You are currently viewing Une mémoire sans racines s’éteint très vite

Une mémoire sans racines s’éteint très vite

Le culte de la célébration des faits glorieux du temps passé récent ne cesse de grandir. Une grande partie des couches sociales qui constituent l’opinion dominante se réfugie en effet sur le principe d’honorer celles et ceux qui ont combattu ou ont démontré une volonté de défendre les valeurs républicaines essentielles. C’est en effet rassurant de rendre hommage par exemple aux Résistants. Cette période que l’on a présentée comme « glorieuse » de l’Histoire de France permet de masquer les difficultés du présent et plus encore celels qui s’annoncent. Des femmes et des hommes engagés, courageux, solidaires dépassant les clivages politiciens, religieux ou ethniques se sont dépassés pour lutter contre le fascisme ou le nazisme porteurs de haine et de morts. Leur exemple interpelle qui ? 

Depuis le début de 2024 une bonne vingtaine de rendez-vous de ce type, programmés ou imprévus, a été inscrite à l’emploi du temps présidentiel. Et ce n’est pas terminé en cette année des quatre-vingts ans du débarquement allié en Normandie. Hommages dans la Cour des Invalides, déplacements sur des lieux symboliques, déclarations superfétatoires sur la nécessité de retrouver des principes « oubliés » : le retour sur ce vrai militantisme ayant souvent valu la mort aux gens qui l’ont exercé devient une constante dans le paysage médiatique. En parlant de ces événements références de 1944, l’intention est double.

Premièrement tenter vainement d’établir un lien entre les racines de la période noire de la fin des années 1930 jusqu’à celle de la victoire de l’URSS et des Etats-Unis, de leurs alliés sur le régime nazi, et celles que porte en France une part de l’électorat de manière cachée. Cette stratégie a peu de chance de porter ses fruits car elle repose sur le fait que les personnes auxquelles est destiné le message, possèdent une connaissance réelle de cette période. Selon un sondage de janvier 2024 c’est à dire il y a quelques mois le constat est en effet peu rassurant.

Six jeunes sur dix (60%) ne savent pas par exemple dater la chute du mur de Berlin en 1989 et 63% ignorent qu’Hitler est parvenu au pouvoir en Allemagne en 1933 et plus encore comment il y est parvenu. Plus d’un adolescent sur cinq avoue connaître le terme de Shoah sans être capable de préciser ce qu’il représente. Mieux c’est la même proportion (18%) qui avoue ne jamais en avoir entendu parler. Si une très large majorité (85%) dit savoir ce qu’étaient les chambres à gaz, utilisées par l’Allemagne nazie pour exterminer les juifs pendant la Seconde guerre mondiale, et 61% disent connaître le statut des juifs en 1940, seulement 39% savent ce qu’est la rafle du Vél’ d’Hiv, plus grande arrestation massive de juifs réalisée en France pendant la Seconde guerre mondiale. Il n’existe aucune statistique sur l’ensemble de la population en âge de voter. Heureusement.

« Vous allez me raconter vos histoires » a lancé aux quatre survivants de la rafle d’Yzieu où 44 enfants juifs furent enlevés par la Gestapo en avril 1944, après avoir commémoré les combats du plateau du Vercors. En fin de matinée, le chef de l’État avait salué les 105 « martyrs » des Glières, inhumés à la nécropole nationale de Morette, à Thônes (Haute-Savoie), ces « héros » qui ont défendu « 9.000 hectares de France libre au creux des cimes ». Plutôt que de « se faire raconter » les histoires de ces personnes âgées ayant vécu la rafle, il eut été souhaitable que ce soit l’occasion d’une campagne médiatique largement organisée avec une genèse des comportements ayant conduit à ces crimes. Les faits même magnifiéss sans analyse des causes n’ont jamais de valeur éducative citoyenne.

Le second volet de ces célébrations certes indispensables mais loin d’être inscrites dans une vraie cause nationale collective comme ce devrait être le cas, porte sur la dissimulation d’un contexte présent similaire à celui ayant précédé une période noire de l’Humanité. Les cracks financiers appauvrissent les plus faibles, les guerres enrichissent systématiquement les grands groupes industriels, la montée d’une violence incontrôlée a immuablement débouché sur l’arrivée au pouvoir de « dictatures ». Ces dernières prolifèrent élection après élection. Quel que soit le pays. Quel que soit les régimes « démocratiques » en place. La Slovénie s’est ajoutée à la liste ce week-end. Les élections européennes faussées par justement l’indifférence accentueront ce phénomène. Ce ne sont pas les grands messes mémorielles qui changeront quelque chose.

La mémoire est importante. Elle doit être cultivée, illustrée, développée mais ne doit pas occulter les responsabilités des tenants du pouvoir qui ont conduit aux catastrophes. De partout et dans tous les domaines le système craque. La France et le monde se parcellisent ignorant les incantations aux valeurs universelles. Avec cynisme nous fermons les yeux sur le malheur, la terreur, l’oppression nous préparant des lendemains qui déchanteront. Notre tour viendra et plus tôt que prévu. 

(1) Sondage OpinionWay paru le dimanche 7 janvier 2024

Cet article a 4 commentaires

  1. J.J.

     » la montée d’une violence incontrôlée a immuablement débouché sur l’arrivée au pouvoir de « dictatures ».

    Comment appelle-t-on un régime qui réprime avec une police devenue hargneuse(pas pour n’importe qui, malgré la pagaille et les dégâts provoqués par certains), commettant parfois des violences gratuites à l’encontre de manifestants au départ pacifiques et aux légitimes revendications, subissant et donc évitant si possible les provocations ?

    Comment appelle t-on un régime qui profite de la présence d’éléments violents, provocateurs et perturbateurs, arrivés par hasard (absents des manifestations « bien pensantes ») pour se livrer à la répression des manifestants légitimes et pacifiques ?

    Comment appelle-on un régime qui use et abuse d’une faille restée malencontreusement dans une constitution faite pour d’autres temps et d’autres circonstances, pour imposer à la Nation des lois scélérates, en bafouant le pouvoir des représentants élus du Peuple ?

    Comme l’avait si bien décrit Jean Jaurès, il existe deux formes de violences : la violence « primaire », spontanée, provoquée par la frustration et qui se manifeste par la colère. Et une violence paradoxale, toute en nuances, en douceur, d’individus qui décident, assis autour d’une table de conseil, sans élever la voix, des mesures qui permettront de faire déborder leur escarcelle tout en ruinant le Peuple, et se débarrassant des contestataires.

    1. Pc

      Ça s’appelle l’URSS non?

  2. facon jf

    Bonjour,
    Nous nous retrouvons, sans l’avoir souhaité, en pleine opération marketing pour nous contraindre à acheter le produit à super profit pour les actionnaires. Mais oui vous avez deviné le nom du produit c’est le Mac-Ronds, le dirigeant préféré des milliardaires et le dévoué laquais de l’oncle Sam.
    On en finit plus de voir les nouveaux albums, Martine ( pardon je voulais dire Manu) à la ferme, Manu à la guerre, Manu fait de la résistance à Poutine, Manu super Épidémiologiste, Manu combat les terroristes, Manu reconstruit Notre-Dame… Et tant et tant d’autres albums écrits par Gilbert Delahaye (décédé en 1997), le filon n’est pas épuisé pour les spin-docteurs de l’Élysée.
    Nous voici à l’heure des commu-niquants qui écrivent le storytelling censé redorer l’image sacrée du Méprisant.
    Le storytelling, ou communication narrative en français, se définit comme l’art de raconter une histoire :
    « story » = histoire ;
    « telling » du verbe « to tell » qui signifie raconter.
    En communication, cela fait partie de l’une des méthodes de promotion d’une marque. Ici, la marque n’est plus reconnue pour la qualité de votre offre ou les bénéfices de vos produits, mais surprend par votre univers, ce qu’elle dégage dans l’esprit des consommateurs. Et voila comment d’électeur nous devenons de misérables « client » d’un produit politique.
    Les spécialiste nous expliquent que raconter une histoire sert à capter l’attention pour mieux la retenir. L’objectif est de créer une fidélité, une meilleure adhésion et un attachement à vos produits ou vos services grâce à l’univers créé autour de votre marque ou de votre entreprise. L’avantage du storytelling est la différenciation vis-à-vis de vos concurrents grâce aux moyens subjectifs, tels que l’imaginaire, le plaisir, la sympathie, l’empathie… Le but de cette technique marketing est de prendre le pas sur la raison dans l’acte d’achat, et d’inciter à découvrir qui vous êtes, ce que fait votre entreprise, votre site internet, etc.
    La déconfiture de l’empire Drahi a conduit le milliardaire à se séparer de sa filiale Altice média afin de relâcher la pression des financiers pressés de récupérer une partie des 60 milliards qu’il leur doit ( avant que Drahi ne s’évapore vers Tel-Aviv). Drahi qui ne pouvait rien refuser à Mac-Ronds avait muselé les journalopes de BFM ( Bien Flatter le Méprisant )-TV en nommant Fogiel directeur général. Fogiel cet ami de Brigitte Trognieu épouse Mac-Ronds ne peut tolérer que l’on dise du mal du couple Méprisentiel.
    Altice média est maintenant entre les mains de Rodolphe Saadé ami intime du couple Mac-Ronds. Les liens d’amitiés entre Manu et Rodolphe ne se démentent pas, le rédac-chef de la « Provence » se souvient encore de la magistrale fessée reçue dernièrement par son bon maître. Juste châtiment infligé à la suite d’une « une » perfide rédigée par des outrecuidants abusant de la confiance du nouveau propriétaire.
    Le déploiement de l’armée de journalopes BFM-TV dotée de brosses à reluire spécialement conçues à l’usage de la Mac-Ronnie va s’amplifier. Que l’on se rassure l’avenir de Fogiel n’est pas menacé, ouf!
    Nous pouvons tous nous réjouir des prochains épisodes de « Manu s’en va en guerre  » dont la promotion sera assurée par BFM-TV conjointement avec le service public et avec le renfort du tandem Niel-Boloré.
    Les milliardaires patrons des merdias  » français » peuvent compter sur la compréhension de l’exécutif pour les épargner dans le jeu « comment sauver nos milliards de la rapacité du fisc ».
    L’ascenseur social est en panne, le renvoi d’ascenseur par les politiques tourne à plein régime.
    Rigolez pas c’est avec NOTRE pognon.
    Si tout fonctionne comme prévu, le Méprisant pourra briguer un troisième mandat en attendant d’être intronisé à vie.
    bonne journée

    1. J.J.

      « La déconfiture de l’empire Drahi » …C’était inévitable, on est toujours Drahi par les siens…

Laisser un commentaire