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Précieux soir de fête décalé avec la vision sociale actuelle

Il y avait tout au long de l’été des fêtes de village au cours desquelles se rassemblaient les générations pendant un week-end. Les dates étaient immuables et elles étaient respectées par les communes voisines. Ce phénomène a été immuable jusqu’à la fin du siècle précédent où faute d’organisateurs, bien des rendez-vous ont été annulés ou réduits à leur plus simple expression. On compte désormais sur les doigts de la main sur le canton ces rendez-vous où les enfants étaient rois, les personnes les plus âgées retrouvaient les images d’antan et les familles des opportunités de se retrouver. La notion de fête locale a muté vers d’autres organisations jugées plus attractives, plus grandioses, plus flamboyantes.

Des soirées proposant des « opéras-bouffe » plus ou moins réussis et authentiques ont supplanté les bals réputés champêtres sur une place ou sur un plancher disjoint. Un tsunami de décibels déferlent désormais d’enceintes empilées les unes sur les autres et submergeant les bourgs, quant les flonflons restaient dans le cocon de la salle où ils ravissaient les amateurs de danse. Les guirlandes multicolores entre les maisons ou les arbres ont disparu éclipsées par les projecteurs surpuissants, les lasers acérés et virevoltants parfois visibles à des kilomètres. La fête ne se partage pas, elle se subit.

L’équilibre entre modernité triomphante et nostalgie rabougrie reste souvent à trouver. Samedi soir, autour des restes monumentaux de son château-fort, Rauzan village d’Entre-Deux-Mers girondin est parvenu à restaurer l’ambiance des moments où l’on se déconnecte du quotidien. Pas si facile qu’on le croît dans une période où la défiance s’installe partout et où la proximité n’intéresse guère. Monter un événement ouvert au plus grand nombre constitue un défi.

Comme dans tous les domaines de la vie sociale la tendance étant au repli sur soi et à des choix de plus en plus catégorisés, ne rien proposer d’extraordinaire relève de l’inconscience totale. Or il y avait plus de 2 000 personnes qui déambulaient paisiblement entre deux lieux d’animation et dans les rues étroites où jadis se tenaient probablement les foires seigneuriales. La tradition des échassiers landais accompagnés d’un accordéon miaulant un air lancinant concurrence le DJ qui attend son heure pour déverser des tombereaux de musique tout aussi répétitive. Un succès indéniable et réconfortant.

Cette foule attablée après avoir été quérir sa pitance dans une vingtaine de stands très diversifiés, était venue parfois de plusieurs dizaines de kilomètres pour profiter d’une douce soirée post-canicule et pour « retrouver », c’était perceptible, une goulée de liberté. Rien n’était imposé. Rien n’était conçu d’avance. Il était possible de bâtir sa fête selon ses envies et ses moyens tellement les offres étaient diversifiées et à des prix abordables.

Difficile à comprendre que cette France fraternelle des tablées forcément différentes dans ses centres d’intérêt et ses moyens matériels puisse exister quand du matin au soir en boucle les médias perroquets et provocateurs, ne distillent que le poison de la haine, de l’affrontement, de la violence. Dès ce matin, toutes et tous ont repris le chemin des écrans destructeurs du vivre ensemble et d’une société artificielle que l’on crée pour eux.

Des grappes de jeunes, des cohortes familiales allaient et venaient grappillant un cornet de chichis, une glace italienne, une barbe à papa ou une barquette de frites maison. Le couscous, la paella, les nems ou les samoussas ne posaient aucun problème d’origine. Les burgers et le confit, l’assiette landaise et celle de calamars farcis, le rougail et le magret, la sangria et l’apéro à l’orange, le blini ou la corne de gazelle, la bière ou le rouge qui tâche : la soirée reflétait cette distorsion totale entre une vision démagogique et opportuniste d’affrontements qui n’existent que parce qu’ils sont entretenus par intérêt politicien.

Cette fête illustrait la réalité d’une France d’en bas qui se délivre parfois d’une propagande larvée ou ouverte dans laquelle on l’enferme. On échangeait, on se rencontrait, on se retrouvait, on tentait d’échanger quelques mots lorsque la musique de déversait pas ses torrents d’airs à la mode ou souvent ressuscités pour exalter une nostalgie des années des bonheurs insouciants. A l’insu de son plein gré ce «peuple » a fait nation toute la soirée rendant possible le rêve d’une République libre et fraternelle.

Le feu d’artifice symboliquement tiré depuis le donjon dominateur du château où était installé il y a de nombreux siècle un pouvoir aristocratique oppressif et méprisant, mit un point d’orgue à une soirée dont on ne parlera jamais car elle était réussie. Nous vivons et des femmes et des hommes survivent dans le culte des querelles, des affrontements, de l’incident, du ratage, de l’irrespect, de l’outrance, de la mise en avant de tout ce qui sépare, de l’événementiel négatif.

A Rauzan samedi soir, en grignotant mes éperlans spongieux achetés la veille je pensais que le maintien ou la renaissance de ces œuvres communes qu’étaient les fêtes villageoises mériterait d’être prioritaire. Malheureusement pour les uns ce n’est pas culturel et trop populo et pour les autres il y a de l’argent à foutre en l’air ailleurs. Alors on crève d’égoïsme et de peur de l’autre. 

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Cette publication a un commentaire

  1. J.J.

    « Cette fête illustrait la réalité d’une France d’en bas. »
    Non Jean Marie, ce n’est pas la France d’en bas comme nous serinait le phénix du Poitou, c’est la_ Vraie France_, celle de l’espoir qu’un jour, non pas qu’elle revienne « comme avant », ce qui n’est pas souhaitable, mais celle du vrai peuple, dans le sens noble du terme, débarrassée de toutes ces scories d’un pseudo modernisme frelaté.
    Je n’avais pas vu de personnages déambulant sur des échasses depuis le temps où nous rencontrions nos amis Francas des Landes.

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