Toute la semaine prochaine les conseils municipaux et les structures intercommunales dans leur très grande majorité examineront les budgets 2026 avant de les voter dans les derniers jours du mois d’avril. Certains avaient anticipé mais il est probable qu’ils devront revoir leurs prévisions car la « crise de l’énergie » risque de les mettre à mal. Il est en effet vain de penser que les dépenses n’évolueront pas vers un niveau jamais atteint dans ce domaine (carburant, chauffage, denrées, matériaux, entretien…). La plupart des marchés publics contiennent en effet des clauses de réactualisation liées à l’inflation et la secousse interviendra dans deux ou trois mois.
Dans bien des collectivités le débat portera sur le montant des fameuses subventions aux associations. À l’échelon local comme à l’échelle nationale, elles constituent des cellules républicaines de solidarité, de partage entre les individus, de lutte et de prévention des clivages et des inégalités, même si c’est de moins en moins vrai. Plus que jamais dans un contexte de forte évolution des besoins sociaux, elles jouent un rôle majeur d’alerte et de mise en œuvre d’actions et de projets au service de l’intérêt général. Elles concourent à l’animation et au développement des territoires, au renforcement de la citoyenneté et de la démocratie ainsi qu’au maintien du lien et de la cohésion sociale.
Dans mes trois années de passage au sein du bureau national de l’Association des maires de France j’ai eu le chance (c’est l’un de mes meilleurs souvenirs d’élu) d’avoir eu en charge le secteur de la vie associative car les ténors se préoccupaient de secteurs plus « valorisants ». A ce titre à la demande d’une ministre ayant une vraie vision de sa mission (Mme Fourneyron) et après un diagnostic déjà alarmant nous avions travaillé avec les associations nationales sur la « sécurisation » de l’avenir de ce « phénomène » spécifique à la France. Nous avions rédigé et finalisé une « charte nationale d’engagements réciproques entre l’État, les collectivités et les associations ». Ce long travail avait nécessité deux ans de négociations régulières avant sa signature en février 2014 à quelques semaines de ma renonciation volontaire au mandat de Maire.
Ce texte référence avait vocation à être décliné à tous les échelons de la vie publique. Ce ne fut pas le cas car très rares furent les Préfets, les élus départementaux et surtout les responsables associatifs qui en voyaient l’intérêt. Ils évitaient une contrainte et la carte aa été oubliée. Sûrement que dans peu de temps sous l’effet des restrictions de leurs subsides publics tous regretteront de ne pas être garantis par une convention cadre avec avenants annuels. Surtout celles qui ont des engagements avec des salariés. Les difficultés arriveront très rapidement. Elles sont même déjà là en ce début d’année.
Depuis plusieurs mois, l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes), qui sont en grande majorité des associations, alerte sur un « plan social à bas bruit » en cours. Licenciements pour motif économique, non-remplacement de départs définitifs, annulation ou report de recrutements… Une association sur trois (32 %) envisageait déjà en septembre une réduction de sa masse salariale cette année, selon une enquête auprès de 4 300 structures. 90 000 emplois seraient directement menacés « faute de trésorerie ». Certaines puisent dans leurs réserves mais n’ont pas les moyens de maintenir le niveau d’emploi dont ils ont besoin pour maintenir leur niveau d’activité en une période où le bénévolat s’essouffle.
Bien évidemment alors que le phénomène d’appauvrissement des finances publiques est national sous le double effet de recettes en berne et de dépenses en hausse, un climat malsain s’installe au niveau local. Croire que les collectivités locales pénaliseraient volontairement le vivier que représente le milieu associatif relève de l’exploitation politicienne. Le vrai problème c’est comme le partenariat n’est pas clairement établi toutes les interprétations sont possibles. Les bénévoles laissent leur place aux salariés abandonnant leurs fonctions « politiques » ou simplement pour se retirer avant le crash. La situation pourrit lentement.
La République au sens large ne sortira pas indemne des deux prochaines années. La loi 1901 reste en effet l’un des piliers de l’engagement citoyen. Menacées au nom de la « concurrence libre et non faussée » par une Europe obsédée par le profit à réaliser sur toutes les activités culturelles, de loisirs et même sportives, les associations « à la Française » amorcent une période délicate, coincées entre la mise en œuvre de leurs objectifs et les moyens dont elles disposeront.
La « charte » nationale avait l’avantage de fixer des règles de partenariat pour la durée d’un mandat. Comme tout ce qui est constructif et rassurant en France on attendra la contestation, l’affrontement, la catastrophe pour réagir. Il y a bien un ministre qui inventera ce qui existe déjà et qui n’a pas été mis en place. En attendant selon Médiapart 12 305 emplois ont déjà disparu depuis un an !
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Encore une action encouragée et promue par cette Europe du fric, qui risque fort d’endommager gravement ce qui reste de notre République.
Hasard ou plan concerté ?
Bonjour,
» Il faut arrêter de penser comme quand on était riche » me disait un grand mamamouchi de mon entreprise il y a bien longtemps ( plus de 30 ans). C’est le moment de quitter le mode clientéliste qui gère en sous-marin la fameuse liste des subventions aux assoces. Ce recentrer sur ce qui est « vraiment » utile aux collectivités en se posant les questions essentielles à la fois des investissements et des emplois subventionnés et bien opportuns, souvent, pour dissimuler des emplois à la fois « complaisants » et de complaisance.
C’est le moment aussi de repenser aux fusions de communes pour endiguer la gabegie des comcoms et pour limiter les communes limitrophes qui se comportent en passagers clandestins. Je m’explique, est-il normal qu’un club sportif ou culturel soit aidé par la commune de résidence alors que les bénéficiaires sont en majorité de communes voisines ou distantes, oui je sais! Certaines communes imposent des cotisations différentiées entre résidents et non résidents, hélas c’est marginal! Imaginez le coup d’amortissement d’une piscine ou d’un padel réintroduit dans le droit d’accès de l’usager venant d’ailleurs… Cela conduirait immanquablement à une baisse d’usage augmentant mécaniquement le prix, une spirale destructrice s’enclencherait conduisant à l’abandon de l’équipement et des emplois.
Les temps sont venus de pratiquer la vérité des prix et d’ajuster les moyens ( Taxe foncière payés par les propriétaires non bénéficiaires des services bien souvent) aux véritables besoins. Sauver les emplois ne justifie pas des augmentations délirantes des impôts locaux. Je précise au passage que les impôts locaux grèvent le pouvoir d’achat, de la même manière que les hausses du carburant, le pouvoir d’achat c »est aussi la grande majorité des emplois.
La pensée magique, fille des trente glorieuses, nous fait croire que l’argent des taxes et impôts c’est la corne d’abondance capable de résoudre tous nos problèmes. Tout le monde sait que c’est faux, mais c’est tellement facile de dire yaka, tellement confortable de procrastiner en attendant que le réservoir soit vide…
Le réveil va être douloureux et la facture gonfle puisque on se contente de penser comme quand on était riche sans jamais agir. La résolution de problème efficace exige que l’on agisse le plus en amont possible, force est de constater que nous préférons agir sur les symptômes car c’est beaucoup moins douloureux.
bonne journée
Et voici le point de vue des escrolos sur le devenir de leurs assoces et des emplois induits:
https://reporterre.net/Subventions-coupees-repression-Comment-l-Etat-asphyxie-les-associations-ecolos
Voila qui me fait sourire, quand je pense à la pugnacité de ces organisations » subventionnées » pour mettre des bâtons dans les roues du char de l’État. Et cela sans aucun scrupule vis à vis du coût de leurs actions… Pas grave c’est l’État qui paye, donc nous PCdF ( Pauvres C.ns de Français).
Cette chronique constitue une ALERTE MAJEURE ET PERTINENTE sur l’asphyxie de la démocratie et de la loi de 1901 relative aux associations. Il faut en effet de ressaisir de cette charte d’engagements réciproques entre l’Etat, les collectivités locales et les associations. Un budget qui régresse ce sont des personnes vulnérables abandonnées ; entre autres… Le remembrement associatif conduit par l’état tend vers l’insupportable : les prochains matins seront douloureux.