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« Les chiffres sont des innocents qui avouent facilement sous la torture ».

La pratique a effectué des progrès indéniables au début des mandats communaux ou intercommunaux : le fameux droit d’inventaire conduit de très nombreux « nouveaux élus » à tout faire pour expliquer que la situation qu’il découvre est « inquiétante », « difficile » ou « catastrophique » voire « apocalyptique ». Sur le plan financier notamment ils annoncent des lendemains qui déchantent et même parfois une impossibilité totale à faire face aux dépenses qu’ils doivent à leurs administrés. Cette propension alarmiste savamment orchestrée par une communication spécifique a de quoi étonner. C’est assez surprenant quand elle vient d’ élus ayant participé durant le mandat précédent aux décisions prises. Ils ne savaient pas. ils n’avaient rien vu.

L’exemple de Bordeaux Métropole est assez révélateur de ce comportement consistant à commander une étude à charge à un cabinet « d’expertise » privé qui se contente d’un examen comptable déconnecté totalement du contexte politique. Celui qui comme on le sait a démontré des qualités de gestionnaire avisé des finances publiques nationales en pulvérisant tous les records de dette et de déficit a trouvé la collectivité qu’il préside « au bord du gouffre ». En fait Cazenave s’étonne des conséquences des décisions qu’il a votées durant le mandat précédent sans jamais s’inquiéter de leur impact sur la situation de la Métropole. Exactement comme ce fut le cas avec le « quoi qu’il en coûte » sans aucun contrôle ayant plombé le pays. Il découvre.

D’abord il faut noter que tous les rapports produits à une arrivée dans un poste de responsabilité élective, on donne aux chiffres le sens que l’on veut. A-t-on expliqué au moins une fois aux électrices et aux électeurs les repères qu’il est indispensable de maîtriser dans la gestion locale ? Non. Alors les données détachées de leur contexte peuvent être aisément présentées dans le sens de ce que celui qui a commandé l’audit. Il faut se souvenir devant toute présentation ce principe d’Alfred Sauvy : « Les chiffres sont des innocents qui avouent facilement sous la torture » et rélativiser les effets d’annonce. Et même il ne faut pas parfois les secouer très fort pour leur donner une apparence de vérité intangible.

Par exemple quand on parle du niveau d’endettement d’une collectivité on oublie souvent de préciser que les emprunts sont exclusivement liés à des investissements et qu’il ne s’agit pas de prêts obtenus pour boucher des trous de fonctionnement comme le fait l’État. En tant que responsable du budget de la Nation le Maire de Bordeaux Président de la Métropole sait fort bien que durant son passage à Bercy l’État a distribué des milliards engloutis dans le train de vie des entreprises auxquelles ils étaient destinés ou pour payer les dépenses courantes sans aucun contrôle.

La catastrophe qui menace le pays vient du fait qu’il est contraint d’emprunter pour rembourser les échéances antérieures d’une dette ayant servi à payer par exemple les carburants des véhicules des services de l’Etat. Aucune commune, aucune intercommunalité, aucun département, aucune région ne peuvent effectuer pareil tour de passe-passe. Durant des années de son poste le Président de Bordeaux Métropole a envoyé les emprunts dans un puits sans fin qu’il ne parvenait pas à combler. A-t-il sonné le tocsin ? A-t-il précisé que ces milliards ont été utilisés pour des dépenses éphémères ? Les communes se sont toutes endettées à la fin du XIX° siècle pour construire des écoles. On le leur a reproché. C’est la loi de tous les mandats. 

Si la Métropole bordelaise a emprunté elle l’a fait pour investir. Toutes les dépenses à l’euro près sont revenus dans le milieu économique. Les délais actuels du fonctionnement de la gestion locale en matière d’investissement sont tels en France que souvent on constate que l’on réalise sur le mandat N + 1 ce que l’on a conçu et engagé sur le mandat précédent. Par exemple le pont Simone Veil ? Par qui et quand la dépense a-t-elle engagée ? Les lignes de tram : quand leur création ou leur extension ont-elles été décidées ? Qui les a votées? Le fameux grand stade. Qui en a décidé la construction ? Qui en a fixé les modalités de financement ? Qui a regardé les comptes de la Métropole avant l’arrivée du Sauveur ? Qui a voté les budgets? Qui a analysé la situation de la dette ?

Il serait intéressant opération par opération d’investissement de recenser les dates de ces investissements et de préciser quelle a été chaque fois la position de ceux qui maintenant crie au loup ! La récente campagne des municipales a même mis en évidence que certains élus qui soutiennent l’actuel Président estimaient que la Métropole n’en faisait pas assez en faveur de leur commune. Il y a une contre-partie batimentaire ou d’aménagement à ces emprunts. Le vrai problème c’est que jamais ils sont accompagnés des conséquences de leur ouverture sur le fonctionnement (personnel, fluides, entretien et… annuité de la dette).

Et comme le veut la communication on annonce des restrictions sur les dépenses sans parler du tout des baisses des… dotations de l’État décidée pour 2027, de l’étranglement de la libre gestion des collectivités en limitant le droit d’ajuster la fiscalité, des réformes absurdes qui ont été mises en œuvre au prétexte que l’on ne devait plus contribuer aux services demandés. Pour la gestion de Bordeaux et de la Métropole à l’époque du « meilleur d’entre eux » il faudrait demander aux opposants d’alors ce qu’ils avaient découvert. Alors il serait bon d’éviter de tirer sur les morts et de revenir à la valeur que représente la continuité républicaine.

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Cet article a 2 commentaires

  1. faconjf

    Bonjour,
    « Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées. » Winston Churchill
    Une petite vidéo pour ceux qui ont le temps … de se faire du mal.
    https://video.blast-info.fr/w/pGe3Pj1g6YBELZ5GGn7jYn
    « La propagande est à la démocratie ce que la matraque est à la dictature. » Noam Chomsky
    Bon avec un peu de « malchance » nous pourrions avoir les deux comme certains démocrates nous le proposent , je vous laisse faire la liste.
    Bonne journée

  2. J.J.

    Tout cela est bien subsidiaire, pourvu que l’on ne regarde pas à la dépense pour rétribuer les frais générés par la sécurité due au chef(?) d’un soit disant état(44 hectares) aux origines sulfureuses, dont la présence outrecuidante réveille de vieilles querelles dont on se passerait bien.
    Il est vrai que ce fut l’occasion pour quelques repris de justice de se pavaner en public sans la moindre vergogne, avec quelques autres peu recommandables individus, dont les convictions sont à l’opposé des préceptes moraux énoncés par le visiteur. Ils vont même sans hésiter s’arroger le droit de commenter de façon péremptoire leur façon de penser, dont on se moque éperdument. Comme aurait dit Audiard…
    Il existait jadis une peine en particulier pour les « droits commun » : la relégation. Il serait, pour certains cas, profitable de la remettre en vigueur afin de tenir à l’écart de peu recommandables personnages.

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