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Remaniement : replâtrage ou rafistolage ?

Il y aurait du remaniement dans l’air mais aussi du reniement. Ce type de manœuvre politicienne consiste en effet à renier les choix que l’on a effectués pour constituer un gouvernement et à sacrifier quelques pions pour sauver les apparences de l’échec. En fait ce jeu qui se rapproche souvent de celui des chaises musicales, n’a qu’un intérêt extrêmement limité car ce n’est jamais autre chose que la politique menée qu’il faudrait remanier. Or comme le marionnettiste reste le même et qu’il écrit tous les textes, il est impossible d’attendre la moindre modification des décsions prises ailleurs qu’à Matignon.

La première théorie de ce type de manœuvre consiste à « griller » celle ou celui à qui on confie une mission impossible. La France est dans un tel état que, quel que soit le malheureux élu (ce ne sera pas une femme) il est assuré de finir essoré ou cramé avec en plus le poids d’un échec aux européennes. Ce n’est donc pas une promotion mais un piège à cons qui sera offert au Premier des ministres. Dans le fond la nomination sera à analyser comme l’élimination d’un candidat putatif aux présidentielles. Les bookmakers du microcosme parisien donnent « Don Atal » le Cid dont la valeur n’attend pas le nombre des années ou Lemaire surnommé « Bruno demande »comme victimes de ce rafistolage institutionnel.

Étrangement pour l’occupant de Bercy se serait un signe fort de son échec résumé par un constat : « tu nous amis dans la mouise et donc tu assumes ce que tu as considéré comme exceptionnel. » C’est l’avancement qui tue. Quant à la bergeronnette de la rue de Grenelle, ce serait une manière habile de lui démontrer qu’il a encore bien des expériences à acquérir. Il aurait donc effectué un passage éclair dans un ministère casse-gueule qui n’a jamais porté chance à ceux qui l’ont occupé en dehors de Lionel Jospin. L’un ou l’autre sera envoyé en première ligne avec l’espoir qu’ils n’en reviennent pas.

Ils n’ont pas à s’inquiéter. La technique de la fuite organisée permet parfois au faiseur de mamamouchis de sonder l’opinion et ses réactions. Le seul problème c’est que pour devenir incontournables, les intéressés aux-mêmes laissent leurs entourages diffuser l’info voulant que sous le sceau du secret ils auraient été pressentis pour tel ou tel poste. Même s’ils n’ont aucune chance, ils considèrent que si l’on parle d’eux c’est bon pour leur notoriété : ils ont failli devenir ministre et un odieux complot les en a privé.

Pour celles et ceux qui seront écartés le jeu consistera à expliquer qu’ils ont refusé la « mutation » qui leur a été proposée. Eux ont de la dignité et se mettent pas à genoux pour un maroquin ! Enfin ils regardent tout de même leur téléphone depuis quelques jours avec l’espoir secret d’être rassuré. Ils ou elles attendront des heures sans rien voir venir. Jetés comme un kleenex ou éliminés dans le plus grand silence, ils découvriront qu’ils ne figurent plus sur la liste élaborée comme une recette, avec des dosages échappant à toute logique mais destiné à satisfaire les impresarios ou les entraîneurs distributeurs de chasubles.

Il est à peu près certain qu’en dehors de la tête d’affiche qui sera changée, les choristes en charge de chanter les louanges de celui qui les aura nommés, ne changeront guère pour la bonne et simple raison que les vocations ne seront pas très nombreuses. Le chômage qui repart. L’inflation qui ne se calme pas. Les taux d’intérêt qui ne baissent pas. La balance commerciale qui sera catastrophique. Les conflits mondiaux qui pèsent sur l’avenir. Une raclée potentielle aux Européennes. Des mouvements sociaux à prévoir avant les Jeux Olympiques. Les risques d’attentat. Une fracture rural-urbain qui s’aggrave. La défiance à l’égard du politique qui s’amplifie. Il faut avoir l’esprit de sacrifice pour s’engager.

Les perles rares ne se trouvant pas aisément il serait question de rappeler les fidèles de la première heure pour faire du neuf avec du vieux. Celles et ceux qui ont été oubliés lors de la nomination d’Elisabeth Borne attendent un signe mais ils savent que les places seront réduites. Les « installés » ont toutes les chances de devenir des « demeurés » tant il serait dangereux de les éliminer. On ne voit pas Darmanin, Dupont-Moretti, Lecornu, Colonna et quelques autres quitter leur poste. Il n’y a que la santé, ministère malade, qui demeure vacant (et encore) et le portefeuille du travail (Dussopt est en instance de verdict) qui chancèle.

C’est probablement ce dernier qui bloquera le remaniement puisque le résultat pour lequel il fera immédiatement appel n’interviendra que le 17 janvier. Mais le mépris et la provocation étant de mise au plus haut niveau… il a ses chances de rester en poste. Il n’est pas certain que ce replâtrage intéresse vraiment l’opinion dominante. Surtout qu’en politique comme ailleurs les soldes approchent.

Cet article a 2 commentaires

  1. Pc

    Rien de nouveau sous le soleil, pure politique politicienne faite à chaque mouvement négatif de l’opinion, sous la pression de la presse , aveuglément
    et sans réflexion ni but, en se moquant bien de l’intérêt du pays.
    Tous les présidents sans exception ont agit ainsi.

  2. Laure Garralaga Lataste

    J’avoue savourer avec gourmandise cette position de… Pyrhie !

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