S’il fallait un sujet révélateur des rapports entre les collectivités locales et l’État se serait celui de l’aménagement et l’entretien des digues. En effet il met en évidence la réalité de la méthode que le pouvoir centralisateur propose pour résoudre au quotidien les difficultés dans le secteur de la sécurité des biens et des personnes : il abandonne, il transfère, impose réglementairement et laisse les élus locaux se débrouiller.. Le problème des digues est pourtant à la fois technique, environnemental, financier et politique. Il concerne la protection contre les inondations fluviales et maritimes, particulièrement sensible en France (vallées, littoral atlantique, Méditerranée) et dont on voit les effets dans l’actualité.
Beaucoup d’entre elles ont été construites au XIX° siècle ou au début du XX° siècle. Elles avaient des statuts très compliqués. Il y a par exemple les digues fluviales (Garonne, Loire, Rhône) qui après avoir été sous la responsabilité historique de l’État ont été refilées sur des tronçons aux Communauté de Communes. Or un fleuve offre la particularité de ne pas trop se soucier des limites administratives.
Alors que l’entretien était global linéaire et donc cohérent, on se retrouve désormais, absurdité totale, avec des tronçons de protection de quelques kilomètres façon « puzzle linéaire » avec des différence de statuts et surtout d’énormes écarts dans les moyens financiers et donc à l’arrivée plus aucune cohérence dans la protection contre les inondations. Et on n’est qu’au début de cette « diversité » qui conduira à des événements dramatiques dans le contexte actuel. L’État censeur surveille, exige, interdit mais se garde bien de mettre la main à la poche.
Le vieillissement et surtout la fragilité des ouvrages causés souvent par les ragondins, les effets du réchauffement climatique, le manque de surveillance de la végétation, l’absence de continuité dans les éventuels travaux commencent à sérieusement se faire sentir. Les normes appliquées il y a plusieurs décennies (hauteur, épaisseur, constitution) n’ont plus aucun rapport avec la violence des crues actuelles. Bien que les niveaux atteints ces dernières semaines soient élevés ils ne sont probablement pas encore ceux des prochaines années.
Seules les « grandes collectivités » (Métropole comme à Bordeaux) ont les moyens en ingénierie et surtout budgétaires pour s’adapter. Dans le contexte des finances publiques les éventuelles subventions sont massivement raflées par ces investisseurs débloquant les fonds colossaux que demande par exemple le rehaussement des constructions de protection (exemple Quai de La Souys sur la rive droite de la Garonne). Hors en se mettant à l’abri elles ferment les « casiers » zones dans lesquelles les crues pouvaient s’étendre pour construire en sécurité (Aréna, centre commercial Bouliac, zone d’activités). La « canalisation de la Garonne » depuis Bouliac jusqu’au Bec d’Ambés a des conséquences en aval selon le niveau de la marée dans l’estuaire et l’orientation des vents dominants. Mais là encore il faudra subir.
Le retard s’accumule ailleurs dans l’entretien et l’adaptation aux enjeux climatiques. L’État dans sa grande générosité par les lois Gémapi et Maptam a donc « refilé » la compétence aux communautés des communes le 1° janvier 2018. Les digues préexistantes doivent avoir fait l’objet d’une analyse par la collectivité concernée, qui a décidé librement (sic) de conserver ou non les ouvrages présents sur son territoire dans son dispositif de protection contre les inondations. Les moyens budgétaires sont le critère essentiel car c’est de lui que dépend l’effectivité de la prise de responsabilité locale.
Pour garantir la sécurité, compte tenu du risque présenté par des digues non conservées en ouvrages de protection (perte de connaissance de leur état, de leur impact, défaut d’entretien, dangerosité…), il a été prévu qu’au 1er juillet 2024 ces ouvrages perdaient leur autorisation au titre de la loi sur l’eau et devaient être « neutralisés ». Pour la collectivité qui a accepté la perspective de millions d’euros de dépenses, dans sa grande mansuétude l’État l’a autorisé à créer une énième taxe… payée par les seuls propriétaires de bâti ou de foncier et les entreprises via leur Contribution Foncière de tout le territoire concerné. Le problème c’est que elle touche tous ces contribuables même s’ils ne sont pas concernés par les crues. Les parlementaires ont décidé décidé que le maximum serait de 40 € par foyer fiscal sans aucune péréquation. Pour certains c’est sans rapport avec les dépenses à effectuer.
Sous prétexte que l’on rapproche la solution des problèmes des territoires, l’État a donc réalisé un énième transfert sans les moyens financiers adéquats. Bien évidemment les Maires seront responsables pour l’alerte et l’évacuation des populations, les Présidents de Communauté s’ils ont pris la compétence, de la solidité des ouvrages, le Préfet appliquera des milliers de normes ou de règlements pour que les solutions coûtent encore plus cher, coordonnera les secours payés en grande partie par les départements (SDIS) et décrètera l’état de catastrophe naturelle.
Alors on cherche d’autres solutions (casiers d’expansion des crues, secteurs dans lequel le fleuve peut s’étaler, bassins de rétention sur les affluents) mais elles se heurtent à des querelles environnementales inextricables. Il coulera de l’eau sous les ponts fermés à la circulation avant que l’on parvienne à avoir une politique solide et cohérente. D’ailleurs qui va régler les dégâts des crues actuelles sur les digues ? Ce n’est pas qu’un problème financier. Le rapport avec le risque naturel devrait aussi interroger toute la population mais ce n’est pas le moment d’en parler.
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Si c’est pas la chienlit ça y ressemble non?
Allez, bonne journée quand même!
Comme toujours une analyse pertinente et précise.
On voit combien le désengagement de l’Etat est source de situations absurdes.
La gestion des risques doit être gérée par un service public d’Etat.
Ton texte devrait être connu de tous les citoyens et les questions que tu mets en évidence sont réelles. Mais analyser, réfléchir est-ce encore possible pour des cerveaux façonnés à la mode des réseaux sociaux ou des chaînes de désinformation.
J’ai entendu tellement de « conneries » lors de ces inondations sur les berges d’une Garonne capricieuse à Cadillac….
Existe-il un secteur où ne s’exerce l’impéritie des pouvoirs en place et le je-m’en-foutisme érigé à la hauteur d’une institution nationale?
Il y a du souci à se faire même dans le secteur entre Nantes et Montaigu…
Bonjour,
l’importance des crues observées amènent les projecteurs sur les digues censées protéger les habitants des zones inondables. Je me permet de déplacer les projecteurs pour éclairer une zone restée dans l’ombre, il s’agit de l’infrastructure de déplacement des biens et des personnes. Le rapport de l’observatoire national de la route ONR lève le voile sur l’état des infrastructures routières sur le territoire. le lien est ici:
https://www.idrrim.com/ressources/documents/source/2/11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
Dans sa préface il est mentionné » Il est indispensable de se rappeler que notre patrimoine
routier est le support de nombreuses activités des Français. Celui-ci est d’autant plus important que
tous n’ont pas accès à des alternatives à la voiture, en particulier dans les territoires ruraux. Il apparaît alors
essentiel de mettre à disposition de nos concitoyens des infrastructures bien entretenues pour leurs
déplacements au quotidien.
Toutefois un certain nombre de risques pèsent sur les infrastructures routières. D’une part, les impacts
du changement climatique accélèrent fortement le vieillissement naturel du patrimoine et causent parfois
des dommages importants comme en témoigne la rupture récente de la RN 134 dans la vallée d’Aspe. »
Pour mémoire je précise que les digues sont souvent le support de voies de circulations comme par exemple les levées de la Loire et parfois de voies ferrées (exclues du rapport centré sur les routes).
L »aspect sous-tendu est bien sûr financier. » D’autre part, les contraintes financières qui s’exercent sur les gestionnaires, et qui vont s’accentuer, entravent la mise en place de stratégies optimales d’adaptation et d’entretien des réseaux routiers face aux dégradations qu’ils subissent. Cela va notamment entraîner la formation d’une importante « dette grise » qui pourrait s’ériger en mur d’investissements difficilement surmontable. » On ne peut pas mieux dire!
Les fortes pluies en plus de l’aspect visible des inondations ont une nuisance de sape importante que l’on ne découvre souvent que lors des effondrements des murs de soutènement ou des glissements de terrain. Il faut aussi tenir compte des effets des contractions/gonflements des argiles directement liés aux variations de précipitations.
L’effondrement du pont de Gènes en Italie est l’électrochoc qui a obligé les pouvoirs publics à ausculter les ouvrages d’art. Depuis cette date un effort a été constaté, effort insuffisant puisque l’état des ponts (en surface d’utilisation) en bon état est de 47% et 2% sont des ouvrage dont l’altération de la structure peut conduire à une réduction de la capacité portante à court terme. « Ah ! qu’en termes galants ces choses-là sont mises ! »
Le rapport ne concerne que les informations remontées par 69 départements sur 102 et ne tient pas compte des dégâts récents des inondations en cours. Les données traitées par l’Observatoire National de la Route concernent tous les gestionnaires routiers représentés par les signataires de la charte d’engagement de janvier 2016. Les éléments décrits dans ce document concernent donc :
. Le réseau routier national non concédé, géré par l’État via le réseau des Directions Interdépartementales desRoutes (DIR), représentant 11 786 km ;
. Le réseau départemental, géré par les 101 départements, représentant 381 964 km ;
. Le réseau communal et intercommunal, géré par les 1 250 intercommunalités et plus de 35 000 communes,
et qui représente 701 322 km.
Les élections locales prochaines seraient aussi l’occasion d’envisager le financement et l’impact sur les budgets des collectivités (municipales, comcoms, départements) de ces réparations indispensables.
Mon pov’monsieur , ça fait pas rêver l’électeur ce genre de réalité, il vaut mieux faire des promesses de travaux pharaoniques qui ne verront jamais le jour.
Bon repos de fin de semaine.
Hors sujet
encore une nomination » fait du Prince » Affaire Epstein : Macron nomme Rémy Heitz, un fidèle, pour limiter les dégâts d’une enquête.
https://lemediaen442.fr/affaire-epstein-macron-nomme-remy-heitz-un-fidele-pour-limiter-les-degats-dune-enquete/
Un bien curieux personnage que ce Rémy Heitz obligé en 2019 de se déporter de l’affaire Tapie après révélation par la presse de ses liens de parenté avec un prévenu… » 48 heures après la relaxe générale, écrivent nos confrères. D’après les informations de « Marianne », le fils du procureur de Paris, Rémy Heitz, est marié à la fille de Jean-François Rocchi, l’ancien patron du Consortium de réalisation (CDR), l’entité chargée de gérer le passif du Crédit lyonnais, relaxé de complicité d’escroquerie dans l’affaire de l’arbitrage. »
Le classement sans suite semble être le sport favori de ce très haut magistrat notamment lorsque le gratin du Mac-Ronnisme est sur le gril – affaire Benalla, affaire Darmanin et Oudéa, Bête à rames, Duhamel et Matznef, collaborateurs de Mac-Ronds…
Bizarre, bizarre de le retrouver dans l’enquête Française du dossier Epstein. Pourtant il avait reçu un mail en 2019 des autorités judiciaires U$ que l’on peut retrouver dans les epstein-files, pourquoi n’avoir rien fait après la réception de milliers de pages du magistrat U$ ? Un oubli sans doute c’est ça quand on est trop occupé…
Toujours hors sujet le lien suivant conduit au mail resté sans suite… à ce jour désolé c’est en English.
https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet%209/EFTA00079513.pdf
Encore hors sujet un document de 2020 émanant de la justice Française, si le témoignage dans la pièce précédente, une fois traduite peut sembler fragile, ce témoignage prend du sens dans ce document officiel notamment dans le modus operandi des mis en cause.
https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet%209/EFTA00077207.pdf