Le philosophe et sociologue Edgar Morin a délivré un message qui résume parfaitement ce qui devrait préoccuper les élites intellectuelles et politiques de notre pays : « le grand basculement est celui des idées humanistes et émancipatrices par les idées suprémacistes et xénophobes ». Ce constat est extraordinairement réaliste et résume bien des événements que nous subissions en ce monde. Il n’y a plus grand monde pour défendre les premières idées ou leur voix est inaudible. Elles n’intéressent nullement les médias qui n’existent désormais que dans l’exagération, la démesure et la désinformation manipulatrice. D’ailleurs le récent classement en France des chaînes d’information perroquets confirme cette tendance.
L’humanisme qui affirme que l’homme possède une dignité, une raison et une capacité de progrès qui doivent être développées par l’éducation, la connaissance et la liberté de penser n’a plus d’existence réelle. Il s’étiole avec un seul corollaire porté par des organismes multiples qui est l’humanitaire. Souvent liées à la générosité financière ces fameuses ONG ou associations caritatives se précipitent dès qu’il y a une catastrophe quelque part sur la planète. Et encore faut-il que les dirigeants politiques en acceptent le principe.
Gaza en ruines, sous la pluie, le froid et sous la menace permanente d’une armée surpuissante vient d’être privée d’une bonne part des soutiens qu’elle pouvait espérer. Médecins sans Frontières, Handicap International, Oxfam, Médecins du Monde, Première Urgence… En tout, 37 organisations internationales humanitaires ont reçu une lettre du gouvernement israélien les informant que leur enregistrement en Israël pourrait être radié à partir du 1ᵉʳ janvier 2026.
Concrètement, dans un délai de 60 jours, ces organisations n’auront plus le droit d’avoir du personnel international à Gaza ni d’y faire entrer de l’aide – même si cette aide est déjà bloquée par Israël depuis mars – leurs bureaux à Jérusalem devront fermer. Aucune réaction forte. Aucune prise de position de défense. Gaza est oubliée… les regards se tournent vers d’autres lieux ou d’autres faits plus « vendables ».
L’émancipation des esprits n’est plus à l’ordre du jour. Elle n’offre plus aucun intérêt puisque désormais le « progrès » consiste à penser pour nous, à cadrer, surveiller, dénoncer la créativité au nom de concepts réactionnaires, rétrogrades ou dégradants. Le processus par lequel les individus se libèrent des contraintes intellectuelles, des dogmes et des dominations qui limitent leur liberté de penser, de juger et d’agir s’étiole chaque jour un peu plus. La religion extrémisée, le sectarisme politique, la pression complotiste, la manipulation des réseaux sociaux rognent sans cesse la capacité du plus grand nombre à se libérer dans ses prises de position ou ses appréciations de la réalité.
La nature même humaine a horreur du vide. La loi du plus fort, le suprémacisme racial, religieux, nationaliste, idéologique, économique et militaire a envahi les esprits. Il déverse la haine, la violence, la domination, la persécution et surtout la guerre. Les actes suprémacistes se multiplient. Le Schtrumpf mégalo, avide, menteur, irresponsable enlève le Président en exercice d’un pays sous des prétextes dignes des accusations de sorcellerie moyenâgeuse ayant conduit des milliers de personnes au bûcher affirmant ainsi sa suprématie militaire pour l’exécution de ses volontés.
Il ouvre la voie à toutes les violations par la force du droit international ! Partout le suprémacisme progresse. La force médiatique, la puissance financière, l’intolérance religieuse et la répression féroce deviennent les repères de dictatures malheureusement parfois souhaitées ou acceptées par des majorités populistes.
Bien évidemment l’humanisme a été et sera de plus en plus supplanté par la xénophobie. Jamais elle n’a atteint un tel niveau sur la planète. Les migrations liées au climat, aux désastres économiques liées à la prédation par certaines nations boulimiques de ressources naturelles, les conflits de toutes sortes, la misère matérielle et culturelle provoquent des réactions collectives incontrôlées.
La chasse aux travailleurs sans papier aux USA, la baisse ou le détournement des aides attribuées à ce qui n’est même plus le tiers monde, la faiblesse croissante des institutions mondiales de solidarité conduisent à des affrontements ethniques inévitables. La xénophobie n’est même plus dénoncée sauf si elle concerne des élites susceptibles d’agiter les médias.
Edgar Morin à 103 ans n’a plus aucune écoute durable. Il prêche dans un désert culturel et éducatif. Il n’a plus guère d’influence dans les milieux intellectuels. La sociologie au USA a été l’une des premières matières à laquelle s’est attaqué le mouvement MAGA synthèse parfaite du constat du sage français. La grand basculement se poursuit et je en vois pas qui l’arrêtera !
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Et oui, je pense que sans se vanter, des gens comme nous qui ont eu durant toute leur existence pour préoccupation le respect de la personne humaine, ce que l’on peut résumer par le terme d’humanisme, sont devenus les tenants d’exceptionnels archaïsmes.
Et pourtant il y a de la résistance : il y a quelques jours j’ai aperçu sans pouvoir mettre la main dessus, à propos de l’expulsion des immigrés aux USA pour leur pays, un dessin représentant un « vrai » indien d’Amérique, un Navajo , un Pueblo, un Apache ? avec ses plumes et son magnifique costume traditionnel. L’autre personnage est D.Trump et l’indien lui dit :
– « Alors comme ça, monsieur Trump, vous aller nous quitter pour revenir dans votre pays d’origine ? »
Je ne fais pas trop d’illusions mais je pense que sont toujours enseignées en philosophie des règles telles que l’impératif catégorique kantien, que je me suis toute mon existence efforcé d’appliquer [pas toujours avec succès, comme le disent les évangiles : « l’esprit est prompt, la chair est faible »(le mot chair désignant toutes sortes de tentations pas forcément licencieuses)] :
« Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en une loi universelle ».
Évidemment ce n’est pas à la portée du premier venu, surtout s’ils s’appellent Donald ou Benjamin.