La situation de la France ressemble à plusieurs lignes de pêche entremêlées avec au bout, pendu, un seul poisson ni rouge… ni blanc qui se débat hors de l’eau de la mare dans lequel il barbotait malgré le peu de visibilité. Tout le monde sait que si chacun tire de son coté les méli-mélo se serre davantage et finit pas devenir inextricable. La solution consistant à trancher d’un coup de canif l’enchevêtrement des fils pour espérer repartir avec du neuf a échoué. Rien n’est réglé. La situation reste ingérable. Elle s’est même complexifiée ce qui ne permet pas d’espérer une solution pour améliorer la position de celui qui prétend maîtriser l’avenir des pêcheurs.
On sait fort bien que quand on tire chacun de son coté, rien ne bon n’en résulte. Personne ne voulant se comporter autrement en raison de la seule préoccupation de se préparer à la pêche aux voix, il est certain que dans les prochains jour au plus rapide ou deux ou trois semaines au plus long, plus rien ne sera possible. La pagaille s’accentuera et il faudra avoir recours à des solutions extrêmes pour s’en sortir. Comme l’on vit sur les apparences dans le milieu du pouvoir central les « vaincus » et les « pas vainqueurs » font semblant d’avoir tout réglé. Or il n’y a aucune certitude sur ce qu’il sortira de la journée qui s’achève.
L’ordre du jour de l’Assemblée nationale a lancé dès hier après-midi l’examen en commission des finances du projet de loi des finances 2026. Le président est issu rappelons-le des rangs de LFI et le rapporteur de celui des LR. Le RN y règne en maître car il constitue les majorités au gré de ses humeurs. Même si la commission ne donne que son avis elle détricotera bon nombre des propositions contenues dans le texte soumis à son vote. Ce sera une bataille rangée et un premier test sur la cohérence de la stratégie gouvernementale d’ouvrir la discussion.
Lorsque le volet recettes c’est à dire le niveau des taxes, des impôts, des déductions possibles sera évoqué dans l’hémicycle, les amendements pleuvront. Les uns contre les mesures proposées. Les autres pour les remplacer ou les supprimer. Dans tous les cas les résultats seront imprévisibles avec des votes incontrôlables par feu le socle commun. La taxe Zucman sur les hauts revenus reviendra sur le tapis. Le volet recettes ne sera pas probablement adopté et l’examen des dépenses paraît alors très difficile. Une motion de censure nouvelle viendra ralentir les débats ou y mettra fin !
Le pire arrivera avec la loi de programmation du financement de la Sécurité Sociale et le fameux amendement sur la suspension de la réforme du droit à pension qui selon mes prévisions ne sera pas adopté car le RN, LFI et les LR pour des raisons diverses et contradictoires n’ont aucun intérêt à la voter. Le Premier des Ministres en sera marri et le PS découvrira trop tard qu’il a été cocufié. Nouvelle motion de censure et cette fois le titulaire de Matignon pliera bagages. Il aura en charge les affaires courantes. Le Président ne pourra pas dissoudre l’assemblée avant début janvier et après le vote des lois permettant de poursuivre la perception des recettes.
Le chaos institutionnels sera tel que l’on peut envisager l’utilisation de l’artiche 16 de la Constitution. La présence de cet article s’explique par la mémoire constitutionnelle et, en particulier, par le souvenir de la « crise épouvantable » de 1940 : « il n’y avait plus moyen d’obtenir, dans les circonstances où l’on était, un fonctionnement régulier des pouvoirs de la République » dixit Charles de Gaulle. Les conditions de sa mise en œuvre correspondent à un contexte de crise majeure. Il faut en effet « une menace grave et immédiate des institutions de la République, de l’indépendance de la Nation, de l’intégrité de son territoire ou de l’exécution de ses engagements internationaux » et (c’est important) « l’interruption du fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels. »
Les conditions de forme posées par le même article de la Constitution sont les suivantes : le Président de la République doit « consulter officiellement le Premier ministre, les présidents des assemblées (soit le président de l’Assemblée nationale et le président du Sénat) ainsi que le Conseil constitutionnel » et doit « informer la Nation par un message de la mise en œuvre des pouvoirs exceptionnels. » Les ordonnances qui n’ont jamais été utilisées en matière budgétaire seront alors promulguées. Un scénario qui n’aurait rien de vraiment irréaliste avant une dissolution. Impossible ? A voir.
Une période totalement inédite s’ouvre. Ce n’est pas être pessimiste que de penser qu’elle risque de déboucher sur un affaiblissement dramatique du pays. Aucune perspective politique n’est certaine. L’horizon est bouché institutionnellement. Et je ne crois pas au miracle.
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« le PS découvrira trop tard qu’il a été cocufié. »
Le PS, constitué surtout de socialistes de carnaval, a probablement un matière marron et nauséabonde dans les yeux pour ne pas en avoir déjà pris conscience.
Hors sujet, mais…
Tu écrivais hier : « personne ne parle des dépassements d’honoraires médicaux…. »
Et bien si, aujourd’hui, dans le numéro du 16 octobre, version internet du magazine « UFC Que choisir », on peut lire un article sur ce sujet.