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Surprise jubilatoire sur les sentiers d’une vie

Je suis en clinique? excusez les imperfections… 

Dans le plus grand secret, ma fille et quelques complices, complotaient depuis des semaines pour rassembler au cours d’un moment aussi peu institutionnel que possible, les ami(e)s qui m’ont accompagné dans un demi-siècle d’engagement dans la vie publique. C’est vrai que lors du championnat de lancer des cruches sadiracaises j’ai vu arriver, sur le site de la Gardonne, de multiples compagnons de route dont je ne connaissais pas le goût prononcé pour ce type de compétition. D’ailleurs beaucoup d’entre eux se sont contentés de regarder les dizaines de personnes porteuses d’un handicap ou les élus s’évertuer à propulser le symbole du patrimoine de ma commune natale le plus loin possible.

Absorbé par de multiples taches associatives, ramolli du cerveau, obnubilé par l’accueil des représentants des collectivités locales je n’ai même pas eu une étincelle de lucidité. Je les ai croisé, salué avec plus ou moins d’enthousiasme sans me rendre compte qu’ils ou elles jalonnaient ces longues années où j’ai couru après un idéal : servir les autres quels qu’ils soient et quel que soit leur statut. Il est vrai que je n’ai jamais eu aucun mérite puisque depuis que j’ai un souvenir, mes parents ont été exemplaires dans leur dévouement à tout un chacun. Jour et nuit, ils acceptaient de faire le maximum pour aider, soutenir, réconforter ou même sauver les personnes qui en avaient besoin.

Avec mon frère nous avons baigné et nous avons été nourris à la solidarité, à la fraternité et à la disponibilité. Nous étions de toutes les manifestations, de toutes les rencontres sadiracaisesses, de tous les événements heureux ou malhuereux du village puisque mon père y prenait une part institutionnelle. Retrouver des copains ou des amis un dimanche à la campagne pour participer à l’aventure des Cruches ne m’a pas étonné.

J’ai seulement surestimé durant une heure ou deux le pouvoir de persuasion qui avait été le mien pour vanter les mérite de cette organisation. Même les présences de Jacques Thomas et Francis Garcia qui ont été de mes premiers pas syndicaux n’ont pas éveillé mes soupçons. La réponse était la même comme un slogan : « depuis le temps que tu nous parle de ton championnat des cruches nous avons voulu voir ! » La consigne a fonctionné.

Ce n’est qu’après la remise des récompenses des participant(e)s au sport adapté et aux élu(e)s ayant accepté de se mesurer entre eux que tout a basculé. Maître du micro, j’en fus dépossédé par Véronique Lesvignes qui annonça que si tant de visages connus étaient venus ce n’était pas pour le plaisir des cruches mais pour partager quelques propos concernant mon parcours que je n’aime pas qualifier de politique.

Groggy ! Sonné… abasourdi et un tantinet persuadé d’avoir été pris pour une cruche. Acculé dans les cordes. J’étais KO debout ! Contrairement à ce que l’on peut penser de ma personne je ne suis très à l’aise pour parler des autres ou aux autres mais je suis un infirme quand les autres parlent de moi. Je ne réalise pas.

Je suis coincé sur l’estrade. En bas il y a toutes celles et tous ceux dont le visage tout à coup prend une autre dimension. Je les identifie et à leur sourire je les soupçonne d’être heureux d’avoir réussi à me plonger dans mon passé. Tout à coup me revient en mémoire les propos du philosophe Charles Pépin (1) qui a eu l’ambition d’écrire un livre sur le « bien vivre avec son passé ». Comment « accepter son passé, faire la paix avec lui, l’accueillir », en somme comment bien vieillir, ou plus exactement, comme il nous le dit : « Comment ne pas devenir un vieux con ? ». C’est vrai que trop souvent ces cinquante ans je les ressasse, je les raconte, je les évoque, je tente de les partager et j’ai la sensation que mon passé ronge encore mon présent.

Chaque prise de paroles a ressuscité des images, des propos, des moments, des réussites, des échecs et des doutes, beaucoup de doutes. Elles sont sincères et basées sur ces valeurs communes ayant servi de boussoles. Je suis tellement angoissé à la seule idée de ne pas avoir été fidèle au code de conduite républicaine que lorsqu’on me rappelle que je ne m’en suis pas trop éloigné je suis soulagé. Toutes et tous à leur manière, par leur présence, m’ont rappelé que le balisage d’une vie repose sur les personnes que l’on croise.

La plus importante était encore une fois dans l’ombre. Elle aime encore moins que moi que l’on parle d’elle. Marie-Claude a eu droit à une telle dose de reconnaissance méritée de son rôle réel et méconnu dans ce demi-siècle qu’elle n’a pas encore réalisé ce qui nous est arrivés. Les comploteurs ont annoncé que c’était un moment ayant valeur de jubilé. Des noces d’or en somme avec tous « les autres » et les cruches pour témoins. Ces moments ne sont pas les miens. Ils appartiennent aux miens, à mon épouse, mes enfants, mes petits-enfants, mon frère, mes amis, mes copains, à ces milliers d’enfants, de jeunes, de moins jeunes qui m’ont accordé le plus beau des trésors : leur confiance. Merci !

(1)  « Vivre avec son passé. Une philosophie pour aller de l’avant » Editions Allary 

Cet article a 5 commentaires

  1. christian grené

    Bonjour Jean-Marie!
    Puisque tu as laissé tomber ta série sur les à-côtés de la Coupe du monde de rugby que j’ai personnellement boudés, je t’envoie ce petit cadeau. L’histoire d’un joueur qui, né à Grasse et beau bébé (1.95 m pour 110 kg) formé au Stade Niçois, donc à portée de cette Botte qui t’est chère, sera devant sa TV ce soir pour encourager la squadra. Il s’appelle Yann… Tivoli.

  2. J.J.

    « Comment ne pas devenir un vieux con ? ». Si je fais comme ce personnage de Maurice Constantin Weyer(Un homme se penche sur son passé), auteur bien oublié, j’ai l’impression d’avoir parfaitement réussi à « le » devenir.
    En effet, j’ai le chic pour trouver, par exemple dans cette belle célébration de tes activités et de tes proches, moments de partage et de joie, un détail qui m’a sauté aux yeux : les ami(e)s. Pourquoi mettre le féminin entre parenthèses, avec tout ce que cela laisse supposer, à tort certainement ?
    Je te demande pardon de cette intervention intempestive qui justifie le constat que j’ai fait plus haut de mon évolution au cours des temps(au fait, il n’y a avait peut être pas grand effort à faire) comme l’a chanté Brassens (encore lui !).
    Contrairement à Christian , je n’ai pas boudé la série sur la coupe du Monde de rugby, mais je n’y connais pratiquement rien, à part que le ballon n’est pas rond, et quelques autres détails qui différent du foot que je connais aussi mal.
    Je suis heureux que tu aies vécu cette belle journée.

  3. christian grené

    Tant va « l’aventure des Cruches » qu’à la fin elle se casse… et sans payer. A ta santé J.-M.

  4. facon jf

    Bonsoir,
    a votre bonne santé Monsieur Darmian et mes salutations depuis la botte où je suis en villégiature .

    Pace e salute per voi

  5. Laure Garralaga Lataste

    La notoriété de notre J.M.D a traversé les Alpes… grâce à notre ami facon jf… Rien de plus normal dirait l’ami christian… »quand on aime, on ne compte pas ! »

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