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L’écran noir qui me vaudra une nuit blanche

Hier matin impossible d’allumer mon ordinateur. Ecran noir avec un petit carré et une mention en anglais. Inquiétant. J’éteins. Je rallume. Toujours rien. Panique à bord. Cet outil contient des centaines de textes auxquels je tiens. Il est aussi devenu le compagnon matinal du contact avec vous. Je me sens impuissant et privé de ce que j’aime le plus ; vous adresser un texte imparfait car écrit toujours trop rapidement qui ressemble (je l’ai déjà écrit) à une bouteille lancée dans cet océan qui s’appelle internet. J’ignore qui la récupérera, qui l’ouvrira et qui la lira. Ce n’est que le lendemain à la même heure que je découvrirai ces statistiques. En attendant ma « mission » est impossible.

Je me rends vite compte que dans le fond je suis esclave de cette machine qui dispose de moi plus que je dispose d’elle. Impuissant devant cette panne et suis désemparé à l’idée que je perdrais ce contact avec les centaines de personnes qui quelque part attendent que je me manifeste. C’est certes variable selon le thème. Il n’y a aucune obligation de votre part de s’intéresser à un sujet traité, mais pour ma part je me sens moralement redevable de l’envoi. Dur de ne pas pouvoir mettre en oeuvre ce que j’effectue chaque matin depuis 21 ans. A force je ne sais vraiment pas comment m’en sortir.

Ce sentiment de manquer à ce qui n’est pas un devoir me préoccupe quasiment tous les jours. Idiotie. Absurdité. Vanité.Votre monde continuera à tourner en Roue Libre sans que le produit de mon pédalage plus ou moins pertinent vous soit parvenu alors que le mien se réduit brutalement. La toile d’araignée que je tisse comporte des milliers de fils invisibles sur la planète. Oui car le plus étonnant c’est que selon les thèmes les ramifications changent de continent. Un sujet évoquant Trump sera lu aux Etats-Unis et un autre sur l’actualité française semble tout à coup intéresser les Chinois. C’est le cas actuellement avec 3 à 4 000 connexionsois hebdomadaires chinoises. Pourquoi ? Je suis bien incapable de fournir la moindre explication. Il reste toujours une trentaine de vues aux USA …

S’ajoute à cette clientèle inconnue celle tout aussi mystérieuse de Facebook. Près de 5 000 suiveurs disposent aussi de la possibilité de trouver le lien avec la chronique quotidien. Là encore c’est aléatoire mais l’impact n’est pas négligeable sur le public strictement français. Les réactions sur les profils (personnels et Roue Libre) sont très rares car je pense que l’exposition d’une position comporte davantage de risques que celle exprimée au pied du texte sur le blog.

Je me suis fait une règle de ne pas réagir car je considère que chacun est libre de lire ou ne pas lire ce qui lui est proposé gratuitement. Je crois en plus de deux décennies je n’ai effacé que cinq commentaires que j’estimais pouvoir engager ma responsabilité de diffuseur. Cette journée sera donc sans les compléments d’information ou les remarques qui me permettent toujours de continuer à comprendre et à apprendre.

Je recherche des solutions de rechange sur un autre écran. Le téléphone mobile prend alors une importance particulière. Il est une bouée de sauvetage car il est beaucoup plus facile à utiliser même si le résultat n’est pas aussi intéressant. Mes textes sont trop longs. Ils ne conviennent pas à ce nouveau compagnon avec lequel on passe le plus clair de son temps. Je bricole une solution de fortune qui sauvera l’audience. C’est mieux que rien. Une rustine sur les habitudes quotidiennes. Je ne comprends pas pourquoi je me démène pour un texte qui dans le fond ne changera pas un iota de la vie de ceux qui ne le reçoivent.

Il me faut me résigner. Un jour il faudra bien que j’arrête. Serais-je soulagé ? Pas certain car dans le fond c’est une « drogue » et je serai en état de manque. Ce foutu ordinateur qui travaille désormais au noir me met face à la réalité d’une double dépendance. D’abord celle de me poser devant lui pour construire un texte. Elle se répète et me manque. L’autre c’est qu’écrire nécessite pour moi un public. Or dans l’ordinateur se trouve le dernier livre que j’avais proposé avant-hier à un éditeur et tant d’autres idées que je n’ai pas protégées en faisant trop confiance à la technique. Le stress est fort !

Le réparateur s’avoue impuissant. Il emporte l’appareil et me lâche : «  je ne vous garantis rien. Je vais récupérer tout ce que je peux récupérer mais forcément il en manquera…. » Il ne me reste qu’à attendre. Un peu comme on le fait avec inquiétude dans la salle d’attente après un examen médical.

Je ne renoncerai pourtant pas et je réfléchis à toutes les solutions possibles. Idiot. Présomptueux. Narcissique. Je ne veux pas céder à la technique. J’en ai besoin mais je prends conscience qu’avec la complexité des outils numériques et l’arrivée de la « facilité » artificielle, l’humain a une part toujours plus minimisée dans la réflexion individuelle ou collective. C’est le fruit d’une panne.

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En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian

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Cet article a 3 commentaires

  1. J.J.

    « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. »
    On le hait quelque peu cet ordinateur, dont il faut bien le reconnaître, nous sommes devenus les esclaves, et dont nous ne pouvons pratiquement plus nous passer.
    Le grand bien que je lui reconnais est de pouvoir et d’avoir pu entreprendre des relations amicales avec des inconnus devenus un peu des amis.
    Ma famille dispersée m’a oublié. Que sont mes amis devenus ? (mes amis de lycée, d’EN, de travail etc.) Beaucoup ne sont plus de ce monde, beaucoup sont partis au loin, sans espoir de retour ou même de nouvelles.
    Ce n’est plus à mon âge que l’on se fait des « relations » fondamentales ». Des saluts ou des propos de politesse, ça ne peut va guère aller plus loin.
    Les relations par internet sont plus faciles, demandent moins d’engagement.
    Ma relation avec Roue Libre et ses satellites dure depuis quasiment vingt ans, j’y ai fait quelques connaissances, perdu des amis aussi. Et même quand on ne s’est jamais rencontré, apprendre la disparation d’un correspondant fait toujours mal.
    Je fréquentais un site de jardinage où l’on parlait et échangeais des avis aussi bien de cuisine que de voyage ou tout autre sujet sans rapport avec les tomates ou les radis. C’était très riche, mais les modérateurs avaient bien de la peine à écarter des saboteurs qui polluaient les site, à tel point que lassés, ‘ils ont renoncé à leur travail d’assainissement. Le site a repris avec d’autres animateurs, mais l' »esprit » n’y était plus et j’ai abandonné, par fidélité aux « anciens » aussi.
    Je souhaite que ta machine « esclavagiste » retrouve sa santé et que tu continues à nourrir quotidiennement ou presque notre curiosité, nos plaisirs et une forme d’amitié.

  2. Gilles Jeanneau

    Il n’y a qu’un seul remède: sauvegarde, sauvegarde!
    Sinon, il faut prier le ciel que ton réparateur puisse récupérer tes données…
    Pour ma part, je préfère de loin l’ordinateur au smartphone, question de génération sans doute!
    Allez bonne journée quand même!

  3. Alain

    courage Jean Marie
    l avantage de ces outils c est que tu peux en racheter un autre plus puissant plus rapide
    et comme tu es sérieux tu y redescendra tes sauvegardes
    ce n est pas un ami Juste un outil

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