Au cours des précédentes chroniques j’ai évoqué ma vision de la campagne des élections municipales qui s’achève. Il est indispensable de se pencher sur les sujets essentiels peu évoqués qui constituent pourtant la base des décisions qu’auront à prendre les élus de n’importe quelle commune dans les années de leur mandat. Toute action locale repose en effet sur des évolutions globales inéluctables qui pèseront sur l’avenir concret des populations. A vous de chercher dans les plaquettes reçues les propositions qui permettront d’atténuer les effets néfastes de tendances plus préoccupantes que le nombre de policiers municipaux.
Le premier sujet est celui de la démographie. Toutes les communes et notamment celles qui possèdent, entretiennent et soutiennent des écoles publiques envisagent parfois des travaux conséquents. J’ai même lu dans un programme la démolition d’une maternelle et d’une école élémentaire pour la reconstruction (sur que quel terrain? Budget 10 millions ) d’un groupe scolaire à une quinzaine de classes. C’est tellement absurde que ce n’est même pas risible. Il faudra durant le prochain mandat se préoccuper de maintenir l’existant en raison de la baisse de la natalité. Le monde rural aura comme préoccupation essentiel de garder son établissement du premier degré car en 2030 ce sont des centaines de postes d’enseignants qui seront susceptibles d’être supprimés.
Cette chute du nombre d’enfants aura un impact équivalent sur tout le secteur de « la petite enfance » (crèches, halte-garderies, services périscolaires, centres de Loisirs…). L’emploi dans ce secteur est déjà en danger (ATSEM, assistantes maternelles) et les structures « municipalisées » ou « intercommunalisées » auront bien du mal à tenir. Le ralentissement de l’urbanisation souhaitée par le plus grand nombre de candidats accentuera ce phénomène. Le contexte social et sociétal aussi. Quelles propositions ? Quelles évolutions ? Quels ajustements ?
Le corollaire à cette chute de la natalité c’est la montée en puissance des personnes dites « âgées ». Le vieillissement massif supposera des prises en charge par des services à créer, à organiser et à développer. Or ils sont tous aux abois. La solidarité pour le maintien à domicile deviendra essentielle. Une politique d’accompagnement qui découlera obligatoirement d’une loi sur la dépendance, nécessitera d’autres prises de décisions locales que cosmétiques. Quel avenir pour les EHPAD publics dont les maires sont présidents des conseils d’administration ? Comment gérer une augmentation rapide du nombre de bénéficiaires de l’aide personnalisée qui si elle est financée par les départements, est à mettre en œuvre sur le terrain par le privé certes (à quel prix), des associations ou des collectivités ?
Dans le domaine de la transition énergétique tout le monde parle d’économies mais rares sont les propositions pour accueillir des équipements d’intérêt général susceptibles de diminuer l’impact des énergies fossiles. L’acceptabilité par les habitants de ces structures de remplacement est quasiment nulle. Le solaire est fortement critiqué. L’éolien est combattu farouchement. Les méthaniseurs refusés. Les solutions passant pas l’hydraulique rarement admises… Quelles est la position locale sur ces sujets ? Quid de la déprise viticole ? Les conseils municipaux se déchireront dès qu’un projet verra le jour ! C’est la seule certitude.
Le thème qui n’apparaît pas dans les programmes sous prétexte qu’hors métropole il est géré de manière non-démocratique par des entités méconnus du public (délégation au second niveau dans des syndicats intercommunaux) alors qu’il deviendra essentiel. L’accès à une eau potable de qualité n’apparaît pas dans la campagne des municipales. Or les défaillances se multiplient (inondations ou non-conformité de l’eau distribuée) et elles ne cesseront de proliférer (quantité de la ressource et qualité de la ressource). Pas un mot sur le mode de gestion de la distribution (Régie ? Délégations de service public ? Privatisation totale) ou sur la fiabilité des installations ! Même problème pour la collecte et la destruction des déchets de toutes sortes.
Il en est de même pour le thème des relations élus-citoyens. C’est un concours de « conseils en tous genres » dont on sait combien ils sont illusoires lorsqu’ils sont uniquement pensés comme des alibis à l’action municipale. Ce n’est que des apparences trompeuses. Dans cette période où la vie associative entre dans une période de turbulences et de baisse de ses ressources on ne parle à son égard que de « subventions » alors qu’il faudrait envisager le soutien concert au bénévolat, à sa reconnaissance et à sa pérennité.
Les équipements nouveaux fleurissent sur les pages glacées des programmes mais les propositions sur leur fonctionnement n’existent pas… Municipal ? Associatif ? Or sans l’implication citoyenne (1) constructive et résiliente des habitants à tous les niveaux, un dialogue direct constant, une consultation autre que celle des crises les collectivités locales fermeront des structures (stades, terrains de sport, locaux spécialisés) car elles ne peuvent plus assurer le salariat correspondant aux actions qui s’y mènent. « Penser global ; agir local ! » une formule oubliée cette fois encore.
(1) Lire « le partage du pouvoir local » Editions Le Bord de l’eau.
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À la lecture des « professions de foi » (quelle belle expression, on se croirait à la messe), ce que l’on détecte à travers ces programmes divers et variés, c’est l’ambition (non avouée mais implicite, toute autre proposition réaliste et utile semblant être subsidiaire) pour beaucoup de candidats, à quelques exceptions près, de parader en tête de leur brigade de policiers municipaux en déclarant « in petto » : « M’avez vous vu avec ma jolie écharpe ? »
« I s’voyaient déjà … »