La démocratie participative va être mise à tous les sauces électorales. Il est à peu près certain que toutes les listes porteront ce thème dans leur programme. Peu nombreux sont ceux qui sont capables de concevoir une stratégie claire impliquant vraiment les citoyens dans le processus de décision et sa mis en œuvre. Un article dans le quotidien Sud-Ouest récent décrit parfaitement la supercherie qui se dissimule derrière les mots. Il m’a interpelé car il résume ce que je constate.
Lors d’une conférence de presse quinze associations bordelaise ont en effet présenté leur vision d’une pratique très souvent répandue dans le milieu politique mais qu’il dézingue avec réalisme. C’est clair net et vrai : leurs membres veulent « en finir avec la pratique du passage en force », (ils) demandent aux candidats de « s’engager publiquement […] sur une méthodologie pour construire une démocratie argumentée impliquant pleinement les habitants et associations dans les décisions prises ». Je partage l’intégralité de leurs positions.
Pointant collectivement « une communication déficiente », le collectif « Les Voix de Bordeaux » sollicite une rencontre avec les candidats « pour bâtir de nouvelles relations ». Ils veulent aussi connaître « leurs projets urbains pour la future mandature » comme savoir le rôle qui sera dévolu aux associations représentatives des résidents. Ce, afin que la concertation – qualifiée « d’alibi » voire « d’escroquerie » – revête une dimension implicative. Je soutiens leur avis : il faut bannir la notion galvaudée de « démocratie participative » pour lui substituer celle de « démocratie implicative » beaucoup plus exigeante et beaucoup plus constructive d’un vrai « partage du pouvoir » (1)
Tout le système officiel contenu dans les lois actuelles n’a qu’un intérêt limité. D’abord par le caractère obligatoire des pratiques de concertation purement formels (conseil de quartiers, procédures d’enquête publique, processus dit de concertation en matière d’urbanisme, publications officielles…). Les élus appliquent des textes sans aucune conviction et par contrainte. Ils ne veulent surtout pas partager leur pouvoir. Ils écoutent à intervalles lointains (et souvent en situation de crise) et sont soulagés dès que le vent de contestation s’estompe. Ils clament leur esprit de concertation et tournent le dos aux moindres applications du résultat.
Les conseils de quartiers, les réunions en présence des citoyens constituent pour beaucoup des corvées (j’ai des anecdotes savoureuses sur le sujet). C’est palpable : ils ont peur pour certains d’avoir à justifier des décisions sur le fond et pas seulement sur la forme. La mode est par exemple au questionnaire débile puisque ce sont des QCM absurde car totalement déconnectés du contexte local… Ce n’est qu’un moyen de récolter des mails et des contacts !
Ensuite leur concertation se limite souvent à une vision globale de l’action conduite difficilement analysable par l’électeur qui les découvre ou n’a aucune information réelle ou de formation sur les thèmes abordés. L’élu arrive avec un cabinet spécialisé, un technicien zélé et on décline un projet déjà mis en forme sur lesquels évidemment se cristallisent très vite les oppositions. Les réseaux sociaux amplifient illico le différend monté en épingle par un « groupe » parfois peu représentatif mais suffisamment actif. Au fil des années cette propension à mettre les populations devant le fait accompli a complètement sclérosé la notion « d’intérêt général » et surtout de « concertation ».
Enfin la plupart de ces « réunions », « rencontres », « forums » tournent autour des positions individuelles ou des questions d’intérêt personnel qui prennent vite l’importance d’un sujet capital souvent dénué de tout rapport avec la compétence des élus en face de porteurs de revendications importantes pou eux mais sans lien avec la gestion locale. D’ailleurs comment pourraient-ils en être autrement dans une société où on a perdu tous les repères de la vie collective citoyenne ?
Il faut donc changer totalement le sens de ce que l’on appelle la concertation en partant de ce qu’apporte les gens rencontrés dans le quotidien, dans des réunions où ils ont la parole sur un thème après une mise à niveau sommaire mais indispensable d’éducation citoyenne. Il est fondamental de rencontrer, dialoguer, échanger en amont du projet, constituer avec les volontaires (le tirage au sort est une vaste fumisterie) pour le modeler, l’amender, le transformer éventuellement (j’ai des dizaines d’exemples en mémoire) avant de le confier aux techniciens qui devront le concrétiser sur les bases « politiques » définies ! L’implication s’est donner au citoyen la possibilité d’avoir une place dans la décision qui quoi qu’il arrive revient finalement aux élus.
L’idéal comme ce fut durant quarante ans à Créon c’est même de lui confier par convention la gestion directe de ce qu’il a construit. Difficile pour les gens ayant reçu l’onction du suffrage universel d’abandonner ce qu’ils pensent être leur mission. Difficile dit-on de trouver des personnes prêtes à s’engager dans la période actuelle… Plus aisé si leur tâche est de gérer les services du quotidien qu’ils ont eux-mêmes bâtis et dont ils mesurent l’intérêt !
L’avenir passera donc par la « démocratie implicative » portée par l’autogestion associative citoyenne puisque les collectivités n’auront plus les moyens d’une « fonctionnarisation » des services réclamés par la population. Désormais tout se décrète dans la verticalité et les habitants réagissent toujours trop tard en opposition à ce qui a été décidé sans eux ! Le système officiel de concertation locale actuel n’est pas construit avec les citoyens volontaires, les personnes ressources, les structures de proximité et tous les « conseils » qui pullulent sont voués à l’échec (fuite des membres, nombrilisme, exploitation politicienne) et sont sans véritable intérêt pour la vie collective. Ils n’ont vocation que d’exister et de rendre des avis jamais écouté
(1) Le partage du Pouvoir local aux éditions Le Bord de l’eau. Encore en vente sur les sites spécialisés
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Au fil des années cette propension à mettre les populations devant le fait accompli a complètement sclérosé la notion « d’intérêt général » et surtout de « concertation ».
Il y a longtemps d’ailleurs que sévit ce genre de machination : au début des années 80, il avait été décidé la construction d’un nouveau collège dans la commune où je résidais alors.
Étant directement intéressé par le projet comme futur parent d’élèves potentiel de l’établissement, j’avais décidé d’assister à la réunion dite de « concertation » entre les différentes institutions impliquées dans le projet.
Premier impératif : employer une entreprise locale, première entorse : celle qui remporta les marchés était située à plus de 300 km, laissant sur le carreau des entreprises locales en difficulté qui auraient sans doute pu se sauver avec ce projet. Donc elle sous traita allégrement avec des artisans locaux. Exemple un plombier a ainsi reçu la mission de monter le réseau électrique qu’il a fallu refaire, attendu les innombrables malfaçons dues à l’incompétence de l’artisan. Un exemple parmi d’autres.
J’avais rencontré à cette réunion, un voisin, autre futur parent d’élève que je connaissais, entrepreneur de son état, et ensemble nous avions épluché le plan général et noté un certain nombre de critiques (constructives !) visant à l’amélioration du projet.
Lorsque nous avons présenté nos observations à ces « messieurs » il nous fut répondu que de toute façon, nos observations étaient parfaitement inutiles, attendu que le projet était déjà entériné et qu’il était hors de question de changer quoi que ce soit.
Nous avons dû faire usage d’une bonne dose de sang froid pour répondre sans utiliser un langage malsonnant et inconvenant, digne de l’épouse d’un représentant de notre croupion de République.
J’ai lu avec intérêt le sujet de hier et je fais un parallèle avec celui de ce jour, quant à la compétence d’une partie de notre personnel politique et sa compréhension, par exemple, du modèle mutualiste. Je parle de vraies mutuelles, comme la mienne. Prenons l’augmentation de la Taxe de Solidarité Additionnelle, de 13.27 % à ce jour et qui sera augmentée dans le cadre du PLFSS votée par nos députés de 2.05 %.
Comment un député, socialiste, peut-il proposer et faire voter un amendement consistant à bloquer le tarif des mutuelles en 2026 !
Mon cher » camarade », dans ma mutuelle, les décisions sont soumises à l’assemblée générale par le conseil d‘administration et adoptées par l’assemblée générale. C’est ainsi.
En ce qui concerne la démocratie implicative, compte tenu de ce qui précède et des jours sombres qui s’annoncent je pense qu’il faut l’oublier.