En cette fin de mois d’août des milliers de footballeurs amateurs rêvant d’exploits après avoir eu durant des semaines la tête dans les étoiles, reprennent la direction des stades. Dans les clubs, même au plus bas niveau, on a adopté des plannings pour forçats ayant un ballon rond attaché aux chevilles. L’effet Coupe du monde incite quelques licenciés à croire en un destin glorieux. Le danger de cette quête d’un statut de vedette plane davantage sur les enfants et les adolescents dans lesquelles des parents placent des espoirs insensés de fortune sportive et financière. Le football devient un exercice de réussite personnelle et familiale quand au quotidien on se trouve le plus souvent en situation d’échec quiite à transformer leur progéniture en forçats du foot.
Durant toute mon enfance je n’ai jamais rêvé d’autre chose que de jouer un jour dans une équipe. Il m’aura fallu attendre seize ans pour que j’enfile le maillot rouge frappé d’un chevron blanc de l’équipe du collège d’enseignement général de Créon. Un ou deux matchs dans une année avec la fierté d’appartenir à un collectif de copains heureux d’être sur une pelouse ou à ce qui n’y ressemblait pas. Une saison plus tard j’intégrais l’équipe juniors du Club Athlétique Créonnais. L’instant où j’ai reçu un flottant bleu, un maillot blanc et des chaussettes blanches calvaire de ma mère préposeé au lavage, fut l’un des plus heureux de ma « carrière » de footballeur !
A la communale notre instituteur ayant pratiqué à un niveau convenable, chaque samedi après-midi dès que les beaux jours le premettaient, organisait des matchs animés sur le pré jouxtant l’école. Il jouait avec les cours moyens contre les « grands » de fin d’études tentant de transmettre les rudiments d’un sport pratiqué dans le village. Il avait la spécialité de prolonger la partie tant que son équipe ne gagnait pas ! C’est ainsi que les « David » venaient toujours à bout des « Goliath » sauf si l’heure d’aller aux douches arrivait avant. En effet Sadirac avait été dotée par un maire précurseur de douches municipales jouxtant la classe des « grands ».
Toute l’école y passait dans un ordre déterminé : la section enfantine, le Cours préparatoire, les cours élémentaires puis les filles. Les « footballeurs » terminaient avant cinq heures et la sortie. Gare à celles et ceux qui oubliaient volontairement leur serviette ou qui prétextaient des raisons vaseuses pour échapper à cette séquence de salubrité publique. Le lieu fonctionnait jusqu’à vingt-deux heures sous la direction de mon père qui gérait la température de l’eau, l’affluence, l’alimentation de la chaudière à bois et l’encaissement de tickets à un prix symbolique.
C’est lors de ces après-midi que j’ai découvert le plaisir de jouer mais aussi l’envie de gagner. Si pour une raison quelconque l’instit’ n’était pas au rendez-vous nous nous répartissions en deux équipes selon une méthode que nous appelions le « pailler » (sic). Les deux leaders de chaque entité avançaient tour à tour face à face en mettant un pied à la suite de l’autre. Celui qui finissait en posant sa chaussure sur celle de son opposant gagnait et était le premier à choisir alternativement ses équipiers. Bien évidemment ce tri s’effectuait par ordre décroissant de la compétitivité supposée des joueurs. Les derniers appelés l’étaient d’ailleurs parfois à regret car ils étaient supposés affaiblir l’équipe qui était contrainte de les aligner. N’empêche que le système permettait à absolument tout le monde (notre école n’avait que de classes) de participer.
Lorsque le maître arrivait il s’alignait évidemment dans le groupe étant mené au score. Il le faisait volontairement pour nous inculquer le renoncement à la facilité, pour augmenter cette envie de vaincre une adversité défavorable. Il y avait des « remontadas » exceptionnelles mais aussi des résistances robustes. Les galapiats de fin d’études ne dans un camp ou dans l’autre ne baissaient pas facilement pavillon. Des finales de coupes du monde se disputaient chaque semaine. Ces matchs avec le recul du temps ont donné du sens à la formule d’Albert Camus : « Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois ». Pour ma part je changerai seulement la fin de la phrase (…) « c’est à ce football que je le dois ».
Le club de Sadirac au maillot rayé verticalement rouge et bleu dont je revois encore les couleurs n’avait qu’une équipe seniors composé de quelques éléments venant de la banlieue rive-droite de Bordeaux « rémunérés » par mon grand oncle boucher du village et Président en entrecôtes et de jeunes Sadiracais pas encore appelés sous les drapeaux pour aller dans les djebels algériens. Leur terrain sans vestiaires était une prairie en plan incliné dédiée au pacage des vaches sauf le dimanche. On ramassait les bouses plus ou moins sèches le matin et des dirigeants tentaient d’effacer les traces de leur passage. Les lignes blanches tracées à la chaux répandue entre les deux mains d’un volontaire servaient à connaître le degré d’alcoolémie du préposé à celle besogne. Un parc pour Princes sans peur et sans reproches. Enfin les jours de victoire seulement.
Ils étaient heureux, fiers et même s’ils ne sentaient vraiment pas le sable chaud les filles les trouvaient beaux. Je ne manquais aucune rencontre puisque mon père (encore lui) était le chauffeur de la camionnette dans laquelle s’entassaient onze adultes pour les déplacements. Aucun entraînement. Aucune consigne tactique. Seulement un football de clochers empreint de spontanéité et de sincérité. Les Girondins quoi !
La photo du bandeau est celle du collège de Créon en 1963 Ce n’est pas une création de l’IA
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Fantastique!
J’ai connu à peu près les mêmes sensations à Sainte-Terre et au lycée de Libourne où j’ai débuté car il y avait une équipe « minimes » alors que dans notre village, avec mon ami Jacques CASTAY, nous avons monté la première équipe « cadets » grâce au secrétaire de Mairie, Monsieur BOUTOULLE , qui s’occupait de tout l’administratif du club …
Nous avons eu la chance de vivre une époque bénie!
Que je plains les jeunes d’aujourd’hui…
Allez, bonne journée quand même!