You are currently viewing Quatre Mousquetaires qui séduisent les fans de l’UBB

Quatre Mousquetaires qui séduisent les fans de l’UBB

L’Union Bordeaux Bègles s’est hissée avec brio durant une quarantaine de minutes pour la seconde fois, sur le toit de l’Europe. Un événement que le football des années Bez n’est jamais parvenu à offrir aux supporteurs malgré des efforts financiers proportionnellement supérieurs et des pratiques pour le moins suspectes. Sous un soleil d’Austerlitz rugbistique, les joueurs ont offert des moments de liesse à un public enthousiaste mais mesuré et respectueux. Le monde d’Ovalie affirme encore plus sa différence.

Vingt-quatre heures après la victoire des Lensois en Coupe de France la parade dans les rues bordelaises a pu réconcilier avec le sport professionnel. La qualité des fans girondins et nordistes, leur engouement réellement populaire, leur soutien intergénérationnel coloré et sonore ont donné la tonalité : le plaisir du partage d’une réussite collective ! Moments devenus rarissimes en cette période d’égoïsme exacerbé.

L’UBB comme les Lensois ont mérité leur succès car il est celui des groupes qui ont une âme et se sentent investi d’une mission, celle de transmettre au plus grand nombre le plaisir que l’on peut avoir à jouer pour lui. En effet dans les deux rencontres les « joueurs » ont occupé le devant de la scène. Le verbe a tout son importance. L’essentiel de la force des rugbymen bordelo-béglais réside dans leur envie permanente de « jouer », de faire vivre (pas n’importe comment) le ballon, de ne jamais renoncer à allier la force et l’agilité, la patience et la vitesse, la sécurité et l’audace. Le verbe « jouer » prend alors tout son sens.

Dans un rugby de plus en plus centré sur les calculs d’apothicaire et l’affrontement puissant, les évitements, l’adresse dans les transmissions, les choix offensifs, les courses ébouriffants ou les espiègleries improvisées ravissent un public préférant encore par atavisme historique les films de cape et d’épée à ceux des batailles de chars d’assaut. L’UBB a mobilisé ses quatre Mousquetaires pour mettre en pièces les « gardes irlandais » dépassés par tant d’audace.

Athos Jalibert, Porthos Tameifuna, Aramis Lucu et D’artagnan Bielle-Biarey offrent ce spectacle que la foule partisane aime tant : la supériorité de l’adresse, de la vista, de la solidarité agissante ou de la malice sur des adversaires tétanisés par cet enthousiasme collectif. « Ici  tous pour un et un pour tous » ! La formule mériterait d’être au frontispice du stade Chaban-Delmas. En tous cas c’est elle qui a mené l’UBB a son écrasante supériorité de la première mi-temps. Les valeurs rugby poussées au maximum ont transpiré du jeu du premier tome. Aucun excès de personnalisation, aucune récupération dans les déclarations d’après-match, aucun égo boursoufflé après un match pas aussi dominateur que l’indique le score end dehors d’inspirations efficaces.

Aramis Lucu aux allures de moine échappé l’espace d’un match d’une vie discrète en est l’exemple le plus révélateur. Il est aisé de percevoir la sincérité de son bonheur ou en d’autres circonstances moins glorieuses de sa profonde déception. Il convertit les ballons arrachés ou maîtrisés pars les mineurs de son pack en opportunités de créations ciselées ou massives. Il sait pour lui-même aller souvent au charbon et il offre dès qu’il le peut ces opportunités résultant d’efforts obscurs et coûteux en énergie.  Il symbolise par son abnégation et sa modestie l’anti-héros dont l’équipe de l’UBB est par ailleurs largement dotée. Lucu est un laborieux éclairé. 

En contre-point de cette image de l’artisan inspiré respecté par son sens du travail bien ficelé, l’UBB a le privilège de pourvoir ajouter à son régiment l’artiste aux pieds agiles. Athos Jalibert capte une autre part du monde des supporteurs, celles et ceux qui se prétendent estètes et qui aiment le « beau ». Belle gueule, beaux gestes, belles inspirations, belles escapades dans les zones minées, beau caractère de Mousquetaire n’ayant peur de rien et des beaux coups de bottes mortels pour les adversaires. Le demi qui cherche l’ouverture et finit par la trouver, promène sa noble silhouette sur le pré, maniant l’esquive ou pratiquant le crochet avec un brin d’orgueil bien placé. Les tribunes l’admirent plus qu’elles l’aiment. C’est le poète brillant et ténébreux dont on a besoin pour rêver. 

Parmi les déménageurs Porthos Tameifuna occupe la place d’intermittent du spectacle de la force tranquille. « Big Ben » sonne souvent l’heure fatale pour les adversaires qui se trouvent sur son passage. Sorte de bulldozer sur courtes pattes il gagne des points sur son permis de conduire l’équipe à la victoire en franchissant la ligne blanche. Né dans un océan que l’on dit pacifique il ne l’est pas tant que ça lorsque le collectif attend qu’il nettoie les affrontements au sol. Pilier dans tous les sens du terme, le Tongien naturalisé Néo-Zélandais enthousiasme par son quintal et demi mis au service de l’intérêt collectif. 

Il reste Louis (de) Bielle-Biarrey, redoutable d’Artagnan qui touche dans l’en-but plus vite que son ombre. Le garçon ne refuse jamais un combat en face à face. S’il prend la poudre d’escampette ce n’est pas par lâcheté mais pour concrétiser les opportunités de corser l’addition. A la fin de l’envoi du ballon il touche!  Élégant, persévérant, insaisissable, tignous lorsqu’il est lancé, LBB est probablement celui qui a le plus envie de « jouer », s’amuser des oppositions. Il efface ses adversaire grâce aux ailes que lui donnent sas qualités athlétiques mais on sent bien qu’il vient uniquement pour le plaisir. Il ne recherche pas comme Mousquetaire les férus de l’arène et évolue surtout pour la satisfaction du groupe dans lequel il se trouve. Louis (de) Bielle-Biarrey c’est la bonheur sur le pré.

Le régiment des Mousquetaires de l’UBB possède bien d’autres solides gaillards. Penaud, Moefana (exceptionnel en finale), Poirot, Lamothe, Gazzotti, Coleman, Palu, Cazeaux, Matiu, Uberti, Depoorter, Retière, Rayasi et quelques fidèles combattants partagent cette même envie de « jouer » ! Ils ont le mérite d’offrir un feuilleton à succès dont nous avons besoin pour croire dans un monde positif. Ce n’est pas une mince tâche.

Ce champ est nécessaire.

En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire