Doit-on encore croire dans le livre tout court et le livre papier plus particulièrement ? Plus les salons qui lui sont consacrés passent et plus je commence à douter. Vous direz que c’est bizarre pour une personne qui aspire à publier des ouvrages via des éditeurs de ne plus croire en la pertinence de ce travail. Le monde qui se presse dans les lieux où sont installés des auteurs diversifiés ne cesse pourtant de décroître et les acheteuses (ce sont elles qui sont les plus nombreuses) se raréfient. Et la moyenne d’âge des badauds devient plus que respectable… Les enfants conduits par les parents la diminuent un peu si parmi les ouvrages présentés se trouvent des fournisseurs d’albums ou de livres spécifiques. Durant le week-end passé j’ai participé à deux événements différents avec la même impression : l’indifférence pour tout ce qui est culturel devient patente et préoccupante.
A Grignols, village des landes girondines, nous n’étions que quatorze à présenter des œuvres à des prix extrêmement abordables. Une petite manifestation à taille humaine organisée par un groupe de bénévoles sympas et dévouées mais (et ce n’est pas leur faire injure) d’un âge respectable. Il fallait que les visiteuses et les visiteurs aient vraiment envie de découvrir des sujets de lecture pour se déplacer assez loin du cœur de la commune dans une salle isolée. Un test. Cette démarche nécessairement volontariste était en effet un signe concret de motivation en faveur du livre. Elle ne fut pas très pratiquée… Peu de monde et surtout peu d’achats. Le temps de discuter entre auteurs était assez long.
En fin d’après-midi est alors arrivée une colonne de déambulateurs et de fauteuils roulants. L’animatrice de l’EHPAD local conduisait une dizaine de résidents pour effectuer des choix permettant ensuite de leur proposer des lectures à haute voix. Voir arriver ces nonagénaires car ils l’étaient tous, avait quelque chose de touchant. Il défilèrent devant tous les étalages regardant avec envie et curiosité tous les livres proposés. Pour eux les belles ouvertures, la profusion des propositions et la présence des auteurs avaient quelque chose d’exceptionnel. J’eus le sentiment que c’était la fête.
Que ressentaient-ils, eux qui dans leur prime jeunesse lointaine, dans leur vie personnelle n’avaient probablement jamais eu une telle chance de se trouver face à autant d’opportunités de lire? J’aurais voulu les leur offrir. Pas certain que tous en effet puissent entrer dans les ouvrages qu’ils n’osaient pas toucher mais l’obtenir, le prendre, le ramener comme un « trésor » aurait suffi à leur bonheur. L’un deux se penchait avec minutie sur le stand voisin du mien. « Il a quatre-vingt dix-neuf ans me souffla l’accompagnatrice et il est parfaitement autonome ». Il dégusta chaque livre dont le titre l’attirait. Silencieux il effectuait son choix. Il était simplement heureux.
Il finit pas sortir de sa poche un porte-monnaie en cuir, il en tira les billets minutieusement pliés en quatre qui lui permirent d’acquérir un roman traitant… de la vie dans un EHPAD. Il le posa sur son déambulateur comme une sorte de trophée. «Il lit énormément continua la jeune personne qui avait eu l’initiative du déplacement. Il ouvre tout ce qu’il trouve. S’il n’a rien à lire il est frustré». Le vendeur me confia : « c’est probablement la vente la plus extraordinaire que j’ai réalisée. Vendre l’un de mes romans à un monsieur lucide et motivé de quatre-vingt dix-neuf ans ça n m’arrivera pas dans beaucoup de salons ». Tout un symbole d’une génération pour qui la lecture est un acte de plaisir. La frustration de leur époque ressort.
Le lendemain dans une manifestation polyculturelle à Azur (40), le contexte était bien différent. Le ciel grisonnant au bord du lac sur une tapis d’herbe verte humide n’incitait guère à la sortie dominicale. Il n’y eut donc le matin que quelques curieux. « L’an passé à la même date et dans des conditions climatiques similaires nous avions eu beaucoup de monde. Cette année c’est désertique. Or nous n’avons rien changé. Au contraire.» avouait l’une des organisatrices. C’est très dur en ce moment me confia quelques heures plus tard une artiste qui devait donner un spectacle : « on sent bien que les priorités ne sont plus à la culture. Je crains beaucoup cet été avec les restrictions budgétaires et la baisse du pouvoir d’achat ». Les rares badauds effectuaient le tour casque ssur la tête et vélo électrique en mains, distants et même méfiants en regardant de loin le titre des ouvrages
S’il y eut un peu plus de passage l’après-midi (Espagnols, Allemands et Français visiblement de catégorie sociale aisée), il était constitué de curieux qui de loin jaugeaient souvent les livres sans vraiment entrer en contact ou à acheter. « Ne vous plaigniez pas me lança l’un d’eux car s’il avait fait beau temps vous auriez eu encore moins de monde ». Les séquences culturelles (conférence musicale chantée sur Brassens, pièce pour enfants, ateliers de création) étaient gratuites mais il n’y eut pas la foule. Il faut don éluder le sacro-saint reproche fait au coût d’accès. Tout ce qui relève de l’échange direct, de l’humain, du partage se délite dangereusement. Le constat m(attriste mais il est réel:
Le beau temps revenu ne changea rien à l’affaire. Les livres n’entrent plus dans les envies de découverte des classes moyennes ou aisées et encore moins dans celles des précaires préoccupés par leur survie. J’ai réalisé en deux jours onze ventes et…. offert huit livres avec l’espoir d’avoir un retour des gens qui hésitaient à l’acquérir. Une page noire se profile. Elle reflétera l’obscurantisme qui s’installe. Lire est devenu une corvée pour les jeunes mais reste un plaisir pour les plus âgés. Le fossé se creuse. le rideau tombe inexorablement sur un mode de vie culturelle
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J’avoue que ces derniers temps j’ai quelque peine à « accrocher », je relis quelques ouvrages que je connais parfois presque par cœur(façon de parler) toujours subjugué quand même par la facilité, la justesse, la maîtrise des mots, des formules, des idées. J’ai de la peine à m’investir dans la découverte et la lecture au long court.
Il en est de même de la musique où je me cantonne à quelques classiques pas trop longs, je me lasse vite. « Je fatigue. »
Je vais cependant me procurer le dernier ouvrage de l’académicienne Danièle Sallenave figure un peu insolite en cette docte assemblée(Jojo le gilet jaune, Parole en haut, silence en bas etc..), dont j’ai suivi la présentation dans un petit moment précieux trouvé sur You Tube : Pascal Boniface, (devenu « tricard » sur les étranges lucarnes officielles en raison de son non alignement avec la doxa officielle en vigueur) interviouve l’auteur à propos de son dernier ouvrage « La Splendide Promesse, mon itinéraire républicain ». Tout un programme !
Erratum : la navigation au long courS, et non au long courT, qui est en soi comme un oxymore…! Errare humanum… etc.
Je lis 2 à 3 livres par mois absolument tous le genres sauf les romans gnangnan.
Un préférence pour les romans ou mémoires historiques.
Quelques exemples : » Vers une armée de métier » de De Gaulle, les mémoires de Churchil et celles de Frédéric Pottecher, « Un nom sur le mur » de Le Tellier (excellent), « Intérieur Nuit » de Demorand (passionnant), le procès de Laval trouvé dans une cabane à livre…, « La Liesse et la fureur » de Patrice Rolli sur la résistance, « Le crépuscule des diables » de mo voisin Jacque Lavigne (hélas décédé), des polards de toute époques trouvés dans les brocantes, et l’incontournable Prix du Quai des Orfèvres (j’en ai 60 sur les 67 parus depuis 1947).
Quelle misère et quel ennuis sans le livres….
J’aime bien quand je vais à Bordeaux flâner place Jean Moulin et où se vendent des livres d’occasion.J’y ai trouvé quelques livres intéressants.Dernièrement,me rendant en Auvergne je me suis arrêté à l’aire d’Auvergne où des livres d’occasion sont disponibles librement sur une cabane à livre.J’y ai trouvé deux livres Le Puits,un roman de Charles Ricard édition « La solidarité par le livre » et une œuvre magnifique (à mon goût) La chair de pierre,de Jacques Folch-Ribas aux éditions robert Laffont.Ce même jour Gaspard Kœning était l’invité de France Inter et il présentait,avec son talent habituel, son roman HUMUS,(prix interallié 2023). Livre passionnant lui aussi où j’ai appris ce qu’est la géodrilologie!.
Comme JJ j’ai peine à accrocher,mais les voyages donnent curieusement accès à la lecture, pour qui le veut bien.
Une anecdote pour finir.Je m’occupais, avec d’autres camarades, d’une bibliothèque,dans le cadre des œuvres sociales du CE de mon entreprise .Nous avions 8000 livres répertoriés que nous distribuions deux fois par semaine durant la pause repas.Le personnel féminin dans l’entreprise était ultra minoritaire mais c’était le lectorat le plus représentatif, le plus assidu,capable de lire pour certaines, deux à trois livres par semaine.
J’aime lire. j’ai toujours aimé lire. comme je déménage pour une habitation plus petite, je suis obligée de me séparer d’un certain nombre de mes livre. Le tri va être difficile à faire. Je vais en donner une partie à la bibliothèque de Romagne qui gardera ceux qui l’intéresse, les autres aboutirons chez un récupérateur de livres à Bx. LA lecture permet de tellement voyager en rêve, de s’instruire, de connaitre plein de chose, de cultures différentes, de voyages, d’imaginer les décors décrits dans les lignes, de s’évader. Tous les soirs je lis avant de m’endormir. tous les soirs. Amicalement
PS : je suis fatiguée ce soir j’aurais dû relire avant de publier, excusez moi