux qui cherchent l’issue de secours. Il sera en effet très difficile de retrouver un statut similaire à celui que l’on occupe. Les rois distribuaient des « charges » quand la République attribue des « postes ». Il s’agit simplement d’être là au bon moment et d’appartenir à ce que l’on appelait à Moscou la Nomenklatura. Si la Macronie comme de nombreux analystes politiques le prétendent est morte, elle restera ancrée dans les corps constitués ce qui correspond parfaitement à ses origines.
Le gouvernement ayant été depuis quelques temps une escadrille de « pilotes » sur sièges éjectables il sera intéressant de constater combien sauteront en parachute à l’insu de leur plein gré. Il y aura d’abord les postulants à une mairie…avec une ministre de la culture qui résistera jusqu’au dernier jour. Elle laissera derrière elle un dossier de réforme de l’audiovisuel public qui servira à caler le pied bancal d’une caméra. Les démonte-en-l’ait des bijoux du Louvre ne la préoccuperont plus s’ils l’ont un jour vraiment préoccupés. Elle fera sienne avant ses aventures judiciaires annoncées la devise de la capitale « Fluctuat nec mergitur » ce qui lui permettra de continuer à vivre dans le mépris des autres.
Il en est une qui sortira la tête haute. Madame de Montchalin revêtira la robe herminée, en velours noir avec parements en soie faite sur mesures pour la Présidente de la Cour des Comptes. Elle pourra si elle le souhaite y rester jusque dans les années 2050. Elle qui n’a jamais respecté une recommandation ou une injonction de cette docte assemblée pourra à son tour se régaler en taillant des croupières au…futur ministre en charge de la préparation du budget 2027. Ironie du destin politique qui transforme le « lapin » en « chasseur » par un coup de baguette magique présidentielle. Comme tous ses prédécesseurs elle n’aura aucune chance d’être écoutée mais elle se vengera en distillant quelques jugements sévères sur la gestion des collectivités locales.
Heureusement le jeu des « chaises éjectables » permettra de recaser quelques ministres en situation d’échec. Depuis son installation à L’Élysée le chantre du vin français (depuis hier) a nommé sept auxiliaires à sa gestion à Matignon : Édouard Philippe (2017-2020), Jean Castex (2020-2022), Élisabeth Borne (2022-2024), Gabriel Attal (2024), Michel Barnier (2024), François Bayrou (2024-2025) et Sébastien Lecornu (depuis 2025) avec le succès que l’on connaît.
Et ce n’est rien puisqu’il a nommé 252 ministres de plein exercice (ou délégués) pendant ses huit premières années à l’Élysée. Une liste en hausse si on la compare aux dix ans de mandat de François Mitterrand (14 ans de présidence moins 4 ans de cohabitation) : seulement 85 membres. Pour Jacques Chirac (1995-1997 puis 2002-2007), on compte 169 ministres nommés avec beaucoup moins de changements de personnes. Sous le frénétique de la dissolution, au total, 167 personnes différentes ont investi les ministères. Au total on peut considérer que plus de 2 500 membres de cabinets ministériels différents ont occupé le sommet de l’État…
La très grande majorité d’entre eux ont eu comme seul objectif de coller leur nom à une réforme que le suivant s’est vite empressé de détruire pour imposer la sienne. La difficulté du remaniement résidera dans le choix des « finisseurs » comme on dit pudiquement au rugby pour ne pas utiliser le terme « remplaçants ». On a aussi sa pudeur !
D’abord le nombre de candidats à l’élection présidentielle est tellement élevé que le réservoir de noms connus est asséché. Ensuite il est difficile de savoir s’il est utile de pendre un membre de la droite de la gauche ou de la gauche de la droite, de la gauche adroite ou de la droite un peu gauche, de la droite adroite ou de la gauche gauche. Bref le moine soldat devrait méditer cette phrase de Clemenceau : « les cimetières (politiques) sont pleins de gens irremplaçables qui ont tous été remplacés » avant de se lancer dans le ‘reclassement » !
En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian
Subscribe to get the latest posts sent to your email.