Est-ce vraiment sérieux de consacrer une soirée d’été à deux œuvres d’Offenbach ? Si l’on se fie à l’orthodoxie des mélomanes avertis c’est du temps perdu à cause de la quantité impressionnante des créations inégales de ce « profiteur » du second empire. Il y a nénamoins dans cette surproduction le « grain » noble qui a résisté à l’épreuve du temps et « l’ivraie » de son pain quotidien de survie financière de compositions tombées dans l’oubli. Le grand mérite du chef d’équipe Jean-Marc Choisy de ce qui fut « l’Opéra de… Barie » et qui est devenu « l’Opéra de Puybarban » en raison de sa délocalisation dans le château éponyme, réside dans sa volonté d’exhumer des compositions en un acte ensevelies sous la poussière de deux siècles de musique. Autour de ce pasionné d’Offenbach redonnent vie avec passion et une motivation à toutes épreuves à ce qu’il décrit comme du « théâtre chanté »… en français.
Ils ont abandonné le chêne séculaire près de l’église de Barie pour s’abriter au pied d’une demeure ciossue devenue un lieu de partage et de détente pour touristes soucieux de prendre un bol d’air entre… Deux Mers. Sur les deux premières soirées un nombreux public a rejoint ces gens de passage pour savourer une goulée de de refrains endiablées inventés par le magicien de la facilité. Rien n’est plus difficile en effet pour lui que de faire simple, joyeux, enlevé, mélodieux pour dénoncer les travers de la société à laquelle il appartenait. La troupe enthousiaste accentue le caractère convivial de ces rencontres en proposant une authentique « opéra… bouffe » puisqu(‘il est possible de dîner en chansons avant de s’installer dans le décor naturel de la salle sous les étoiles.
Un vaste parc, des arbres centenaires qui tirent « la racine » en ce temps de canicule, une moquette d’herbe filasse et sèche, une voûte voilée, le son d’un avin qui passe : la « salle » avec ses 250 places assises n’a rien à envier aux lieux plus huppés, si ce n’est que les artistes doivent ici se surpasser pour être entendus du public étalé devant une vaste scène au décor changeant. Même le Sous-Préfets’est rendu ce soir aux chants ! Offenbach a mobilisé des habitués et des novices. Pour tous la découverte est cependant au rendez-vous.
L’originalité de la « loterie » que Melle Asphasie à elle-même conçue pour se procurer quelques ressources et le confort d’une vie matrimoniale nantie manque un peu de pétillant. Cette « oie » pas très blanche interprétée avec brio par Guillemette Roy finit par pigeonner son cousin périgourdin. D’une voix cristalline elle navigue avec aisance dans les airs solo exigeants qu’Offenbach a glissé dans une intrigue tournant autour d’un billet de loterie portant le numéro 100. La composition très polyglotte de Cyril Fargues dans le rôle d’un faux prétendant, valet de trèfle à faucher, donne en fin de la très classique « montée » à Paris du provincial assez niais pour se faire plumer, une note comique plaisante.
Cette opérette en un acte essentiellement musicale manque un peu de « champagne » malgré des bulles pétillantes d’humour. Au tirage dans la loterie des créations d’Offenbach ce n’est pas nécessairement le gros lot mais simplement une œuvre plaisante jouant le rôle de mise en « oreille » pour la suie. L’apéritif à partir de 19 heures du Bel Canto ayant ouvert l’appétit musical des convives, les aventures du fabricant de foie gras tiennent la route grâce au talent vocal du trio sur scène. La Parisennne des Jeux parvient à ses fins : lancer gentiment la soirée !
Sur « l’île de Tulipatan » les changements de sexe des rejetons du Duc « Donald » Cacatois 22 (Jean-François Dickstein) et du couple assez cocasse de son Grand Sénéchal de défiance Romboïdal (Jean-Marc Choisy) et de son épouse introvertie Théodorine (Cyril Fargues ) donne une modernité inattendue à une opérette très enlevée et divertissante. Du début à la fin on enchaîne les quiproquos avec des compositions très réussies de Edouard Billaud en « fille garçon manqué » et de Eve Meignan en prince efféminé mal dans sa peau. Le dilemme des genres façon Offenbach.
En fait la création aborde de manière comique et légère le débat qui agite les bien-pensants. Les erreurs administratives volontaires de parents ont en effet dès leur naissance enfermé Alexis et Hermosa dans des statuts qui ne sont pas ceux de leur sexe. Le coming-out de chacun provoqué par les confidences de Romboïdal et Théodorine conduira à une inversion qui ne changera rien à l’amour que se portaient les deux tourtereaux. Une intrigue bien ficelée conduit à des moments comiques réussis. Le duo des amoureux contrariés passe du masculin au féminin avec humour, aisance et enchantement.
Quelques escapades offenbachiennes offrent à Eve Meignan et Edouard Billaud des possibilités de démontrer la qualité de leur registre vocal. Jean-Marc Choisy incarne vraiment un Sénéchal plus vrai que nature prenant une part réussie aux airs enlevés affaire de « sexe-appel de la nature » peu conventionnelle à la fin du XIX° siècle. Cyril Fargues est à nouveau excellent en femme soumise avec une composition inspirées de Robin Williams dans Madame Doubtfire. Jean-François Dickstein grâce à un vrai talent de comédien campe superbement un Cacatois 22 à se « trumper » de pays et d’époque. Le reste ce n’est qu’une affaire de délire à la Offenbach.
Encore une fois à partir d’une livret vaudevillesque Offenbach transforme un moment, une onomatopée, une situation en un air qui fait taper des mains (la barcarolle « Venise la belle ») ou en démontrant que l’on a rien inventer (« Couplets du canard »). Puybaraban est devenue la capitale de l’ïle de Tulipatan juqu’à ce soir. Le bonheur coule sur le pré permettant de s’extraire de la gangue morose de cette période. Il serait dommage de ne point en profiter.
L’Opéra de Barie donne sa dernière représentation ce soir vendredi 7 août au château de Puybarban (33) à partir de 21 heures. Repas possible avec Bel canton dès 19h. Réservations : www.opéradebarie.fr ou 06 52 90 87 56
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« Si l’on se fie à l’orthodoxie des mélomanes avertis c’est du temps perdu à cause de la quantité impressionnante des créations inégales de ce « profiteur » du second empire. »
Comme disent les gens qui « causent » bien, je m’inscris en faux contre cette déclaration. Bien que n’étant pas un mélomane patenté, je connais assez bien la musique pour me permettre d’ajouter mon grain de sel (attique, lorsqu’il s’agit de la Belle Hélène).
On apprend beaucoup à écouter, et si possible à voir représentées les œuvres d’Offenbach : par exemple, en fréquentant l’auberge « aux Frontières Naturelles », située justement à la frontière commune à l’Espagne et à l’Italie, qu' »il y a des Gens qui se disent espagnols, et qui ne sont pas de vrais espagnols » et que les carabiniers sont la sécurité des foyers.
En écoutant le berger Pâris, l’homme à la pomme et futur enjôleur de la Belle Hélène, conter sa rencontre sur le mont Ida avec Minerve, Héra et Aphrodite, on apprend que ces déesses ont de drôle de façons, etc.
On pourrait en conter de belles encore, mais ne fatiguons pas l’auditoire…