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Tutoyer l’enfer grâce au spectacle des orages d’été

Sur l’écran noir d’une nuit blanche qu’il est doux de se faire du cinéma d’épouvante ! Il y a même une certaine jubilation quand, au cœur d’une chambre pas forcément jaune, mais rendue mystérieuse par la profondeur d’une nuit d’encre, des flashes puissants en éclaboussent l’espace réduit. En une fraction de seconde, des ombres allongées de bibelots, de meubles, de lampadaires se dessinent sur les murs. A chaque éclair le paysage se modifie donnant une sensation de chaos permanent. Être là, bien à l’abri dans son lit, préservé de ce déchaînement lumineux, fenêtres ouvertes sur un ciel tourmenté, appartient aux moments privilégiés de mes étés.

Comme dans les scénarios des films angoissants, on oscille entre la peur d’entrer dans le spectacle et le plaisir de l’admirer. La nature a ceci de particulier qu’elle peut à tout moment se révolter contre les moucherons que nous sommes. Les orages estivaux gâchent souvent les vacances et surtout le travail de celles et ceux qui n’en prennent pas ! Ils appartiennent en effet aux événements estivaux dont on peut craindre l’augmentation… et les conséquences. Désormais, les services météorologiques annoncent à l’avance l’arrivée de ces phénomènes présentés comme exceptionnels, alors qu’ils ont toujours figuré parmi les réalités imprévues des mois de juillet et août d’anatn.

Comme l’une des premières préoccupations du vacancier n’est autre que l’écoute ou la lecture des bulletins météo, on peut imaginer qu’il soit possible pour ceux d’entre eux qui aiment ce drame céleste de se préparer à jouir de ce qui devient parfois un spectacle grandiose. Il suffit d’avoir la capacité à transformer un inconvénient majeur en opportunité de… jouer à se faire peur ! Alors il faut oser à s’installer silencieusement aux premières loges, pour un opéra naturel et wagnérien.

Avant que le rideau ne s’ouvre sur le ciel nombre , décor primordial, il est essentiel de baisser, comme dans les plus grandes salles, de manière progressive la lumière. Le soleil se tamise donc avant de disparaître sous une couverture nuageuse arrivée plus ou moins vite d’un horizon lointain. L’obscurité améliore considérablement la qualité de la super-production dont Zeus ou Jupiter, selon les modes en vigueur au pays des dieux, seraient les producteurs. Lentement monte le fracas des percussions. Au début, la horde des envahisseurs est lointaine provoquant des roulements profonds de grosses caisses. La menace arrive ensuite au galop ou au trot selon les circonstances.

C’est l’occasion de faire savant en comptant en secondes l’écart entre la lueur de ce « bombardement » lointain et le bruit d’un tonnerre fracassant. Un calcul approximatif va lier l’écart temporel entre ces deux phénomènes à la distance séparant encore le spectateur de l’entrée en scène des vedettes. Ce jeu devient encore plus agréable quand, au repos, on prend le temps  de multiplier les comptages sans voir le phénomène se produire. Il passe à coté ! La menance s’éloigne mais par les temps qui courent la pluie aussi. On l’attend et miracle on l’entend. 

De grosses gouttes s’écrasent sur le sol sec et poussiéreux, tambourinant de manière plus insistante sur les toits, les vérandas, les objets extérieurs. La virulence de leur impact annonce l’intensité de ce qui va suivre. L’atmosphère étouffante du hammam naturel installé dans les heures précédentes est vite brisée par des courants d’air frais et fantasque qui balaient et agitent les paysages figés par la chaleur. Pour moi, c’est le plus bel acte de cet opéra que tout le monde a tenté d’imiter, de Wagner aux musiciens de Lep Zed et consorts. On entre alors dans un échantillon plus ou moins violent d’apocalypse mesurée.

Des cicatrices lumineuses fracassent la noirceur de la scène. L’eau, le « feu » et le bruit s’entrechoquent, s’entremêlent, se conjuguent, se percutent dans un gigantesque tableau, uniquement structuré par le hasard. L’orage constitue véritablement une œuvre d’art naturelle, dont la perception est différente selon l’endroit d’où on le regarde. Elle peut exploser de créations baroques étonnantes ou devenir terrifiante par ses conséquences terrestres. Zeus ou Jupiter auraient en effet des colères désastreuses. Si parfois la foudre vient perturber le plaisir du spectateur, il faut la considérer comme un accident de parcours dû à une volonté manifeste du ciel de tomber sur la tête des gens qui le défient par leur insouciance. Après avoir déversé ses pleurs rageurs, le ciel retrouvera tôt ou tard son calme. La troupe explosive va aller proposer son spectacle plus loin. Elle est en tournée et arrive, s’installe puis disparaît.

De la fenêtre ou de l’observatoire où l’on a pris position, on ressent un soulagement légitime en entendant la cavalcade repartir vers des prairies à conquérir. Il est temps de se rendre compte que la nature, agacée par la folie des hommes, peut à tout moment se révolter, se retourner contre eux avec fureur ou démesure. Courbé sous le flot ou recroquevillé pour se protéger, le paysage s’ébroue avec prudence. La vie reprend par petites touches et les ruisselets évacuent les eaux rejetées par un sol trop compact pour les absorber. Il est temps de tirer le rideau de la nuit sur le spectacle d’un soir d’été. Aucun ne ressemble à l’autre. Tous se terminent en apothéose pour les cultures ou en tragédie pour celles et ceux qui espèrent des récoltes sereines.

Orage… ô désespoir ! Orage… ô espoir en ces temps de canicule.  Impossible d’aimer ces rendez-vous avec la nature déchaînée, mais on y trouve toujours une raison de ne pas désespérer lorsque l’on est à l’abri de ses effets. Il suffit de dénicher un coin de parapluie pour tutoyer l’enfer !

Bandeau créé avec l’I.A.

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Cette publication a un commentaire

  1. François

    Bonjour Jean-Marie !
    «Orage… ô désespoir ! Orage… ô espoir…. »
    Dans mon dos, une voix familière poursuit :  «ô vieillesse ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie …. » … et sans sortir le smartphone ! ! !!!!!!!
    Est-ce là la confirmation de l’influence cornélienne d’un certain Monsieur Ballanger … dont le programme ne subissait pas les sautes d’humeur des ministres de l’É. N. ? Vous a-il … traumatisé ou simplement instruit (1)?
    Amicalement.
    (1) Ce mot, devenu dangereux, est appelé à disparaître dans la tourmente macroniste.

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